L... François, quarante-six ans, maçon
Le 19 août 1901, le malade travaillait sur un échafaudage, tomba d’une hauteur de 10 mètres, Dans sa chute, il se fit des fractures multiples.
Fracture du fémur au tiers moyen. Fracture de l’extrémité supérieure et inférieure ‘du radius et fracture de la région sus-condylienne de l’humérus.
20 août. — On réduit la fracture fémorale par traction directe ; exceptionnellement, on met un plâtre. Pour les lésions du coude, on immobilise en flexion exagérée, en supination, l'avant-bras incliné sur le bord cubital et le poignet fléchi.
La position un peu bizarre de cette attelle est expliquée par la fracture de l’extrémité inférieure du radius. La seule chose qui nous intéresse est la position en flexion exagérée de l’avant-bras sur le bras pour parer à la déformation causée par la fracture sus-condylienne. La flexion sur le bord cubital semble être un contresens, puisque l'on doit toujours rechercher à conserver l'angle ouvert en dehors que fait l'avant-bras et le bras. Mais cette flexion s'adresse à la région du poignet pour combattre la déformation due à la fracture de l'extrémité inférieure du radius. ;
L'immobilisation plâtrée a été conservée au bras pendant vingt jours : ce qui dépasse beaucoup la durée moyenne d'immobilisation qu'aurait exigée la seule fracture du coude. Après ce temps, on enlève le plâtre et on commence la mobilisation des articulations et le massage.
Le 5 décembre, seulement le malade quitte le service, avec un résultat fonctionnel convenable, conservant un coude un peu volumineux. .
OgsEervarion XXI
Fracture sus-condylienne du bras droit.
Jean C., six ans.
Le 28 septembre 1903, le malade fit une chute en arrière : le choc porta sur l'extrémité inférieure du bras.
et,
À la radiographie, on constate une fracture sus-condylienne ; le fragment supérieur est placé en avant : l'inférieur est refoulé en arrière, mais tout contact n’est pas perdu entre eux. Deux ou trois jours après, M. Vallas réduit la fracture sous-anesthésie : il faut pour cela déployer une forte pression sur le fragment inférieur. Après la réduction, on constate que la déformation ne se reproduit pas, tous les mouvements sont possibles.
Immobilisation plâtrée en flexion modérée.
Après sept jours, on enlève le plâtre et on commence la mobilisation.
Le cal se forme sans prendre des proportions exagérées ; les mouvements reviennent bien. En novembre 1904, on peut constater que le bras droit est solide, bien musclé, non déformé. L'extension est complète ; la flexion est extrémement peu diminuée, on ne sent pas de cal, l'enfant peut faire de la gymnastique et, dans ses mouvements habituels on ne peut surprendre aucune gène, aucune incertitude.
En donnant quelques exemples de fractures du coude, nous n'avons pas la prétention de donner une règle de conduite pour le traitement de fractures aussi complexes. Elles sont graves, surtout celles intéressant la région sus-condylienne. Dans celles-ci, en effet, le fragment inférieur qui se place en avant est impossible à tenir réduit, même en plaçant le membre en extension comme le recommandait le D' Laroyenne, dans la thèse de Berthomie. Ces trois observations que nous rapportons sont cependant intéressantes à étudier, car elles nous permettent de tirer quelques conclusions qu'il serait bon de vérifier.
La réduction se fait relativement bien : 1l faut pour
cela tâtonner beaucoup, il n’y a pas de règles fixes ; le
Lie point le plus délicat est certainement le maintien de la réduction. Dans ces deux cas, l’immobilisation en extension était peu rassurante, le fragment se relevait facilement. M. Vallas a préféré ainsi immobiliser les malades en flexion car, dans cette position, la réduction semblait être maintenue d’une façon convenable, le résultat l'a du reste prouvé, puisque la consolidation s’est bien faite avec une capacité fonctionnelle suffisante.
Dans l’un des cas, l’attelle a été laissée en place sept jours seulement, c'est évidemment peu et il ne faudrait peut-être pas prendre cette durée comme règle de conduite : il faut être très prudent à ce point de vue. |
Dans le deuxième cas, la durée de l'immobilisation a élé longue de vingt jours; malgré cela, l'articulation a recouvré une grande partie de ses mouvements. Les raideurs articulaires dépendent quelquefois plus des obstacles mécaniques que de l’inactivité prolongée de l’arücle.
OgsErvarIoN XXII
Fracture du deuxième mélacarpien de la main gauche,
Marius D... En jouant au foot-ball, le 5 décembre 1901, le malade à fait une chute sur le dos de la main ; la tête du métacarpien portant sur le sol; il vient à l'Hôtel-Dieu et on constate une fracture portant à la partie moyenne du deuxième métacarpien, Les signes de la fracture sont nets, mais il n'existe pas de déformation persistante, raison pour laquelle on se contente de placer une petite attelle plâtrée sur le dos de la main. Cette attelle est enlevée au bout de
cinq ou six jours pour masser le malade. Les jours suivants entre les séances de massage on laisse une petite planchette à la face palmaire pour éviter toute complication.
Bon résultat.
OgsEnvarion XXIII
Fracture du quatrième métacarpien au tiers inférieur.
B... Auguste, garçon boulanger, vingt ans.
Le 11 mai, le malade a eu la main prise entre deux sacs de farine ; il s'est fait une fracture du quatrième métacarpien, sans déplacement.
On met une simple attelle en bois pendant quelques jours. On se contente ensuite de faire un peu de massage. Le malade a un résultat fonctionnel parfait.
Les fractures des métacarpiens, en apparence bénignes, présentent souvent de petits accidents à l'abri desquels il faut savoir se mettre. Ces deux cas que nous avons retrouvés ont été simples. On les a immobilisés légèrement et, pendant un temps court, 1l n’y avait pas de déformation, par conséquent rien à craindre pour la suite. Mais il arrive souvent que la tête du métacarpien est abaissée par la sangle constituée par les tendons des interosseux qui cravatent le col de l'os. Il faut lutter contre cette chute de la tête par une attelle palmaire qui relève les têtes sans les dépasser, pour permettre au malade de ne pas laisser enraidir ses articulations métacarpo-phalangiennes.
Si, au contraire, il n'existe pas de déformation, 1l suffira de faire ce que nous avons fait dans ces deux cas, une petite attelle dorsale.
De
Le cal, quelquefois assez apparent, se lime bien et les malades ne gardent de ces fractures que peu de traces.
Ogservarion XXIV.
Fracture du tibia à la partie inférieure.
B... Eugène Constant, manœuvre, cinquante- nine ans, Saint-Louis, 61.
Le 7 décembre 1903, le malade glissa sur le bord du trottoir et tombe en arrière de sa hauteur, le pied étant en rotation en dehors. Il dit ne pas avoir perçu de craquements mais il ne put se relever ; il existait au niveau de la région malléolaire une douleur très vive.
A son entrée, on constate une ecchymose à deux travers de doigts au-dessus des malléoles. On sent nettement le trait de fracture du tibia à ce niveau. Il existe de la mobilité anormale. La fracture est trop haut située pour mettre une extension. On doit mettre une attelle plâtrée. Le malade quitte le service le 6 février, avec résultat fonctionnel et esthétique parfait.
OBsSERvVATION XXV
Fracture du tibia droit au tiers moyen.
B... Louis, vingt-sept ans, cultivateur, Saint-Louis, 60.
Le 1°" septembre 1902, le malade a reçu un coup de pied de cheval sür la jambe droite. I n’a plus pu marcher.
On constate une fracture à la partie moyenne du tibia. Le déplacement est peu considérable, On applique une traction avec un chariot de Volkmann,
La traction est enlevée au bout de vingt-cinq jours. Le massage est continué. Le malade quitte le service le
27 detobte avec une jambe non one lui permettant de reprendre son travail.
OnsEeRvaTION XX VI
Fraclure du tibia au tiers inférieur et du péroné au liers moyen.
. R.. Claude, vingt-neuf ans, manœuvre, salle Saint- Louis.
Le 14 juillet 1902, le malade a reçu un coup de pied violent au cours d’une rixe.
On constate le lendemain, que le tibia est fracturé à 5 centimètres au-dessus de la malléole. Le péroné présente une double fracture, l'une à la partie inférieure, et l'autre à la partie moyenne.
La réduction est facile. On se contente de placer la jambe malade dans une gouttière ouatée et de pratiquer du massage pendant quinze jours.
A ce moment-là, on met une gouttière plâtrée que le malade garde une quinzaine de jours.
Le 1° septembre le malade va bien; la fracture est bien consolidée, mais les tissus ayant été très altérés au moment de l'accident, la convalescence est longue, et ce n’estque le 4 octobre, qu'il quitte l'hôpital, ne présentant pas de raccourcissement.
Le résultat est excellent : le malade marche très bien,
OnservaTion XX VII
Fracture de la jambe droite au tiers inférieur
Claude B..., quarante ans.
Le 21 mars, le malade fait une chute, le pied tourné en dehors.
Le 2 mars, on met une traction, avec le chariot de Volkmann, et avec un poids de 2 kilogrammes. Le vingt et unième jour, exactement, le cal est solide.
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La mobilisation forcée donne bien encore de légers mouvements, mais la solidification est commencée.
On continue pendant onze jours encore la traction.
Le vingt-huitième jour, on supprime tout.
Le résultat est excellent. La jambe et le pied sont en bonne position. Le cal est à peine senti sous forme d'un épaississement du tibia. Le malade a donc guéri par simple traction.
OBSsERVATION XX VIII
Fracture de jambe au tiers inférieur.
O... Pétrus, quarante-trois ans. Cultivateur, salle Saint- Louis.
Le 27 août 1903, le malade descendait d'une échelle, lorsque son pied glissa entre deux échelons. Il tombe à la renverse et se fait une fracture au tiers inférieur de la jambe, par le mécanisme de la flexion. On sent nettement le trait de fracture.
On place la jambe en extension continue.
Le malade quitte le service le 15 octobre, avec un résultat excellent. La consolidation est parfaite. Pas de déformation.
Ces observations de fracture de jambe sont le triomphe de l’extension continue.
Lorsque le tibia seul est intéressé, la diaphyse bien entendu, souvent l’attelle constituée par le péroné intact peut être suffisante, quoique la réciproque soit beaucoup plus vraie. Ces lésions de la partie moyenne de la diaphyse réalisent toutes les conditions favorables à l'application d’une traction.
(0 — Les malades ont pu être massés pendant tout le temps du traitement. [ls n’ont présenté aucun trouble trophique, les muscles n’ont pas subi d’atrophie considérable et on a pu surveiller jour par jour l’évolution du cal. La convalescence a été courte,ce qui représente le traitement idéal pour une fracture. | . Nous ne saurions trop insister sur la nécessité d’employer des poids légers pour la traction : 1 kilogramme au début, 2 ou 3 au maximum ensuite, et ceci jusqu’à la fin du traitement.
Nous répéterons encore qu’il est bon de surveiller la position de la jambe dans la gouttière du chariot, de soutenir le talon pour éviter la chute du pied et la consolidation avec un angle ouvert er avant. Quelquefois, en effet, c'est un écueil de la méthode, la {raction relève un peu le fragment inférieur, donnant ainsi à la jambe une incurvation antérieure dont les conséquences sont graves pour la statique de la jambe.
Nous n'avons pas d'observations de fractures de ce genre avec fragments très obliques. Dans ces cas, il faudrait ajouter à la traction, des pressions faites sur le fragment qui se relève, par des sachets de sable ou de plomb, et ne pas craindre quelquefois d'avoir recours à l'immobilisation plâtrée pour être sûr de ne pas voir des aiguilles osseuses perforer la peau, grâce aux petits mouvements incessants, qu'il est impossible de supprimer avec l'extension continue.