INTRODUCTION
Avant d'exposer le but que nous nous sommes proposé dans ce travail, nous devons ici développer les raisons qui nous ont guidé dans le choix de notre sujet et nous ont engagé à nous écarter un peu, en le traitant, de la forme classique.
Depuis le début de nos études bactériologiques et de notre internat, nous avons été frappé de la fréquence et de la multiplicité des affections dans lesquelles on pouvait isoler le séreptocoque comme unique agent pathogène, en même temps que la diversité des opinions des bactériologistes, sur le lien qui unissait entre elles ces différentes maladies et les espèces microbiennes qui leur donnaient naissance.
Il y a quatre ans, en effet, le courant d'idées bactériologiques était sensiblement différent de celui qui règne aujourd’hui. La spécificité de chaque microbe, l’adaptation parfaite et constante d’une espèce microbienne à une entité nosologique dominaient et dirigaient toutes les recherches médicales. C’est en vain que, dès cette époque, quelques voix autorisées, entre autres celle de M. Duclaux, protestaient contre la symétrie factice que l’on voulait établir entre le cadre pathologique actuel et la classification des microbes pathogènes, et dégageaient des faits le double principe suivant : diversité des manifestations
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morbides vis-à-vis d'un seul microbe; pluralité des microbes, pouvant produire un même ensemble symptomatique. Ces idées ont pris peu à peu pied dans la science, et l’on a aujourd’hui à peu près abandonné l’habitude de créer, d’après des caractères physiques, souvent insuffisants, une espèce nouvelle, chaque fois que l’on se trouvait en face d’une manifestation morbide ou d’une localisation différentes de celles que l’on avait décrites jusqu'ici comme appartenant au microbe déterminé que l'on pouvait en rapprocher à d’autres égards.
Parmi les bactéries qui jouissent d’un pléomorphisme symptomatologique bien établi, le septocoque doit certainement être placé au premier rang, et nous verrons plus loin combien l’on avait multiplié, comme à plaisir, les espèces streptococciques, en se fondant sur l'aspect des cultures ou des chaînettes, caractères éminemment variables, ainsi que nous espérons le démontrer.
L'expérimentation avait donné, entre les mains des divers observateurs, des résultats diamétralement opposés, dus, sans doute, à la diversité des conditions dans lesquelles ils s'étaient placés, et aussi aux erreurs cliniques dans le diagnostic de l’érysipèle expérimental, dont la description varie avec chaque auteur. Enfin, l'étude biologique de ce microorganisme était absolument muette, étant donnée la facilité avec laquelle il meurt dans les cultures, et les modifications rapides de ses propriétés dans les espèces souvent repiquées sur des milieux inertes, et que l’on pourrait nommer espèces de laboratoire. Pour ces diverses raisons, nous nous sommes attaché, durant ces quatre années, dans un travail quotidien au laboratoire de microbie générale de l'institut Pasteur, à l'étude de ce microbe, de ses caractères, de ses propriétés, et enfin, principalement, du lien qui unit les différentes manifestations morbides résultant de sa puissance pathogène.
Nous avions l'intention d'étudier ici les diverses affec-