‹ Considérations pratiques sur la venue du SeigneurChapitre 6 sur 6 · ED · texte numérisé non relu

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IV les avait entretenus. « Car vous savez vousmêmes parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. » Les hommes seront atteints par une subite destruction. « Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, en sorte que le jour vous surprenne comme un voleur; car vous êtes tous des fils de la lumière et des fils du jour ; nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres. »

La raison pour laquelle le jugement ne peut nous atteindre, c’est que nous appartenons déjà à ce jour qui est encore à venir, ayant été délivrés du pouvoir des ténèbres et engendrés pour être des fils de lumière. En quoi done le jour du Seigneur touche-t-il nos consciences ? L'Esprit Saint ajoute: « Ainsi donc ne dormons pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres ; car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent, senivrent la nuit ; mais nous qui sommes du jour, soyons sobres. » Dormir et nous enivrer serait renier notre caractère de fils du jour. Nous n’avons que ce motif, mais combien puissant pour -veiller et pour refuser toutes les boissons capiteuses par lesquelles le monde et Satan cherchent à endormir nos âmes. Nous appartenons à une autre sphère, à celle de la lumière éternelle !

Nos veilles seront-elles remplies de la crainte que la colère ne nous atteigne nous-mêmes ? Nullcment, car nous n’avons pas à nous défendre du jugement, mais du monde qui sera jugé : « Revê-

tant la cuirasse de la foi et de l’amour, et, pour casque, l'espérance du salut ; ear Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus-Christ. » La foi et l’amour nous rendent invulnérables aux coups de : Satan et du monde, en nous attachant à Dieu, à Christ, à tout ce qui est né de lui. Quand je jouis de ces choses excellentes, celles d’ici-bas ont perdu le pouvoir de m’atteindre. L’espérance du salut nous remplit d’assurance en face de cette colère future qui ne nous est pas destinée. C’est ainsi que le chrétien fidèle attend le jour du Seigneur. Ce jour ne le touche pas personnellement ; mais 4! atteint sa conscience, et c’est une chose infiniment salutaire au milieu des dangers de toute sorte qui menacent notre vie chrétienne. :

Mais peut-être la chrétienté professante se croira-t-elle à l’abri de ce jour ? Elle s’en crée l'illusion, car elle se vante de porter le nom de Christ. Qu'elle se détrompe.: Sardes, qui représente la chrétienté sous sa forme la plus éclairée, le protestantisme, reçoit cet avertissement du Seigneur : « Souviens-toi comment tu as reçu et entendu ; et garde, et repens-toi. Si done tu ne voilles pas, je viendrai sur toi comme un voleur, et tu ne sauras point à quelle heure je viendrai sur toi.» (Apoc. IIT, 8.) La religion la plus orthodoxe ne sauve pas ceux qui la professent du terrible jour du fils de l’homme. Ils seront complètement assimilés au monde. Étant sans la re-

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pentance qui accompagne la foi, leur sort ne différera pas de celui des impies. Maïs quant à nous,

«exhortons-nous l’un l’autre » à veiller et à être sobres !

VIIIMe MÉDITATION

La venue du Maître de maison.

(Matth. XXIV, 45-51.)

Après la venue du Fils de l’homme, voici celle du Maître de maison. Ce passage ne nous parle ni du monde proprement dit, ni d'Israël, mais de la maison de Dieu, comme elle fut établie et organisée après le départ du Seigneur. Composée de tous ceux qui lui appartenaient par la foi, elle au-. rait dû être le modèle de «l’administration de Dieu» (1 Tim. I, 4) dans ce monde. Cette maison devait contenir la profession chrétienne dans sa réalité, et non la profession sans vie, fruit de l’infidélité de l’Église. Cependant, telle qu’elle est aujourd’hui, la chrétienté reconnaît encore le Sceigneur pour son Maître, aussi la traitera-t-il selon sa profession. DU

La maison de Dieu abrite des esclaves responsables, établis par le Maître lui-même pour y accomplir leur ministère. Comment ont-ils répondu à la

confiance que le Maître avait mise en eux ? La parole de Dieu nous l’apprend : « Le méchant esclave” dit en son cœur: Mon maître tarde à venir. » Il commence par abandonner l’attente du Müûître. Son intelligence accepte peut-être encore la vérité de sa prochaine venue, tandis que son cœur la renie. Combien cela est sérieux à considérer ! Le premier pas du déclin est l’abandon de la venue actuelle du Seigneur. L’esclave ne dit point : Mon maître ne viendra pas, mais simplement : Il farde à venir, ce qui prouve que la venue du Seigneur a plus de réalité pour ses affections.

La conséquence de son infidélité est qu’il «se met à battre ceux qui sont esclaves avec lui, » usurpant dans la maison du Maître des fonctions que ce dernier ne lui a nullement conférées. Il domine sur ses compagnons de service et les traite durement selon sa fantaisie, comme s’il était d’une autre classe qu'eux. N'est-ce pas l’image de ceux qui s’arrogent une autorité dans la maison de Dieu où le Seigneur seul a le droit de dominer ? — Ensuite, il se met « à manger et à boire avec les ivrognes,» c’est-à-dire qu'il s'allie avec un monde cnivré des convoitises que Satan lui présente. (1 Thess. V, 7.) Il n’est pas dit, comme en Luc XII, 45, que cet homme s’enivre, bien que ce relächement y conduise tôt ow tard ; mais il s'associe

1 Il est utile de remarquer que, dans cette parabole, l'esclave est un être collectif.

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à ce que Dieu hait et perd son caractère de serviteur, alors même qu’il le maintiendrait peut-être encore extérieurement.

Mais il y a dans la maison du Aaître un esclave fidèle et prudent. Il sait que son Seigneur l’a établi sur les domestiques de sa maison, non pour qu’il s'élève, mais afin de servir les autres, et de leur donner «leur nourriture au temps conve-. nable. » Cet esclave a un but en s’acquittant de sa mission, c'est que « le maître, lorsqu'il viendra, le trouve faisant ainsi. » Heureuse espérance qui lui suffit, car ce qui importe au Seigneur, C’est la manière dont ses esclaves se conduisent dans sa maison en rapport avec sa venue. Oui, bienheureux l’esclave fidèle : sa constance à servir les autres, tout en servant son Maître et en: l’attendant, lui fait obtenir une rémunération à laquelle sans doute il ne songeait pas : le Maître l’établit sur tous ses biens. Le serviteur infidèle verra paraître son Seigneur «en un jour qu’il n’attend pas, et à une heure qu’il ne sait pas. » Son manque de vigilance et son oubli de la venue du Maître seront la cause même de son jugement. T1 sera détruit, coupé en deux, lui qui avait estimé qu’on pouvait séparer la profession de la vie. Il aura « sa part avec les hypocrites, » car un hypocrite est, comme lui, un homme qui se pare d’un caractère religieux dont il n’a pas la réalité. « Là seront les pleurs, » les signes d’une douleur sans fin, « et les grincements de dents, » une éternelle et impuis-

sante rage d’avoir perdu l’occasion, rage qui ne sera tempérée par aucun sentiment de tendresse, car, ayant méprisé l'amour, les réprouvés ne le comprendront jamais !

IXm MÉDITATION

La venue de l’Époux.

(Matth. XXV, 1-18.)

Ces versets nous présentent le Seigneur sous l’aspect d’un Époux qui vient. Les dix vierges sortent à sa rencontre ; elles ne forment en apparence qu’une troupe homogène, mais composée, en réalité, de deux partis, avec des caractères moraux entièrement opposés. « Cinq d’entre elles étaient prudentes, et cinq folles.» Ces vierges sortent. Dans cet acte, il n’est pas proprement question de sa venue pour nous prendre auprès de lui, mais de notre responsabilité, car notre devoir est d’aller à sa rencontre. Pour sortir, il faut quitter comme Abraham l’endroit que l’on habite, son pays et sa parenté ; oublier, comme l'épouse du Ps. XLV, son peuple et la maison de son père ; mais ce que nous quittons aurait-il quelque valeur, quelque

pouvoir de nous retenir, quand il s’agit d’aller audevant de l’Époux ? |

Les vierges sont appelées à former son corlège quand il entrera aux noces. Aussi se munissent-elles de lampes, ou plus exactement de flambeaux (conf. Jean XVIII, 3) qui doivent être alimentés d'huile, et portent-elles dans des vases cette indispensable provision. À quoi servirait, en effet, un cortège de nuit sans flambeaux ? Feraitil honneur à Celui qu’on escorte ? La personne de l’Époux ne doit-elle pas être mise en lumière.aux yeux de la foule, par ceux qui laccompagnent ?

Les vierges folles, en prenant leurs lampes, avaient oublié de se munir d'huile. Personne ne s’en serait douté jusqu’à l'heure de la formation du cortège. Au moment de les allumer, leurs lampes pouvaient même donner um semblant de lumière ; car on les entend dire aux prudentes : « Donnez-nous de votre huile; nos lampes s’éteignent, » mais cette lumière ne ponvait durer que le temps de consumer la mèche de leurs flambeaux.

Ce récit nons présente une grande vérité : c’est que, si la profession chrétienne appartient à tous, | car les vierges folles ont les mêmes lampes que les prudentes, la profession ne suffit nullement pour mettre en lumière la personne de l’Époux. Sa venue démontrera que la profession seule ne vaut pas mieux que les ténèbres les plus profondes. Ce qui donne sa valeur à la profession, c’est la vie qui lPaccompagne: L’huile est ordinairement dans la

Parole l’emblème du Saint-Esprit, et l'Esprit et la vie sont inséparables l’un de l’autre. La profession et la vie forment ensemble le témoignage. Nous avons à rendre témoignage à l’Époux au-devant duquel nous sommes sortis: Les vierges qui ne le font pas sont « folles. » Funeste pensée, folie insigne, en effet, que de s’imaginer pouvoir escorter l’'Époux, au jour des noces, avec des apparences et sans la réalité du témoignage ! La seule chose qui donne à l’escorte le droit d'entrer aux noces, c’est la lampe avec son huile.

Cette parabole constate encore un fait aile geant : « Comme l’Époux tardait, elles s’assoupirent foutes'et s’éndormirent. » Leur sommeil dura longtemps. il a duré des siècles. Les vierges entrèrent, sans doute, en quelque endroit pareil à celui dont elles étaient sorties au commencement, car «au milieu de la nuit il se fit un eri : Voici l’époux ; sortez à sa rencontre. » Elles avaient retrouvé un lieu favorable à leur sommeil. Au début, le peuple chrétien avait brisé tout ce qui tendait à l’enchaîner, pour aller à la rencontre de Jésus ; mais le monde, l’amour du bien-être, les mille attractions du «lieu obscur, » ‘eurent bientôt amorti ce premier zèle. Or à un moment donné, dans le siècle passé, ce cri :.« Voici l’Époux, » a retenti’ au milieu du christianisme professant. Copendant l’Époux n’a pas encore paru. Il s’écoule nn certain temps-entre le cri et sa venue. Cet intervalle, ne l’oublions pas, suffit pour éprouver

la condition morale de chacun de nous. Les lampes des vierges folles ont le temps de s’éteindre et de prouver, hélas ! qu’elles sont inutiles au cortège; les vierges prudentes ont le temps de «se préparer » et d’être à leurs places quand l’Époux viendra. Souvenons-nous que si nos lampes ne brillent pas avant qu’il vienne, nous ne pourrons pas entrer aux noces avec lui.

Je désire être bref, mais les questions se pressent sous ma plume. Nous avons tous entendu le cri de minuit. Nous a-t-il laissés indifférents ? Avons-nous mis à profit l'intervalle qui nous sépare du moment de sa venue ? Serions-nous tentés peut-être de nous assoupir et de nous endormir une seconde fois ? Souvenons-nous bien qu’il n’y aura pas de nouveau cri. Le temps est court, l’instant arrive. L’Époux va-t-il nous trouver veillant ? Serons-nous surpris par son arrivée ? Que de questions sérieuses ! Puissions-nous y répondre par les faits, ow plutôt par le seul fait d’être trouvés par lui comme ses fémoins. « Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces. »

Et les autres ? « Allez plutôt vers ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous-mêmes ! » Il est trop tard ; elles ont manqué l’occasion offerte à toutes de s’en procurer sans aucun prix. « Pendant qu’elles s’en allaient pour en. acheter, l’Époux vint.» Elles se hâtent maintenant, elles arrivent avec leurs flambeaux éteints ; la porte est fermée. Elles heurtent: « Seigneur, Seigneur, ouvre-

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nous !» Il est trop tard ! Elles sont laissées dans les ténèbres du dehors, avec leurs lampes inutiles, ‘séparées à toujours de Celui qui leur a dit : «Je re vous connais pas ! »

Veillons done ! car nous ne savons ni le jour, ni l’heure.

Xme MÉDITATION

La venue de notre Maître et les récompenses.

(Matth. XXV, 14-80.)

Toutes les paraboles que nous venons de méditer s'occupent de FPattitude des fidèles et des simples professants, en l'absence du Seigneur. Celle-ci insiste d’une manière encore plus particulière sur son absence : « C’est comme un homme qui, s’en allant hors du pays. Et aussitôt il s’en alla hors du pays.» Le Maître s’en étant allé, qu'avons-nous à faire jusqu’à son retour ? Telle est la question qui se pose ici. Il ne s’agit pas, comme dans la parabole du maître de maison, d’un ministère à l’intérieur et de « donner aux esclaves leur nourriture au temps convenable ; » mais de trafiquer au dehors avec les talents qu’il confie à chacun. C’est le service individuel an milien de ce

monde. Un serviteur est autre chose qu’un témoin. Les dix vierges devaient être les témoins de .PÉpoux à sa venue, mais notre service consiste à administrer .ce qu’il nous a confié, en le faisant fructifier pour lui pendant son absence. Le Maître remet ses biens à chacun de ceux qui ont la prétention vraie ou fausse de le servir. Ce que sont les talents, je ne saurais l'énumérer, car c’est tout ce qui est à lui, tout ce qu'il nous confie, tout ce que nous pouvons employer à son service, dons, facultés, fortune, choses matérielles ow spirituelles, peu importe leur caractère ou leur qualité. I1 remet donc les talents « à chacun selon sa propre capacité. » Lui seul en est juge et nous les mesure selon cette dernière ; c’est son affaire et non pas la nôtre. Notre affaire est de trafiquer fidèlement de ce qu’il nous confie.

Remarquez que le Maître ne donne à ses esclaves aucun commandement, aucune direction spéciale sur la manière dont ils devront agir. Quand il leur remet les talents, il ne leur dit pas ce qu’ils doivent en faire, mais, les ayant donnés, il s'en va aussitôt hors du pays. Il en est encore de même aujonrd’hui; le Seigneur est absent dans le ciel, nous laissant ici-bas avec la responsabilité de le servir.

L'état des cœurs se manifeste bientôt. Les esclaves fidèles connaissent leur Seigneur et lui sont soumis. S'il ne les aimait pas, pourrait-il leur montrer une telle confiance en leur remettant ses

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bicus ? Comment, après cela, douter un instant de son amour ? Aussi font-ils tout pour y répondre. Il ne leur vient point à la pensée de considérer les talents comme leur appartenant, car ils savent qu'ils ont en mains les biens de leur Maître. Pourquoi done les leur remettre, sinon pour les faire fructifier ? Aussi désirent-ils que, lorsqu'il viendra, il soit satisfait du résultat de leur activité. Cette dernière découle évidemment pour les serviteurs fidèles, de ces quatre faits : Le Seigneur est notre Maître ; il nous aime ; nous avons confiance en lui, et nous l’attendons. Son absence se prolongera «longtemps» peut-être (v. 19), mais ses esclaves l’attendent en le servant.

Ayons de tels motifs pour le servir, et nous travaillerons pour lui ; et quand. il viendra régler compte avec nous, nous en aurons la récompense. Toutefois les esclaves fidèles ne travaillent nullement en vue de celte récompense ; ils ne désirent qu’une chose : c’est que le Maître reçoive l’intérêt de ses talents et qu’il en soit satisfait.

Le méchant esclave dit : « Maître, je fe connaissais, » lui qui, aves la prétention de le conpaître, est le seul auquel le Maître soit complètement étranger'! Il le juge « un homme dur, moissonnant où il n’a pas semé et recueillant où il n’a pas répandu, » un Maître exigeant. Certes il a le droit d'exiger, mais est-ce là son caractère { Ah ! comme les autres esclaves étaient mieux instruits ! Ne le connaissant pas, celui-ci ne peut

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avoir ni confiance en lui, ni intelligence de son but et de ses pensées. Il est complètement étranger à la grâce. Sa vie étant restée stérile pour celui qu’il a si outrageusement méconnu, il est jeté dans les ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents.

Voyons maintenant quelle est la récompense des bons serviteurs ? D’abord, ayant été fidèles en ce qui leur avait été confié, ils reçoivent davantage. « Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents ; car à chacun qui a il sera donné, et il sera dans l’abondance. » Résultat immédiat de notre fidélité, nos richesses spirituelles s’accroissent par l’usage. Dieu veuille que chacun de nous en fasse l’expérience ! |

Ensuite, le Maître adresse cette parole à ses serviteurs : « Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton Seigneur.» Il nous donne la précieuse assurance de son approbation pour laquelle nous avons travaillé ; mais il pe veut pas rester notre débiteur. C’est « peu de chose » que notre services il le sait bien, et nous aussi, mais il nous offre en échange une part dans son glorieux royaume. À nous pauvres esclaves, il veut'octroyer encore de plus grandes bénédictions, en nous faisant partager sa propre joie. Ce qui fait ses délices à lui, deviendra nos délices pour l'éternité !

XIe MÉDITATION

Le petit troupeau et le Seigneur revenant des noces.

(Luc XII, 82-44.)

. Le Seigneur allait quitter les siens ; car définitivement le monde le rejetait. Un complot qui devait aboutir à la croix, s’était déjà formé contre lui. (XI, 53-54.) Sans doute les apparences contredisaient encore ce que Satan tramait dans les ténèbres, car jamais sa «popularité» n'avait brillé d’un tel lustre : « Les foules se rassemblaïient par milliers autour de Jésus, de sorte qu’ils se foulaient les uns les autres. » (XII, 1.) Mais lui voyait et connaissait ce que recouvrait de son hypocrisie le cœur humain. C’est à ce moment, qu’en présence de la multitude, il se met à parler à ses disciples. Il.s’isole avec ce pauvre résidu angoissé, sur lequel son départ projette déjà son ombre, et, ouvrant tout son cœur à ses bien-aimés, les exhorte, les encourage, leur adresse consolation sur consolation. Un volume ne suffirait pas pour méditer ce chapitre divin ; mais une parole y do-. mine : «Ne craignez pas.» Devant tout ce qui pourrait abattre ce faible troupeau, que son Berger

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aïluit laisser comme à la merci des loups, il leur répète : « Ne craignez pas.» La puissance ct la haine des hommes qui va jusqu’à tuer le corps, votre propre insignifiance, ne doivent pas vous inquiéter ; Dieu a soin de vous et vous aime. Vous courrez des dangers en me confessant, mais je vous confesserai devant les anges de Dieu. On vous traînera devant les srnagogues et devant les juges ; ne Craignez pas, car la puissance du Saint- Esprit vous enseigrera. Les hommes seront contre vous :. Dieu lui-même, et le Fils, et le Saint- Esprit sont pour vous. Ne soyez pas en souci pour la vie, ne soyez pas en peine de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez et comment vous serez vêtus ; vous avez un Père qui sait que vous avez besoin de ces choses !

Il les exhorte aussi : « T'enez-vous en gurde, dt il, contre le levain des pharisiens qui est l’hypocrisie.» « Voyez, et gardez-vous de toute avarice ; » et certes, nous avons besoin de ces tendres cxhortations, mais il veut avant tout remplir de confiance ces cœurs troublés et craintifs : « Ne craignez pas ; ne craignez pas ! »

Puis il introduit le passage de ce chapitre que nous désirons méditer : « Cherchez son royaume. » (v. 31.) Le royaume de qui? Du Père! Ce royaume du Père n’est pas celui du fils de l’homme. Ï1 n’a pas, comme ce dernier, une sphère terrestre où resplendira sa gloire. C’est le royaume céleste où le Père a son domicile, Ce nom

de Père, comme il parle au cœur d'êtres craintifs, faibles, sans défense et sans connaissance | Ne renferme-t-il pas sa protection, ses soins journaliers, son amour, tout son amour pour ceux qu’il a engendrés, qu’il appelle ses enfants ? — C’est aux lieux où ces choses se trouvent, que le Peau veut élever l’âme de ses disciples. ;

Oh ! comme nous serons portés au-dessus des craintes, des soucis desséchants de cette vie, si nous cherchons le royaume du Père ! Toutes les choses terrestres dont nous avons besoin « nous seront données par-dessus, » car nous aurons le Père ; elles nous seront données à titre de supplément, pour parfaire le poids des choses éternelles que nous trouverons dans .son royaume ! L

Le Seigneur résume encore une fois toutes les exhortations qui précèdent, par un mot: «Ne crains pas, petit troupeau. » Après avoir détaillé tous nos sujets de crainte, il dit: «Ne crains pas ! » Vous êtes le petit troupeau au milieu de cette multitude hostile. Cela convient bien à son amour que les enfants de Dieu ne soient que cela. Nous ne pouvons nous confier dans notre nombre, dans notre force ou notre intelligence, maïs nous pouvons nous confier en lui. Et voyez quelles grandes choses le Père a faites pour le petit trou- . peau |! «Il a plu» — entièrement en dehors de nous, qui sommes sans mérite pour l’obtenir — il a plu «aw Père» — qui nous a mis en relation avec lui-même comme ses bien-aimés — « de nous

donner » — non pas de nous prêter pour un temps, en nous accordant une jouissance passagère, mais — « de nous donner, » de nous donner en. propre « le royaume, » — le royaume du Père, le ciel ! Comme cette libre et pure grâce de Dieu, comme cet intérêt et cet amour du Père, sont faits pour remplir de confiance le cœur du petit troupeau !

Le royaume est à nous, nous le possédons, nous pouvons y entrer aujourd’hui et demain et chaque, jour.

Mais, pour en jouir, j’ai quelque chose à faire. Pour entrer dans ma maison, il me faut en avoir la clef. Le Seigneur place cette clef dans la main de ses disciples ; il leur révèle le secret par lequel ils peuvent prendre aujourd’hui possession. à ce qu’ils auront à jamais.

« Vendez ce que vous avez, et donnez l’aumône; faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas, un trésor qui ne défaille pas, dans les cieux, d’où le voleur n’approche pas, et où la teigne ne détruit pas ; car là où est votre trésor, là aussi sera votre. cœur.» Le secret qu’il me confie est de n’avoir ici-bas rien que je possède en propre, de rompre tous les liens qui me rattachent aux choses terrestres en les considérant comme des entraves, et d'employer ces choses, dont il laisse l’administration entre mes mains, à donner l’aumône, — à faire du bien aux pauvres et aux déshérités, devenant ainsi comme la main du Père qui sait qu’ils ont besoin de ces choses. Alors nous nous faisons

un trésor dans Jes cieux; nous montrons par nos actes que les biens incorruptibles ont seuls de la valeur, et quand nous avons, pour ainsi dire, constitué notre trésor, nos cœurs le suivent. Ces trois choses se lient : le renoncement, l’acquisition du trésor, et le cœur suivant le trésor. Si je me fais « des bourses qui vieillissent, » mon cœur s’y attachera nécessairement. Un beau jour, elles périssent et me sont dérobées. Alors, pauvre cœur misérable, que deviens-tu, quand ton trésor a disparu ? Mais, notre cœur ayant suivi notre trésor, nous avons encore une chose à faire. « Que vos reins soient ceints, et vos lampes allumées ; et soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que, quand il viendra, et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt. » Nous avons à prendre ici-bas une ‘certaine attitude en attendant celui qui nous a quittés, mais qui est sur le point de revenir. On peut avoir les reins ceints pour le service, pour la marche, pour le combat et pour le culte. Dans ce passage, ils doivent être ceints pour l'attente. Nous avons à veiller sur nos pen-. sées, sur nos affections, sur tout ce qui pourrait nous distraire'et nous empêcher d’entendre les pas de l'époux qui s'approche. (C’est bien l'attitude d’un serviteur, mais d’un serviteur qui se tient près de la porte, attentif au moindre bruit, pour ouvrir anssitôt que la maïn du maître heurtera. Les lampes allumées ne sont pas ici le témoignage,

mais la vigilance qui combat contre le sommeil. Que nos reins soient donc ceints et nos lampes allumées, en sorte qu’il nous trouve veillant, car avec ces deux choses nous attendrons le Seigneur.

Cette expression est bien frappante : « A quelque moment qu’il revienne des noces.» Sans doute, la relation de l’Époux avec son Église ne fut révélée qu’à la suite de l’exaltation du Seigneur et de la descente du Saint-Esprit, et cela peut en quelque mesure expliquer le vague intentionnel de cette parole. Mais ne PORTO TOUS pas y voir encore autre chose ?

L'événement capital de la maison, c’est. le mariage du maître et le moment où il vient, ramenant son épouse. Cela introduit et établit un tout nouvel état de choses, en contraste avec ce qui a précédé. Le gouvernement et l’ordre de la maïison sont désormais complets et définitifs. C’est aussi le moment de la joie du maître, son cœur satisfait ayant obtenu ce qu’il désire et se reposant enfin sur celle qu’il possède comme l’objet de ses affections. Il amène son épouse dans le lieu où elle habitera désormais, lieu orné par Ini et préparé pour elle. Ce jour est aussi celui de la joie des servitenurs qui voient leur maître répandant sur tous ceux qui lui appartiennent l’expression de son bonheur et de sa satisfaction.

Voilà ce qui occupe le cœur d’un elite fidèle. Comment penser à autre chose ? Fera-t-il attendre à la porte ce maître chéri et respecté ? IL tient à

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lui prouver que tout est prêt pour le recevoir en ce jour de fête joyeuse et solennelle. Aussi espèret-il son arrivée de moment en moment. Le temps s’écoule et ne lui paraît pas long ; son affection donne des ailes à la marche des heures. Que son Seigneur vienne à la seconde où à la troisième Veille, « bienheureux sont ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et s’avançant, il les servira. » Il leur donne plus que le royaume, plus que ses biens, plus même que la joie de leur Seigneur. Ce qu’il fait pour eux dépasserait la mesure, s’il y avait une mesure à l'amour. Nous le verrons, revêtant, lui, le Maitre, les insignes du serviteur, de ce qu’il a toujours été, de ce qu’il veut toujours rester pour nous ; nous le verrons. s’abaissant, aimant à s’abaisser dans la gloire ! Pourquoi ? Pour servir lui-même ses esclaves. Et comment nous servira-t-il? Comme lui, le serviteur par excellence, sait servir. Ce ne sera plns la rédemption, ni le lavage de nos pieds (Mare X, 45; Jean XIII, 4); il nous aura devant lui, parfaits nous-mêmes dans l’amour. Nous comprendrons cet amour sans limite et nous le laisserons faire. Nous ne dirons pas comme Pierre : Tu ne t’abaisseras jamais à de telles fonctions. Nous ne nous étonnerons pas de l’entendre nous dire : Mon service est la réponse au tien. La réponse à mon service !… Une telle parole ne peut que m'humilier profondément aujourd’hui, mais dans

la gloire je comprendrai, en l’adorant, que son service glorifie éternellement son amour, et je le laisserai m’aimer avec délices, lui donnant en échange tous les mouvements d’un cœur capable de sonder l’amour parfait de mon Seigneur et de mon Sauveur.

XIIme MÉDITATION Le jour de Dieu.

(2 Pierre III, 11-14.)

Cette dernière parole sert d’épilogue à nos méditations. Elle nous parle de l'établissement des temps éternels. Nous en avons besoin au milieu de ce monde révolté contre Dieu, et qui court à sa dissolution. L’apôtre Pierre prend la lampe prophétique pour nous éclairer sur l’état moral des hommes de la fin, en nous rappelant « les paroles dites. à l’avance à leur sujet par les saints prophètes, » qui nous ont annoncé que les impies se moqueraient de « la promesse de sa venue. » Cette venue est pour eux une fable de vieilles femmes. Ils disent que « toutes choses demeurent dans le même état depuis le commencement de la création. » Ils professent l’immutabilité de la matière,

le

et ignorent volontairement que l’existence et la destruction du monde dépendent d’une parole de Dieu. Le moude fut créé (Hébr. XI, 3), subsiste et sera détruit par cette parole. (2 Pierre III, 5-7.) Déjà le déluge l’a submergé une fois. Ces hommes ne veulent pas le croire, et ne voient pas ‘que « les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies. » « Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les œuvres qui sont en elles seront brûlées entièrement. » ee

Cette vérité est un motif puissant pour notre conduite chrétienne : « Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété ?» Attachés à cette parole, nous ne pourrons vivre avec le monde et comme lui, ni conserver des liens avec ce que nous savons devoir être entièrement brûlé.

Mais la crainte dé nous trouver liés à cet état de choses ne peut être notre seul, ni même notre principal motif. Le jour du Seigneur sera suivi d’un autre, le jour de Dieu. C’est « à cause de lui: que les cieux en feu seront dissous et que les éléments embrasés se fondront. » Ce sera le jour de la pleine et définitive stabilité de toutes choses. Nous l’attendons, car le jour du jugement ne peut être l’objet de notre espérance. Le jour du Sei-

gneur introduira le règne de la justice sur la terre purifiée par le jugement ; après ce règne, quand il aura détruit «le premier ciel et la pre- ‘mière terre, » il introduira le jour de Dieu, qui resplendira dans de nouveaux cieux et sur une nouvelle terre dans lesquels la justice habite.

- Nous attendons ce jour, mais nous sommes exhortés à hâter sa venue. :

Comment donc pouvons-nous le hôâter ? En manifestant dès maintenant dans toute notre conduile les caractères stables de justice et de sainleté qui appartiennent à ce jour. Quelles gens devrions-nous done être ? « C’est pourquoi, bienaimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix ; et estimez que la patience de notre Dieu cst salut, »

Frères bien-aimés ! le Seigneur vient. Nous allons le voir comme Étoile du matin, comme Sauveur, comme Maître, comme Seigneur, comme Époux ; nous reviendrons avec lui en gloire pour régner avec lui comme Roi, puis le jour de Dieu apparaîtra. En attendant, le mal règne dans le monde et nous en souffrons, si nous ne souffrons aussi de nos propres et humiliantes expériences. Ne craignons pas et ne perdons pas courage. Estimons que la patience de notre Dieu est salut: que cette pensée nous soutienne. N’avons-nous pas, au milieu du bouleversement de toutes choses, les plus

puissants motifs pour « renier l’immété et les convoitises mondaines, et vivre dans le présent siècle, sobrement, et justement, et pieusement, attendant: la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus- Christ » ?

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