CHAPITRE PREMIER
Sur la nécessité de quelques Définitions
préalables.
Les Mollusques subissent dans le cours de leur évolution (développement larvaire et régularisation des jeunes), des phénomènes de croissance qui peuvent modifier plus ou moins, le volume, la forme et la position relative des différenis organes.
Ces phénomènes existent, aussi bien, dans les types à symétrie bilatérale que dans les types asymétriques.
Si nous examinons, par exemple, un Céphalopode (fig. #, n° 2, p. 13), nous constatons que l'anus s'ouvre sur la face ventrale dans le voisinage de la bouche. Chez le Pélécypode (fig. 4, nô 1, p. 13), l'anus s'ouvre au contraire sur la face dorsale, aussi loin que possible de la bouche, et il en est de même chez le Gastéropode (fig. 4, n° 4, p. 13).
Ces particularités, ainsi que bien d'autres, ne pouvaient manquer de relenir l'attention des naturalistes qui étudiaient comparativement les Mollusques et ils ont senti la nécessité de les caractériser par des lermes appropriés.
Ces mots appropriés, pour. permettre une discussion sérieuse, doivent avoir la précision suffisante pour caractériser tous les faits de même ordre, sans englober des phénomènes d'ordre différent.
Je crois que, malgré les efforts consciencieux faits par les ? O naturalistes, il n’en est malheureusement pas toujours ainsi
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et que les termes, en quelque sorte consacrés par l'usage, ont contribué à perpétuer des confusions fâcheuses en confondant des phénomènes qu'il importe de dissocier.
C'est ainsi que M. PELSENEER (25, p. 113) écrit dans un chapitre intitulé : Torsion, asymétrie et délorsion : « Les Gastéropodes sont caractérisés essentiellement par une Torsron produisant l’asymétrie d'organisation. Cette torsion a été comprise et expliquée de diverses façons et il y a déjà toute une littérature à ce sujet. » |
On comprend très bien que les naturalistes expliquent de diverses facons la Torsiox des Gastéropodes ; mais, pour raisonner sur celte torsion, il faut nécessairement qu'ils la comprennent, c'est-à-dire qu'ils la définissent, de la mème façon.
M. Pezseneer (25, p. 118) fait un effort louable pour arriver à cette définilion précise : € La torsion, d’après lui, chez tous les Gastéropodes, se traduit par un mouvement qui a deux composantes :
Q 1° FLExXION VENTRALE : elle se manifeste par le déplacement progressif de la région anale, de la partie postérieure du corps de l'embryon vers la partie antérieure et par la courbure du tube digestif qui en résulte.
«20 La seconde composante est la ToRSION PROPREMENT DITE : la partie postérieure de l'embryon, distincte de la portion Céphalo-pédieuse, tourne autour de l'axe longitudinal, sa face ventrale passant au côté dorsal par le côté droit (quand on regarde l'embryon par l'extrémité orale, ce mouvement est donc de même sens que celui des aiguilles d’une montre. » (1)
Je fais remarquer, tout d’abord, que ces deux composantes ne sont pas toujours des composantes. Elles peuvent agir isolément, indépendamment l’une de l’autre, chez les Mollusques. La flexion ventrale peut, par exemple, chez les Scapho-
(1) PeLcseNgeRr ajoule : € Telle est l’explicalion mécanique que j'ai donnée de l’asymélrie des Gasléropodes. Parmi les théories émises à ce sujet, c’est la seule qui ait lrouvé confirmation de la part de l’embryologie et de la morphologie. »
Je ferai remarqner que ce n’est pas là une explication mécanique (pouvant expliquer l’asymétrie des Gasléropodes), mais une simple conslalalion de fails mécaniques, en déhors de loule explicalion, *
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podes et chez les Céphalopodes, entrer seule en jeu (1), et il en est de même pour la flexion dorsale chez les Pélécypodes.
Il y a danc nécessité de distinguer leur action chaque fois que l’on parle de lorsion chez les Gastéropodes; car ces deux composantes ne gardent pas, forcément, à priori, la même valeur.
Cependant, quelques pages plus loin, PELSENEER (25, p. 121) écrit : « L'idée de la Dérorsiox des Euthyneures que Bouvier et moi nous avons établie sur des observations d'anatomie comparée, n'a pas été universellement admise, en ce sens qu'elle a élé combattue par Bourax, dont la manière de voir a trouvé quelqu'écho chez Simroru. Or les observations embryologiques dont on dispose aujourd'hui sont suffisantes pour établir :
« 10 Que la généralité des Euthyneures montrent, pendant le développement, une Torsiox correspondante à celle des Streploneures ;
€ 20 Que les embryons des Euthyneures sont, à l'état adulte, moins tordus que leurs embryons ou larves et que la fin du développement dévoile, souvent, cette Dérorsiox: »
Nous voici placés en face d’un nouveau mot : la délorsion. Ce terme mérite, de toute évidenee, d’être exactement précisé et défini. |
Qu'est-ce qu'on doit entendre par détorsion ?
Est-ce un phénomène exactement inverse de la torsion, dans lequel les deux composantes, flexion ventrale et torsion proprement dite, entrent en jeu dans l’ordre inverse de la torsion ? Est-ce un phénomène où les deux composantes ont une valeur différente ? |
PELSENEER ne nous le dit pas et ne parait même pas
s'ètre posé la question — qui est pourtant de première importance.
(1} Il en est de même chez les Gastéropodes, au moins chez les Prosobranches, dans des cas léralologiques mis en évidence par Pelseneer.