‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 79 sur 123 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

Œdème chronique de la face à la suite d’érysipèles répétés. Rétrécissement mitral. Érysipèle facial à la suite d’une colère violente. Abcès de la paupière dù au streptocoque. Augmentation de

l'œdème.

M... (Henriette), seize ans. Entrée le 21 février 1890, salle

Grisolle, n° 3.

On est frappé, au premier regard que l’on jette sur la malade,

de la physionomie qu'elle présente. Sa face est, en effet, le siège d'un œdème chronique qui lui donne l’aspect d'une albuminurique grave. Son teint est pàle et décoloré ; son nez élargi à sa base et la paroi des narines épaissie. Les joues sont empâtées et tombantes. La peau du front est épaisse et difficile à plisser. Mais, la déformation est surtout le résultat d’un gonflement énorme des paupières supérieures, qui amène un rétrécissement de la fente palpébrale tel que l’on voit à peine les yeux, et que la vue de la malade en est jusqu’à un certain point gênée. Ce gonflement est bien nettement limité du côté du cuir chevelu et du menton par une ligne très nette, sensible au toucher. Cette ligne se trouve juste à la limite du front et du cuir chevelu, passe au devant des oreilles et vient aboutir aux commissures buccales en circonserivant les joues par une courbe à concavité supérieure. Si l’on examine de près cet œdème, on s'aperçoit qu'il diffère de l’œdème habituel par une élasticité beaucoup plus grande, qui fait en sorte que l'impression du doigt n'y produit point le godet caractérisque.

Interrogée sur la date du début de cet œdème, la malade nous répond qu’elle a toujours eu la figure plus ou moins gonflée, mais que cette enflure a fait depuis deux ans d'assez grands progrès, non en étendue, mais en intensité.

Les antécédents de la malade viennent, du reste, nous éclairer sur l’origine de cet œdème.

Ses parents, actuellement encore bien portants, ne présentent rien qui puisse faire songer à une influence héréditaire. Mais, depuis l’âge de trois à quatre ans, notre petite malade a été atteinte d’un grand nombre d’érysipèles plus ou moins violents, qui ont toujours été suivis d’une aggravation de l’œdème. Le dernier, assez bénin, a eu lieu en janvier.

Les antécédents morbides n’offrent, en dehors de cela, rien à signaler, si ce n’est un certain retard de la menstruation, qui n’a pas encore paru.

Ce n’est du reste pas cet œdème, constituant une réelle difformité, qui amène notre malade à l'hôpital. Elle se plaint, depuis environ un an et demi, de palpitations assez violentes, ét d’une oppression constante, s'exagérant au moindre effort. Ses jambes n’enflent jamais, mais elle se plaint assez souvent de quintes de toux et a, dit-elle, une fois craché du sang.

A l’auscultation, on ne trouve rien au poumon, mais à l’auscultation du cœur, on perçoit nettement un souffle présystolique et un dédoublement du second bruit, correspondant sans doute à un retrécissement mitral pur. L'impulsion cardiaque est forte, la matité précordiale un peu élargie.

Son urine, excrétée en grande abondance (2 litres à 2litres1/2), ne contient aucune trace d'albumine.

La malade était depuis une vingtaine de jours dans le service, très améliorée par la digitale à très petites doses, lorsque, le 12 avril, à la suite d’une violente colère le matin, elle fut prise dans la soirée d’un frisson violent, avec ascension à 40°,6, et, dès le lendemain matin, apparaissait au niveau du nez et des paupières, un érysipèle violent qui envahit bientôt tout le tissu œdématié. Malgré l'élévation de la température, l’état général est bon.

Pas de modifications dans les phénomènes cardiaques.

Pas de délire; pas d’albuminurie. Le matin du quatrième jour, la température est tombée à 37°,8, et après une nouvelle ascension thermométrique, le soir la défervescence est constituée et la résolution s'effectue.

Le 26 février, toute la face est redevenue ce qu’elle était auparavant; la desquamation est à peu près terminée. Seule, la paupière supérieure gauche est encore un peu gonflée et est le siège d’un petit abcès qui, ouvert, donne lieu à l'écoulement de quelques gouttes de pus bien lié. La cicatrisation est rapide.

Après cet érysipèle, l’æœdème semble avoir éprouvé une légère augmentation, et la malade sort, sans présenter aucun phénomène nouveau, le 419 avril 1891.

Expériences.

Scarification au front. Cultures de streptocoques.

Examen du pus de l'abcès. — Sireptocoques intra-cellulaires sur les lamelles.

Cultures pures sur gélatine, agar et bouillon.

Une goutte de pus est mise en contact pendant douze heures à l’étuve avec 10 centimètres cubes de gélatine à 10 p. 100. Au bout de ce temps, la gélatine refroidie, ne fait plus prise.

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