‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 48 sur 123 · ÉRYSIPÈLE DES VOIES RESPIRATOIRES SUPÉRIEURES · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE DES VOIES RESPIRATOIRES SUPÉRIEURES

Généralités, sur l'érysipèle de la muqueuse des voies respiratoires. — Coryza érysipélateux accompagné-ou non d’érysipèle de la face; phénomènes locaux; importance des phénomènes généraux. — Laryngilet érysipélaleuse accompagnée d'un érysipèle externe; érysipèle primilif du larynx de Massei, constatation du streptocoque; phlegmon infectieux du pharynx et du larynx. — Trachéite et bronchite érysipélateuses.

Nous passerons rapidement sur l’érysipèle des parties supérieures du tube aérien. Nous n’avons pas, en effet, beaucoup de documents nouveaux à apporter à leur histoire; dans nos essais de production expérimentale, nous n'avons, en effet, jamais réussi à provoquer chez le lapin un érysipèle typique, et la propagation ne se fait jamais spontanément aux muqueuses chez ces animaux, ou, du moins, nous ne l’avons jamais observée.

Néanmoins, chez l’homme, comme celle du tube digestif, là muqueuse des fosses nasales, du larynx, de la trachée et des bronches, peut être envahie par le processus érysipélateux.

La physionomie clinique se modifie beaucoup sous l'influence de ces nouvelles localisations du streptocoque. Mais il est probable, comme on peut en juger par les quelques faits suivis de vérification nécroptique, que la

lésion élémentaire reste la même, qu’il s'agisse d’un derme muqueux ou du derme cutané. Le parasite étant le même, le milieu analogue, on y trouve les mêmes modes réactionnels. Seulement, l'épithélium de la muqueuse aériennes élant beaucoup plus fragile desquame, au début même de la maladie, et par un processus que l’on peut comparer à la purulence des phlyctènes cutanées, il se produit à la surface de la muqueuse une sécrétion muco-purulente plus ou moins abondante, pouvant ne relever du streptocoque que d'une manière indirecte.

$ 1. — Érysipéle des fosses nasales.

A l'inverse de l’érysipèle des autres muqueuses, le coryza érysipélateux est plus souvent primitif que secondaire. Les excoriations dont la muqueuse nasale est souvent le siège, la stagnation à ce niveau des sécrétions normales, le voisinage du pharynx, centre d'action du streptocoque, sont autant de causes qui en expliquent la fréquence. Il est rare que le processus se borne aux fosses nasales et ne vienne point se juger à l'extérieur par l’apparition d’un érysipèle externe. Dans le cas contraire, le diagnostic est difficile et reste le plus souvent en suspens. Nous croyons avoir observé un cas de ce genre chez M. Jaccoud. Nous n’oserions, du reste, l’affirmer, car la vérification microbiologique est, dans ces cas-là, bien difficile, étant donné le grand nombre de commensaux habituels des fosses nasales. Néanmoins, l’évolution clinique était absolument semblable à celle des coryzas qui viennent ensuite affirmer leur nature par la production d’un érysipèle facial secondaire ; la propagation se fait alors, soit par les narines, soit par l'intermédiaire des points lacrymaux.

Les symptômes locaux sont ceux d’un coryza intense. On voit apparaître fréquemment au début quelques épistaxis, puis la douleur survient, très vive, sous forme de

sensation de brülure et de sécheresse, s’irradiant fréquemment dans les sinus frontaux. L’enchifrènement est absolu, dù au gonflement du derme muqueux et à la sécrétion »Mmuco-purulente, qui achève l’obstruction du canal aérien.

Cette sécrétion muco-purulente, qui souvent donne lieu, par sa dessiccation, à des croûtes volumineuses et fort gênantes, ne s’élablit qu’au bout de deux ou trois jours. On y trouve des globules du pus et un nombre considérable de microbes variés. Les premiers jours, au contraire, la sécrétion est presque séreuse et contient un grand nombre de cellules à cils vibratifs plus ou moins déformées.

Mais, ce qui caractérise surtout l’érysipèle des fosses nasales, c’est l'intensité des symptômes généraux, qui sont beaucoup plus marqués qu’en cas de coryza simple. Il n’est pas rare de voir un frisson en marquer le début. La fièvre est vive et atteint 39°,5 ou 40 degrés. Dans le cas que nous rapportons, nous avons même trouvé une certaine quantité d’albumine dans l’urine. Maïs tous ces symptômes ne sont que des signes de probabilité, et la certitude n’est habituellement acquise que lorsque survient l’érysipèle facial.

$ 2. — Érysipèle du larynx.

La laryngite érysipélateuse secondaire à l’érysipèle de la face ou du pharynx est connue de vieille date. C’est à elle que se rapportent les observations anciennes de Rylandt, Labbé, J. Simon, Laborde, Gauché, Vernon, Lasègue, etc., que nous avons citées à propos de l’érysipèle des muqueuses. Dans tous ces cas-là, la nature érysipélateuse de la lésion avait été affirmée par l'apparition ultérieure d’un érysipèle externe. Les symptômes avaient été ceux de la sténose glottique.

Les lésions macroscopiques étaient également très faciles à constater. La muqueuse était d’un rouge écarlate uni-

forme, sèche, brillante et comme vernissée, les replis aryléno-épiglottiques tuméfiés, épaissis et durs. Gà et là quelques ecchymoses et quelques exulcérations.

Mais, en 1884, parut un Mémoire de Masséi, qui élargissait considérablement le cadre de l’érysipèle laryngé primitif, auquel le laryngologiste napolitain attribue la production de la plupart des œdèmes primitifs de la glotte. Cette opinion est basée sur des examens laryngoscopiques, nombreux et sur l’évolution même de la maladie. La laxité du derme muqueux des replis aryténo-épiglottiques doit, en effet, favoriser singulièrement leur distension par l’exsudat séreux appelé par le streptocoque érvysipélateux. L'examen histologique a démontré l'infiltration du chorion muqueux par de nombreuses cellules embryonnaires. Il ne manquait donc que les recherches bactériologiques et la constatation du streptocoque, pour pouvoir affirmer la nature érysipélateuse de cette affection.

Cette lacune a été comblée par Fasano qui, dans un cas d’érysipèle primitif du larynx, a pu cultiver le streptocoque de l’érysipèle. L'opinion de Masséï a été également corroborée par les observations de Bergmann (de Riga) et de Brown-Bedfort. Masséi lui-même en a rapporté de nouvelles observations et distingue, dans l’érysipèle du larynx, deux formes cliniques, l’une locale, l’autre s’accompagnant de phénomènes infectieux généraux.

Cette dernière forme nous servira, pour ainsi dire, de transition entre l’érysipèle du larynx et la maladie décrite par Senator et bien étudiée récemment par M. Merklen, sous le nom de phlegmon infectieux du pharynx et du larynx. Ce que nous avons dit de l’érysipèle phlegmoneux et des différentes manières par lesquelles l’érysipèle peut amener la suppuration, nous dispensera d'entrer ici dans de nouveaux détails. :

La laxité du tissu conjonctif des replis aryteno-épiglottiques el de la face postérieure du larynx explique jusqu’à un certain point celte transformation possible du processus

érysipélateux, il se peut, du reste, que tous les cas ne soient pas semblables, au point de vue pathogénique ; car, dans la discussion qui a eu lieu à la Société médicale des hôpitaux, après la communication de M. Merklen, différentes observations ont été rapportées qui n’avaient pas présenté la même évolution clinique.

Dans cerlains cas typiques néanmoins, on a trouvé le streptocoque comme agent pathogène, ce qui autorise le rapprochement que nous venons de faire. Israël l’a rencontré dans un cas, et c'était lui qui était le seul agent pathogène, dans la très intéressante observation présentée par notre collègue Sauvineau à la Société anatomique.

$ 3. — Érysipèle de la trachée et des bronches.

La trachéo-bronchite érysipélateuse présente plutôt un intérêt pathogénique qu’un intérêt clinique. Elle existe rarement seule, mais elle établit une voie de propagation entre l’érysipèle de la face et du pharynx et la pleuropneumonie érysipélateuse, et, lorsqu'elle persiste, elle indique la marche suivie par le processus. L'observation la plus typique est celle de M. Strauss, et nous n'avons rien à ajouter à la description si nette et si détaillée qu'il a donnée de cette rare complication,

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