‹ Considérations pathogéniques et Traitement chirurgical de l'ÉléphantiasisChapitre 9 sur 89 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

Le mot éléphantiasis donne lieu à la plus extrême confusion.

On peut dire que sa signification a évolué parallèlement aux progrès de la médecine.

Dès l'antiquité, avec les auteurs arabes, c'est une expression purement clinique : Dah el Phil (pied d’éléphant). On donne ce nom à tout aspect pachydermique des téguments, et, jusqu’au siècle dernier, on confondait volontiers éléphantiasis et lèpre.

À ce moment avec les progrès de l’anatomo-patholovie, la définition devint plus complexe. A l'aspect pachydermique de la peau on commence à associer des caractères histologiques. '

Voici la définition qu'en donnent BEsnier, Doyon, et Dovicr : l’éléphantiasis est un syndrome caractérisé par:

Cliniquement : Une hypertrophie régionale à marche progressive avec œdème plastique où le doigt ne creuse pas de godets.

Anatomiquement par :

1) Une réaction inflammatoire de l'appareil conjonctivo-vasculaire sanguin et lymphatique, déterminant des “ædèmes à sérosité spontanément coagulable.

>) L'hyperplasie du tissu collagène,; la multiplication cellulaire. ,

3) Des transsudats séreux simples d’origine mécanique.

Actuellement la définition du mot « éléphantiasis » est d'ordre essentiellement anatomo-pathologique et histologique : c'est une association d'œdème chronique et d'hyperplasie du tissu conjonctif évoluant vers la fibrose. Ces

ne

lésions peuvent présenter tous les degrés : depuis l’atleinte discrète relevant du microscope, jusqu’à ces énormes déformations qu'on observe surtout dans les pays coloniaux.

Cette définition étant établie, nous pouvons jeter un coup d’œil sur les différents qualificatifs donnés aux affections où l’on trouve des lésions éléphantiasiques ; nous avons relevé les expressions suivantes

Eléphantiasis tropical ou arabum, éléphantiasis nostras, états éléphantiasiques, pseudo-éléphantiasis neuro- arthritique, trophœdème chronique de Mie, œdème rhumatismal chronique, œdème segmentaire, myxœdème iocalisé, hypertrophie unilatérale du corps, adipose souscutanée, œdèmes nerveux, œdèmes hystériques, œdèmes dystrophiques, œdèmes chroniques idiopathiques, œdèmes chirurgicaux.

Ces termes s’adressaient à dés cas étudiés d’un point de vue purement clinique. Ce n’est guère que depuis le début de ce siècle qu’on possède des documents anatomopathologiques ; les auteurs ne pouvaient donc discriminer — faute de pièces anatomiques — les œdèmes chroniques des éléphantiasis.

Actuellement on peut histologiquement faire le départ de ces deux états.

Si la lésion éléphantiasique peut être rencontrée dans des cas très divers, cliniquement elle se présente sous trois aspects :

Eléphantiasis tropical.

Eléphantiasis nostras.

Trophœdème de MErce.

Si les auteurs sont, dans l’ensemble, d'accord pour confondre l’éléphantiasis tropical et l’éléphantiasis nostras, par contre la parenté de ces deux affections et du trophcædème est loin d’être admise par tous.

Nous nous efforcerons de montrer qu'il n’y à pas de différences essentielles entre ces syndromes.

l'° PARTIE

DESCRIPTION DES SYNDROMES

ES N de

AS LE N NTDREU VS ARE M L vr ; AA Ur ” Fi DATE 20 M 4e K c \ | ANSE AL > PALIN * AE AP |

# 0 1" Us

L’Éléphantiasis tropical (Eléphantiasis arabum)

ÉTIOLOGIE

Répartition géographique. -— On le trouve avec une fréquence particulière dans la zone tropicale entre 30° de latitude Nord et 35° de latitude Sud.

a) En Afrique. — Il est très fréquent dans l'Afrique du Nord, en Egypte, Abyssinie, Soudan, au sud à Madagascar, au Cap, au.Congo, à Zanzibar dans le Mozambique. L'île Maurice et la Réunion sont également frappées.

b) En Asie. —— Il est observé dans l’'Indoustan, surtout dans le district de Cochin. En Syrie, Arabie, Malaisie, en Chine, Indochine, au Japon, aux Philippines.

©) Dans le Pacifique. — Il est très fréquemment rencontré. Dans certaines régions l’éléphantiasis frappe la moitié de la population.

d) En Amérique Centrale. — II est très répandu aux Antilles (Jambes des Barbades) ; au Brésil, Guyane, Vénézuela, Colombie, Pérou, Mexique, Louisiane.

Age. — C'est surtout chez l'adulte qu'on rencontre l’éléphantiasis ; cependant on trouve des observations d’éléphantiasis infantile de Moxcorvo. Chez le vieillard, l'affection est rare, cependant Ricnarp a signalé un cas chez un homme de 8o ans.

QE” Ga

Sexe. — L'éléphantiasis tropical est trois fois plus fréquent chez l'homme que chez la femme ; cela tient uniquement à ce que la femme est moins exposée aux infections d’origine cutanée. Dans les contrées où les femmes travaillent, dans les rizières ou dans les marécages, la proportion d’éléphantiasis féminin est plus élevée que dans les autres contrées.

Races. — Ce sont surtout les noirs qui sont frappés. Les blancs, les Indiens de l'Amérique du Sud, les Ethiopiens de pure race sont beaucoup moins touchés.

Hérédité. — Son affluence serait certaine pour WA- RING et Francis Bey. En fait, il est difficile de faire la part de l’hérédité et la part des mauvaises conditions hysténiques.

Professions et coutumes. — Leur rôle est capital.

En Indochine, les travailleurs de rizières, qui ont constamment les membres inférieurs dans l’eau, ont des éléphantiasis de ces régions.

Dans le M'Bomou (A. E. F.), les indigènes ont accoutumé de porter une lanière d’écorce enlaçant les hanches et les organes génitaux : ils ont des éléphantiasis du scrotum. Les femmes qui n'en portent pas, n'ont pas d’éléphantiasis des grandes lèvres.

Alimentation. — On a incriminé le poisson salé et l’on cite le cas d’une malade de Goparp qui provoquait un accès aigu d'éléphantiasis en mangeant exclusivement et pendant plusieurs jours de suite du poisson salé.

Contagion. — Discutée par les auteurs. Le Roy des BARRES n'y croit pas, par contre, d’autres auteurs, en particulier DuBRUEL ont apporté des documents impressionnants, en faveur de cette thèse. Nous reverrons du reste cette question à l'étude de la pathogénie.

Saisons. — Les saisons pluvieuses sont propices à l’éclo-

sion de l’éléphantiasis. Les individus qui marchent pieds nus sont exposés aux souillures des plaies des jambes par la boue et aux piqüres ide moustiques.

Durée de séjour dans les pays chauds. — Les Européens au bout d'un certain nombre d'années peuvent contracter l’éléphantiasis.

Il semble, en fait, que cela soit fonction des conditions hygiéniques. Un individu ayant une très mauvaise hygiène corporelle logé dans un endroit humide, mal nourri, sera beaucoup plus vite la proie d’une infection qu'un Européen pouvant vivre confortablement et chez lequel les conditions d'infection sont beaucoup plus rares.

Page 1