INFLUENCE DE LA PUTRÉFACTION SUR LA VIRULENCE DU STREPTOCOQUE
Les microbes de la putréfaction sont variables dans leurs propriétés pathogènes et dans leur nature. — Procédé par lequel nous avons obtenu des microbes putréfiants inoffensifs pour les animaux. — Transformation constante du phlegmon circonscrit expérimental à streptocoques en érysipèle, par l'injection de produits putréfiés filtrés, plusieurs jours après l'inoculation. — Faits cliniques démontrant l’exaltation du streptocoque en présence des produits de putréfaction intra-utérine
de placenta ou de caillots sanguins — Érysipèle et infections puerpérales dus à la contagion de ces cas. — Putréfactions épidermiques et lymphangltes. — Péritonites par perforation. — Érysipèle et gangrène.
— Érysipèle des plaies anales, etc. — Faits bactériologiques. — Streptocoque de Charrin, de Babès, de Fluegge, de Nicolaïer.
Guidé par la nature anaérobie du bacille que nous avons expérimenté et l’odeur fétide qui se dégageait de ses cultures, et, en même temps, par la connaissance des faits cliniques que nous rapporterons plus loin, nous avons varié nos expériences en employant, au lieu des cultures de notre bacille, des liquides que nous avons fait putréfier à l’abri de l’air, et, principalement, des solutions de peptone pure, de manière à introduire le minimum d’éléments étrangers. Les résultats que nous avons obtenus, bien que moins réguliers et plus inégaux, sont absolument comparables à ceux que nous avons signalés plus haut, et nous avons pu facilement transformer, toutes les fois que nous l'avons voulu, un phlegmon circonscrit en érysipèle, c’està-dire faire franchir au microbe le pas le plus discuté.
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Nous avons employé des cultures filtrées et non filtrées, et avons constaté que sur des animaux sains, les nombreux microbes qui prenaient part à ce processus de putréfaction n’exerçaientaucune influence fâcheuse. Ainsi se trouve vérifiée la première partie de la phrase de Robin : « La putréfaction n'est pas la virulence. » La diversité des résultats des auteurs à ce sujet, entre autres. le grand nombre de maladies expérimentales produites par Koch avec le sang pétrifié, démontre combien est variable le processus de la putréfaction, et combien il faut se défier de l'introduction de germes pathogènes qui peuvent s’y développer ou y acquérir des propriétés virulentes.
Nous avons obtenu les bouillons que nous avons expérimentés de la manière suivante : après avoir stérilisé à l’autoclave un mélange de bouillon gélatinisé et de blanc d'œuf, nous l’avons laissé s’ensemencer de lui-même avec microbes de l’air du laboratoire, en laissant son orifice supérieur débouché. En une dizaine de jours, le tout s'était transformé en un magma putride exhalant une odeur repoussante. L'examen microscopique révélait la présence de bacilles, de diplocoques et de cocci isolés. C'est de cette semence que nous nous sommes servi pour produire la putréfaction de la peptone à l’abri du contact de l'air. Dans ces conditions, nous avons obtenu des cultures abondantes de microbes divers dont aucun ne s’est trouvé virulent vis-à-vis du lapin dans les expériences que nous avons faites sur les animaux témoins.
Nous nous sommes ainsi placé, croyons-nous, dans les meilleures conditions possibles pour pouvoirexpérimenter, sans sortir des conditions dans lesquelles la putréfaction se produit spontanément dans la nature, l'influence de ce processus sur la virulence du streptocoque.
Dans tous les cas où nous avons fait agir simultanément sur un lapin des produits de putréfaction ainsi obtenus et un streptocoque atténué, nous avons pu constater l’augmentation énorme de virulence qui en ré-
sulte pour ce dernier, et, en continuant l'intoxication putride, nous avons facilement amené la mort de l'animal avec des doses qui restaient absolument imoffensives pour les animaux témoins. Les expériences que nous rapportons ne laissent pas, croyons-nous, le moindre doute à ce sujet, on peut considérer la putréfaction comme une des causes les plus puissantes qui puissent faire suivre au streptocoque une marche ascendante dans l'échelle de virulence.
Et, de fait, si nous sortons du domaine expérimental, nous verrons que presque partout où nous rencontrons le processus de la putréfaction organique, en rapport avecune solution de continuité des tissus, nous nous trouvons ensuite en présence d’une affection due à un streptocoque plus ou moins virulent. Nous ne voulons pas dire par là que le processus putride agisse sur ceseul microbe, il est probable, en effet, que son action est plus générale ; mais nous réservant d'y revenir ailleurs, nous n’étudierons ici que les documents cliniques se rapportant au seul streptocoque.
L'exemple le plus frappant et le plus intéressant, en raison de sa grave importance pratique, nous est fourni par l'infection puerpérale. Il est bien certain, en effet, que la putréfaction du placenta ou des caillots à l’intérieur de l'utérus, s'accompagne d’accidents fébriles graves, quel que soit le milieu dans lequel se trouve le malade. Ces accidents peuvent fréquemment amener la mort par infection puerpérale, et ainsi que nous l’avons rencontré nous-même dans deux autopsies, on reconnaît alors qu'un streptocoque très virulent a été l'agent pathogène. La relation entre ces deux faits, de notion banale maintenant, putréfaction intra-utérine, fièvre puerpérale due au streptocoque, est des plus intéressantes et des plus démonstratives en faveur de notre thèse. En effet, la putréfaction n’est jamais l'œuvre du streptocoque; même à l'abri de l’air, ses cultures restent toujours complètement
inodores. D'un autre côté, ce n’est pas aux microbes de la putréfaction que sont dus les phénomènes infectieux, puisque la muqueuse utérine, ainsi que le dit élégamment M. Cornil, se comporte comme un filtre, laissant passer le seul streptocoque, et que c’est en effet ce microbe que l’on rencontre à l’état de pureté plus ou moins complète à l’intérieur de l'organisme infecté.
D'un autre côté, en dehors des épidémies de fièvre puerpérale, il est inadmissible que dans tous les cas de putréfaction intra-utérine, alors qu'il n’a été fait souvent aucune manœuvre pouvant produire une contamination extérieure, il se trouve présent dans le vagin un streptocoque doué d’une virulence exceptionnelle, qui resterait au contraire inactif dans tous Les cas où aucun corps putrescible ne serait retenu dans l'utérus. Les constatations microbiologiques de Pasteur, Doléris, Gusserow, Winckel, Doëderlein, Widal, etc., les nôtres, démontrent absolument le contraire. Les lochies fétides, seules, contiennent du streptocoque virulent, etelles en contiennent presque toujours (Doëderlein)..I1 y a donc un rapport constant entre cette fétidité due à une putréfactian intra-utérine et la virulence du microbe. — Le streptocoque ne produisant à lui seul aucune putréfaction, on est bien obligé d'admettre, dans ces cas-là, une symbiose microbienne entre les microbes de la putréfaction et lui.
Tous les faits d'infection puerpérale ne sont donc explicables, que si l’on admet les conclusions auxquelles nous ont amené nos expériences.
Nous n’insisterons pas sur les faits bien connus maintenant d’épidémies de fièvre puerpérale ou d’érysipèle, dans lesquels on peut comprendre facilement qu'un microbe déjà virulent soit apporté directement au contact de la plaie utérine. Mais les cas sont fréquents, surtout à la campagne où la rétention placentaire, unie à la malpropreté,ou même cette dernière seule sont les uniques causes efficientes de l'infection. Dans ces cas-là, on ne peut invo-