HISTORIQUE
Nous n'avons pas l'intention de faire un historique complet du traitement des fractures, ce serait inutile. Nous n'avons pas de documents nouveaux à apporter. Mais ce qu'il est intéressant de constater, c'est que les traitements sont pour ainsi dire des modes variant sous l'influence d’une école.
L’immobihsation et la mobilisation sont aussi vieilles que le monde et, cependant, on peut les opposer l’une à l'autre, la première représentant la période ancienne. la seconde la période moderne.
Il est probable que la première fois que des empiriques voulurent soigner un membre fracturé, leur pre mière idée fut de mettre ce membre au repos, plus ou moins fixé dans une position normale où se rapprochant le plus possible de la normale. Et pourtant Malsaigne nous enseigne qu Hippocrate et Galien ont pratiqué l'extension continue pour les fractures de jambe et de cuisse. Ainsi done, les principes de ces deux mo-
des de traitement que l'on oppose toujours ont été ap-
re
pliqués pour ainsi dire en tout temps et en lout lieu C’est dans le mode d'application de ces principes directeurs du traitement qu'il faut chercher des variations. Avant Lucas Championnière tous Les chirurgiens se sont ingéniés à trouver des appareils de contention parfaite, c'est la période ancienne, la période d’immobilisation à outrance.
Pour réaliser cette immobilisation, il a fallu s’adresser à des procédés fort divers ; nous rappellerons brièvement la série des appareils imaginés pour arriver à ce résultat.
Les premiers en date sont les appareils amovibles, se composant d’attelles, de coussins, de bandes, ete... dont le but est de fixer les différentes pièces et rendre les fragments osseux immobiles. L'appareil de Scultet en est le type le plus parfait : certains chirurgiens l'utilisent encore.,et Berger l’a défendu énergiquement au Congrès de chirurgie de Paris de 1895 : 1l est même possible de le combiner avec une traction continue. Les appareils hyponarcétiques des anciens rentrentaussi dans la classe des appareilsamovibles que l’on peut modifier facilement et à l’aide desquels le membre reste pour ainsi dire toujours à l'air sans jamais être enfermé hermétiquement comme dans certains appareils qui firent leur apparition ultérieurement.
À la suite de ces appareils amovibles, il faudrait citer ceux qui ont encombré les arsenaux chirurgicaux du xix* siècle. Nous passerons sous silence tout ce que Malgaigne appelle le « dévergondage de la mécanique moderne ».
Parmi ces appareils inamovibles, il faut signaler en
NE EE première ligne l'appareil albuminé de Larrey. Celui-e1 fut modifié par Seutin qui ajouta des ouvertures permettant de surveiller plus facilement le membre fracturé.
Velpeau inventa un appareil dextriné, plus facile à faire sécher. Lauzier construisit un Scultet amidonné.
Enfin, apparurent les appareils plàtrés, infiniment supérieurs à {out ce qui avait été fait auparavant. Cette apparition révolutionna absolument le traitement des: fractures ; on usa et on abusa du plâtre : des fractures, même sans déplacement, qui auraient été parfaitement contenues dans une simple gouttière ouatée, furent encastrées dans des appareils lourds et grossiers pendant de longs jours. La consolidation se faisait lentement à l’aide d’un gros cal et de troubles trophiques souvent graves.
Le plâtre fut emplové de manières fort différentes.
L'appareil en plâtre coulé semble le plus ancien — (les Arabes lauraient employé depuis longtemps.) Diffenbach s'en servait habituellement par le procédé du moule.
Le procédé des bandelettes plâtrées enroulant eomplètement le membre fut un progrès sur la méthode précédente.
Enfin, en dernier lieu, apparutle plâtre Maisonneuve, c’est-à-dire le linge trempé dans la bouillie plàtrée. Hergott, de Nancy apporta une dernière modification en utilisant les attelles de gaze. telles qu'on les emploie universellement aujourd’hui.
Il faut également signaler les appareils en gutta-percha et les appareils silicatés qui ont été employés àla fois
comme inamovibles et amovo-inamovibles.
AN
Enfin, à chaque instant, on voil apparaître des goutlières métalliques, en fil de fer ou en zinc laminé, pouvantse retirer el se replacer facilement. Ces appareils sont nombreux, il serait fastidieux de les énumérer tous; disons seulement qu'ils rendent de’grands services dans les soins d'urgence à donner aux malades porteurs de fractures et que, souvent, ils peuvent être employés pendant les premiers jours qui suivent l'accident : nous verrons comment, dans les chapitres qui suivent.
Dans ces dernières années, sous l'influence de Lucas Championnière, l’immobilisation à outrance fut battue en brèche et considérée comme un moyen de traitement désastreux dans beaucoup de cas. La simple exposition dans une gouttière ouatée, avec ou sans extension continue, aidée de massages réguliers, fut opposée à tous les procédés anciens.
L'extension continue est de vieille date, nous le disions au début de ce chapitre ; J. Petit et Velpeau le praliquaient couramment. Jobert de Lamballe perfecüonna leurs appareils. Gariel installa la trachon élaslique, Gresley compléta sa méthode.
Tous ces procédés ont été compliqués à outrance et actuellement les moyens les plus simples sont considérés comme les meilleurs.
Mais où Lucas Championnière fut novateur, c'est quand 1l proposa la mobilisation et le massage des os fracturés.
Comme 1l est naturel, l'abus du massage ne larda pas à se faire sentir ; beaucoup de chirurgiens, comme pour le plâtre, ont élé trop systématiques, délaissant l'immobilisation, pour masser, même au prix de défor-
Ne mations graves contre lesquelles 1l était difficile ensuite de faire quelque chose.
Pour être complet dans cet exposé rapide du traitement de fractures, 1l faut signaler la méthode ambulatoire qui fut appliquée aux fractures du membre inférieur.
Cette méthode a été peu employée en France. Le professeur Le Dentu a fait publier à son élève Lapeyre une thèse à ce sujet, mais 1l semble que peu de chirurgiens aient suivi ses traces. Nous ne l'avons pas vu employer dans le service de M. Vallas : cependant, elle a donné quelques résultats encourageants. Mais, comme les applications sont très limitées, il faut la considérer comme une méthode d'exception.
En résumé, nous voyons qu'il existe deux périodes distinctes, la période du plâtre, d'immobilisation à outrance et la période de la mobilisation. Dans un livre récent publié par MM. Hennequin et Lœvy, le plâtre est rehabilité ; 1l semble presque être un trailement nouveau, plus complexe qu'il ne doit être en pratique.
Sous la direction de notre maître, M. Vallas, nous avons essayé de montrer quels principes doivent guider le chirurgien dans le mode de traitement à employer. Ces principes ne sont du reste pas nouveaux, il faut cependant les rappeler et mettre chacun à sa place. C’est en donnant plus de place à l'un qu'à l’autre que l’on emploie des méthodes exclusives et 1l faut souvent pour des fractures en apparence semblables, employer un traitement différent. Ces considérations générales feront l’objet de notre première partie.
DT os
Dans une seconde partie, nous rapporterons simplement des observations prises au hasard, nous les discuterons en montrant à quelle indication il a fallu obéir pour employer telle ou telle méthode.