‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 81 sur 123 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

Éléphantiasis du membre inférieur, consécutif à un grand nombre de poussées érysipélateuses survenant sans cause apparente.

R... (Adolphe), cinquante-sept ans, galochier.

Entré le 9 mars 1891 à l'hôpital Saint-Louis, salle Bazin, n° 42.

Le malade, qui ne présente dans sa famille aucune personne, atteinte d’une affection analogue, a joui d’une excellente santé jusqu'à l’âge de vingt-sept ans. Il a toujours habité la France, et depuis longtemps Paris ; jamais il n’a fait aucun voyage à l'étranger. À cet âge-là, sans qu'il sache au juste à quoi attribuer cet accident, il contracta son premier érysipèle qui débuta au niveau du tiers inférieur de la face interne de la jambe droite et s’étendit à une partie assez limitée de la jambe. Cet érysipèle fut peu intense et n’empêcha le malade de travailler que pendant trois ou quatre Jours. Trois ans après, à la suite d’une violente coière, il ressentit un frisson violent et, dès le lendemain, sa jambe devint douloureuse, rouge, chaude et tuméfiée. Ce fut un second érysipèle, d'une durée et d’une intensité un peu plus considérables que le premier. Depuis ce temps, jusqu’en 1878, sans que le malade puisse au juste préciser les dates, il eut à subir quatre ou cinq nouvelles poussées qui, toutes, survinrent d’après lui après une colère ou une irritation morale pénible et évoluèrent de la même façon : frisson, puis tumeur, rougeur el chaleur du membre endolori. La tuméfaction portait de la malléole interne ou du tiers inférieur de. la face interne de la jambe, et se généralisait très rapidement à toute la jambe, sans envahir jamais ni le pied, ni la

cuisse.

Depuis le troisième érysipèle, R... avait remarqué que sa jambe ne revenait pas à son volume normal, et, à chaque

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atteinte, l'augmentation de volume croissait considérablement, sans néanmoins amener une grande gêne fonctionnelle. La fatigue amenait quelquefois des douleurs sourdes et une exagération de l’enflure, dont le port de bas à varices devenait facilement maitre.

En 1878, nouvelle atteinte d'érysipèle très grave cette fois et qui retint pendant six mois le malade au lit, moitié à son domicile, moitié à l'hôpital. L'inflammation sortit cette fois de son domaine habituel, envahit le genou et la moitié inférieure de la cuisse, sans s'étendre davantage du côté du pied. A la suite de cette nouvelle poussée, l’accroissement de volume du membre ne fut pas très sensible, et, depuis, il est resté à peu près stationnaire. Depuis 1878, le malade eut à subir deux ou trois nouvelles poussées moins graves, dont la dernière remonte à six ans. Néanmoins, huit ou quinze jours après cet érysipèle, survint, sans réapparition des phénomènes généraux, un abcès volumineux siégeant au niveau de la partie supéro-externe de la jambe droite, au niveau de la saillie du corps musculaire du jambier intérieur. Cet abcès fut ouvert par une large incision dont le malade porte encore la cicatrice, longue de 2 à 3 centimètres environ.

État actuel. — Le malade ne se plaint que de sa jambe droite, qui présente, en effet, un aspect tout particulier. Elle est le siège d'une tuméfaction considérable, intéressant principalement le tiers inférieur de manière à faire disparaître l’étranglement du pied et à donner au membre une forme cylindrique.

Mensuration au niveau malade . . . . . 37 — AUMNOLLE LEE EN ERE RRS

La tuméfaction qui embrasse à ce niveau toute la circonférence du membre, est limitée principalement en bas, moins nettement en haut, par une ligne très nette, le relief causé par la tuméfaction s’arrêtant brusquement à ce niveau. En haut, cette ligne est à peu près elliptique à 6 ou 7 centimètres au-dessous du genou sur la ligne moyenne, la partie externe de l’ellipse étant un peu plus élevée que la partie passant sur la face externe du tibia.

En bas, cettelimite est plus irrégulière ; elle passe à 2 ou 3 cen-

De.

timètres au-dessus de la malléole externe, puis sur la ligne médiane au niveau du pli du cou-de-pied ; enfin par une courbe à convexité inférieure, elle comprend toute la malléole interne, descendant à ce niveau à 4 ou 2 centimètres de la face plantaire. C'est à ce niveau que la ligne de démarcation atteint son maximum de netteté, puis elle va en se dégradant à la partie postérieure, limitant l’œdème à 4 ou 5 centimètres audessus de l'extrémité supérieure du calcanéum.

Presque toute la surface œdématiée, mais surtout la partie centrale, est le siège d’une pigmentation brunâtre assez marquée, qui va en se dégradant à la périphérie, de telle sorte que sur les limites, la peau se continue avec celle des parties saines, sans aucun changement de couleur sensible.

Au niveau du tiers inférieur de la face interne, au niveau où apparut le premier érysipèle, se trouve une surface plus brûnâtre, couverte de larges squames, et qui est le siège de démangeaisons habituelles. L'aspect de cette partie rappelle celui de cicatrices d’ulcères variqueux.

Au niveau de toute la partie moyenne, toute l'épaisseur de la peau est dure et comme cartilagineuse, on ne peutla pincer ; les parties sous-jacentes sont résistantes et on perçoit leur mollesse relative derrière la peau, devenue dure comme une couche de carton. À la périphérie, au contraire, la peau est normale, aussi souple et aussi fine que sur les parties saines, et, par la palpation, on ressent une sensation mollasse, qui n'est ni la semi-fluctuation du lipome, ni la mollesse de l’æœdème. La peau ne garde pas là, ni ailleurs, l'empreinte du doigt. L'augmentation de volume semble due à un accroissement du tissu cellulaire sous-cutané ayant gardé son apparence normale.

Dans le creux poplité, on sent une grande quantité de cordons durs et ramifiés comme des lymphatiques indurés se rendant à des ganglions durs et augmentés de volume.

Le malade se plaint, depuis 1878, d'une douleur dans la hanche, dont tous les mouvements sont douloureux. Les ganglions de l’aine sont un peu engorgés ; on ne sent rien d'objectif à ce niveau. C’est cette douleur qui empêche le malade de travailler.

Il est porteur de deux hernies inguinales.

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