‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 23 sur 123 · EN · texte numérisé non relu

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quer l'intervention d’un microbe doué d’une virulence spéciale et d'une ubiquité aussi absolue ; on est obligé d'admettre que, conformément aux expériences que nous avons faites sur le lapin, un microbe doué d’une virulence faible ou même nulle et dont les germes sont absolument banaux, a acquis, en présence de cette putréfaction intrautérine et par sa symbiose avec les microorganismes qui la causent, une action pathogène suffisante pour produire tous les degrés de l'infection puerpérale.

Nos expériences expliquent également la marche même de l'infection souvent latente pendant un certain temps, puis suivant une marche progressive jusqu’à la mort, si on laisse la malade livrée à elle-même. Si, au contraire, par un curetage complet de l'utérus et par une désinfection soigneuse de sa cavité, on vient à tarir la source des produits putrides, alors même que l’on n’agit pas directement sur l'infection streptococcique, péritonéale ou sanguine, déjà constituée, la clinique nous apprend que l’on peut enrayer le processus et amener la guérison de la malade. Ces faits, d'observation journalière, sont absolument comparables à nos expériences, dans lesquelles l’érysipèle produit par l’exagération de virulence d’un streptocoque du pus, guérit si les infections putrides sont suspendues, et se transforme en septicémie mortelle si, au contraire, l’intoxication putride est continuée.

Un fait capital, et qui nous fait bien voir qu'il s’agit là plutôt d'une exagération réelle de la puissance pathogène du microbe et non d’une diminution de résistance de l’organisme infecté est le suivant, qui se dégage de nos expérimentations et des observations cliniques :

Les infections ainsi produites par la symbiose du streptocoque et des microbes de la putréfaction, peuvent devenir le point de départ d’un véritable foyer épidémique, et, le streptocoque ainsi exalté, donne lieu à des accidents de même ordre de virulence, tels que l'érysipèle. Ce fait s’explique facilement par nos expériences, qui démontrent que

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le streptocoque ayant amené la mort des lapins intoxiqués, est capable, après repiquage, de reproduire sur d’autres animaux des accidents infectieux graves, dont étaient incapables les microbes de la première semence.

Cette notion de la contagiosité de ces infections puerpérales écloses sous l'influence de l'exagération des pouvoirs pathogènes du streptocoque, sous l'influence de la putréfaction, n’a pas besoin d’être discutée, car elle est d'observation journalière et de compréhension facile. Nous reviendrons, à propos de l’érysipèle de la muqueuse génito-urinaire, sur les complications érysipélateuses qui peuvent l'accompagner chez le même malade, ou être constatées dans son entourage. Nous citerons simplement comme exemple, à la fin de cette déjà longue discussion, le fait suivant, rapporté par Bonnet, et qui, mieux que tout autre, démontre la vérité pratique de notre conception pathogénique de ces cas d'infection puerpérale.

C’est dans un village des environs de Paris, c’est-à-dire dans un milieu peu infectieux, dans lequel il est plus facile de suivre la filiation des événements et de se mettre à l'abri des erreurs dues à de simples coïncidences. Une femme, à la suite de rétention placentaire, présente des accidents fébriles avec diarrhée putride, abcès fessier. Un curetage de l’utérus amène l'évacuation d’un placenta putréfié. Les accidents cessent; mais, dans ce milieu à l'abri de toute contagion, un enfant de six ans et demi est atteint d'un érysipèle de la face. Il semble bien que, dans ce cas-là, le point de départ ait été la putréfaction due à la création sur place d’une variété pathogène non préexistante dans le milieu.

On comprend facilement par ces faits l'importance capitale que peut avoir, au profit de la prophylaxie générale, cette exagération transmissible des propriétés pathogènes d’une espèce banale, et de quel intérêt pratique doit être l'étude des conditions de cette exaltation.

Nous passerons plus rapidement sur les autres faits de

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connaissance courante que seule l’action de la putréfaction peut expliquer. La fréquence des lymphangites à la suite de plaies mal pansées, ou de celles qui, comme celles des pieds, peuvent être en rapport avec des macérations épidermiques microbiennes fétides, est un argument en notre faveur. La gravité du déversement dans la cavité péritonéale du contenu intestinal, qui contient à la fois un streptocoque plus ou moins virulent, et les microbes susceptibles de donner lieu à une putréfaction intensive. Dans ces cas-là, il faut néanmoins tenir compte du rôle des diastases digestives, dont la présence complique le problème.

Nous avons, en effet, expérimenté ce que pourrait produire lintoxication putride par la voie intestinale, en injectant dans l'estomac d'un lapin inoculé plusieurs centimètres cubes de liquide filtré. Or, nous n'avons jamais obtenu de résultat par cette méthode. Dans un cas, néanmoins, nous avons observé de la diarrhée. Il faut done que les produits putrides soient directement introduits dans les tissus. Cette expérience explique pourquoi les putréfactions dont l'intestin est incessamment le siège, n’exercent pas d'influence sur la virulence du streptocoque dans les conditions normales.

Mais, nous voulons surtout insister sur la fréquence des érysipèles en dehors de toute contagion sensible, dans les cas d'infiltration urineuse, de gangrène traumatique, d'eschares de décubitus, dont l’importance dans l’éclosion des épidémies semble considérable. M. Verneuil signale également les plaies au voisinage de l'anus, comme ayant une tendance marquée à se compliquer d'érysipèle,

Ce sont ces conditions d’exagération de virulence du streptocoque qui semblent devoir perpétuer l’érysipèle, malgré la plus minutieuse prophylaxie. Telle est, du moins, l'opinion de M. Reclus, qui, se plaçant uniquement sur le terrain clinique, la formule de la manière imagée suivante : « J'ai peur qu'il n’en soit de l’érysipèle comme des pauvres dont parle l'Évangile; «nous en aurons toujours

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