‹ Considérations pratiques sur les fièvres intermittentes, avec des avis sur les moyens de s'en préserver dans les localités humides et marécageusesChapitre 3 sur 11 · RP · texte numérisé non relu

RP

AVERTISSEMENT

\^uoiqu'il ny ait aucune maladie dans laquelle le traitement soit mieux établi , et , pour ainsi dire , mieux connu que dans les fièvres intermittentes , cette vérité incontestable ne peut me détourner de publier

ces Considérations : car> quelque prodigieux que soit le nombre di ouvrages qui traitent de ces fièvres ; quelque difficile quil soit de trouver des faits nouveaux à ajouter à tant

d'utiles travaux ; enfin , que Iqu' épuisée que

soit Ici matière qui m'occupe , portée en quelque sorte à un degré de perfection ; il me semble néanmoins que la publication d'un travail sur les fièvres intermittentes basé sur de nombreuses observations et se distinguant par uhe méthode curative simple et appuyée sur une expérience soutenue $ sera de quelque utilité .

AVERTISSEMENT

Je ferai observer au lecteur que mon esprit ne donne nul accès à laprésomption de produire sur cette matière un travail nouveau ; je ne prétends pas non plus traiter didactiquement des fièvres intermittentes ; je rri appliquerai essentiellement à exposer dans un cadre resserré une bonne méthode pour les combattre , en y joignant les principaux avis à suivre pour s’en préserver dans les localités humides et marécageuses *

Zj expérience que j’ai été à-même d’acquérir sur le traitement des fièvres intermittentes y en pratiquant nombre d’années dans des contrées où elles sont endémiques y m’ autorise à oser tenter cette entreprise $ et à ce titre je me plais à croire que cet opuscule sera capable d'inspirer quelque intérêt •

C’est principalement pendant un séjour de six ans que j’ai fait à Anvers y où ces fièvres sont y comme on sait y très-fréquentes y que j’ai eu V occasion la plus favorable

AVERTISSEMENT

de les étudier et de les observer sous toutes les formes •

Ayant appartenu en qualité de médecin de première classe à V armée des pays-bas , dont , pour le dire en passant , fai donné ma démission y fai eu la direction du service de santé de Vhôpital militaire et de la garnison d'Anvers y depuis le i5 Juin i8iy jusqu'au 30 Septembre 1821 . Je nombre d'hommes atteints de fièvres intermittentes traités à cet hôpital y pendant que f en ai dirigé le service sanitaire , monte à audelà de huit mille , qui ont été presque tous sous mon traitement immédiat , et le petit nombre de ceux confiés aux soins d'autres officiers de santé de V établissement 9 ont été toujours soignés sous mes yeux * A ce nombre je pourrais encore ajouter une grande quantité d' intermittentes que jy ai eu à traiter dans la ville .

Il sera peut-être intéressant pour le lecteur de savoir que de cette immense quantité d hommes atteints de fièvres intermittentes ,

AVERTISSEMENT

bien qu'il se soit trouvé dans le nombre une foule de pernicieuses , huit seulement ont payé le tribut fatal , ayant succombé à des pernicieuses , soit qu on ne leur ait pas pu faire prendre le ' quinquina à des doses convenables ou à temps , soit qu elles aient résiste à V usage de ce remède héroique ; et afin de dissiper tous les doutes qu'on pourrait concevoir à cet égard , et de faire voir , en même temps ? qu'il n y a presque pas eu d'hydropisies , affections qui ne sont pas rares à la suite des fièvres intermittentes automnales , je publierai à la fin de cet ouvrage , le tableau gé-

néral des malades qui ont été reçus et traités à Vhopital mentionné , durant le temps que j'en ai eu la direction du service de santé * Je me détermine d'autant plus volontiers à rendre publique cette pièce tenue avec soin , que fi aime à m'imaginer que le lecteur me saura gré de lui faire connaître les maladies que j'ai observées parmi les troupes de la garnison d' Anvers , réputée malsaine .

Du temps que je me trouvais à la tête du service de santé militaire de cette ville ,

AVERTISSEMENT

ou le grand nombre de fièvres intermittentes devaint naturellement attirer mm attention; du temps , dis-je, que je remplissais cette place de confiance, dans laquelle , je puis le dire , j9 ai été assez heureux pour trouver de fréquentes occasions de signaler l'utilité de mon zèle, je conçus Vidée de composer ce s Considérations pratiques . J'en communiquai le manuscrit , au commencement de i8tg , à notre célèbre BRU GM AN S , alors inspecteur-général du service de santé militaire . Ce digne citoyen , que b inexorable mort a trop tôt ravi à l'armée , aux sciences et à ses nombreux amis , m engagea à le publier , en lui donnant des éloges que je ne me permettrai pas de rapporter ; et il me fit espérer que la publication de mon travail serait surtout utile aux officiers de santé destinés à pratiquer dans les garnisons fécondes en fièvres intermittentes . L'accueil favorable et les encouragemens flatteurs que reçut mon travail d'un homme aussi distingué , me firent prendre la résolution de le livrer à la presse ; prêt à exécuter mon dessein , je fus retenu par des évé~ nemens inattendus : la perte douloureuse de

AVERTISSEMENT

JBRUGMJNS , qui me fut si sensible i des circonstances qui me sont personnelles , et des changemens survenus dans le service de santé militaire , qui ont été loin de réunir mon suffrage (a) , m avaient fait renoncer à le faire imprimer ; mais lorsqu en 1822 , je publiai la seconde édition de mon ouvrage sur les campagnes de 1812 et 1813 (b) , et que je fus forcé de parler des fièvres intermittentes , je mis à contribution les observations que j'avais recueillies sur ces maladies , Je pense donc devoir prévenir le lecteur que jyai extrait de cet ouvrage tout ce qui a pu me servir pour la composition de celui-ci.

(a) Voy: mon Traité sur le service de santé militaire, V erhandeling over den Militairen geneeskundigen dienst. 1 vol. in 8°; XJtrecht , imprimerie de van Schoonhoveu, 1822.

(b) Observations médicales , faites pendant les campagnes de Russie en 1812 et dJ Allemagne en i8i3, on histoire des maladies observées à la grande armée française lors de ces mémorables campagnes j seconde édition , augmentée; XJtrecht^ 1822,

AVERTISSEMENT

En dernier lieu , je ferai également remarquer que je chercherai , autant que possible , à éviter les vains raisonnemens de toute théorie qui n’est pas assez démontrée $ d'ailleurs il suffira de donner une idée générale des fièvres intermittentes et de faire connaître le meilleur traitement que l'expérience tn'ait appris pour les guérir y traitement que je crois établi sur la raison et le bon sens. Que les sectateurs de la nouvelle doctrine médico* physiologique me traitent de médecin suranné ou d'ontologiste , parce que je n' embrasse pas le système de localisation à Végard des fièvres y parce que je ne vois pas de gastroentérite dans la nature des intermittentes f je le veux bien , et certes je ne men effaroucherai pas : je me contenterai de leur opposer les heureux résultats de ma méthode curative f fondée sur V expérience et l'observation y qui sont y personne ne peut s'aviser de le nier y les deux bases immuables de la science médicale ; et je dirai avec un estimable médecin français y M. BOUSQUET :

« Qu'importe , après tout , que la fièvre soit

AVERTISSEMENT

toujours primitive ou secondaire , ou tour~ à- tour secondaire et primitive ? Ecartons les théories et toutes ces questions oiseuses et tournons nos vues du coté de la pratique • Ce qui nous intéresse en pathologie , réest pas de savoir s’il existe ou s’il n’existe pas des fièvres essentielles , mais de connaître expérimentalement la nature des maladies qu’on désigne de ce nom et le traitement

qui leur convient (a)»?’

(a) Archives générales de médecine $ u x8a3, p, 4i^,

Page 1