CHAPITRE PREMIER
Avant de procéder à V exposition du traitement des fièvres intermittentes y rions nous entretiendrons de leur définition , de leurs symptômes , de leur division , de leur caractère , etc.
Las lièvres intermittentes, caractérisées par des accès composés de frisson, de chaleur et de sueur, se distinguent des lièvres continues et rémittentes en ce que
leurs différens paroxysmes sont coupés par une intermission ou un intervalle libre de la fièvre (apyrexie),
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La fièvre intermittente peut attaquer subitement les personnes bien portantes et se manifester de suite dans toute sa forme, ce qu’on observe souvent pendant l’automne , dans les contrées où elle est endémique. Mais ce qui en général arrive plus communément, c’est qu’elle s’annonce par des symptômes précurseurs ; ces symptômes sont les suivans , plus ou moins réunis ;
Sentiment de lassitude et de faiblesse , malaise général ; difficulté de se mouvoir , tiraillement et tension dans les membres ; fréquens baillemens et pendiculations \ diminution de la sensibilité ; pâleur de la face , les traits du visage plus ou moins retirés \ pesanteur ou douleur de tcte;
vertiges ; disposition particulière à suer ; refroidissement du nez et des extrémités ; lividité des ongles, qui augmente à mesure que le frisson se fait sentir ; la surface de la peau éprouve un certain resserrement, semblable à celui causé par l’impression du froid ; le malade est trèsfrilleux ; son pouls est petit et faible. Les phénomènes que nous venons d’énumerer, sont accompagnés de symptômes dépendant de l’affection particulière du système digestif, comme l’anorexie , surtout l’aversion pour les alimens tirés du règne animal ; et puis la bouche est pâteuse ou amère , la langue chargée d’un enduit muqueux, blanchâtre ou jaunâtre ; la salive abondante et nauséabonde: le malade sent une pression et une plénitude dans la région épigastrique, qui est plus ou moins tendue; des nausées et parfois des vomissemens , etc. : il n’est pas extraordinaire que les symptômes ci-dessus mentionnés durent plusieurs jours avant que la fièvre se montre.
Au moment où la fièvre arrive , le malade éprouve un sentiment de froid ou des frissons. Cette sensation du froid commence ordinairement dans le dos, gagne ensuite , avec des baillemens fréquens , avec un claquement des dents et une gêne particulière a la nuque, toutes les parties du corps et augmente jusqu’à produire un tremblement dans tous les membres avec des secousses du tronc.
La violence du froid détermine quelquefois des convulsions. Dans la période du froid , le pouls devient concentré , petit, fréquent ou bien lent, et souvent irrégulier. Quelquefois l’invasion du froid débute par une propension au sommeil et un engourdissement général, qui dans certains cas augmente jusqu’à constituer un état comateux. Dans l’accès du froid , la di minution de la sensibilité est souvent extrêmement marquée ; il existe quelquefois une incohérence d’idées, et même quelquefois il y a délire,
La période du froid a aussi une influence très-prononcée sur la respiration; lors de cette période , elle est petite , fréquente et , dans certains cas , difficile et accompagnée de toux*
Dans les progrès de Pétat du froid , il survient assez fréquemment des nausées , allant parfois jusqu’au vomissement ; et si ce vomissement se déclare , il termine communément la période dti froid et amène celle de la chaleur.
Pendant le temps du froid , il arrive , par le spasme de la peau , que des tumeurs existantes à la surface du corps disparaissent ou diminuent considérablement de volume , et que les ulcères se tarissent et se sèchent, mais pour revenir à Pétat ordinaire lors de la sueur.
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Lorsque les effets produits parla période du froid ©nt existé quelque temps , ils s’amendent, et le malade sent des aller-
natives de frissons et de bouffées decha*^ leur, le froid cesse par degrés et la chaleur s’établit et s’étend sur tout le corps.
La période du froid dure une, deux, rarement trois à quatre heures. Elle est sujette à varier suivant la constitution particulière du malade. Dans certains cas le frisson est si court qu’on le remarque à peine, ou il ne se manifeste qu’une seule horripilation ; quelquefois aussi, notamment dans les quotidiennes, le frisson manque entièrement et la fièvre commence par la chaleur. Cette observation nous conduit à faire une digression et à poser ici une question que nous n’aurons plus lieu de reproduire : ne faut-il pas admettre que plus la période du froid est prononcée , plus la débilité est grande ? On sait que les fièvres tièrees se déclarent rarement et les quartes presque jamais sans le froid ; ne doit-on pas considérer cela comme étant le résultat de
ce que celles-là ont la faiblesse à un plus haut degré que les quotidiennes ?
Avec l’invasion du chaud , la sensibilité diminuée , pendant le frisson , augmente vivement, le système sensitif en général devient plus exalté ; une chaleur sèche et brûlante se répand sur toute la surface dn corps 5 l’expansion subjugue le reserrement ; la peau se colore , la pâleur de la face se change en rougeur ; le pouls s’accélère et devient plus régulier; la respiration plus fréquente, mais plus développée et plus libre; la soif plus ardente; l’urine plus rouge foncée et plus épaisse sans sédiment ; les symptômes gastriques se manifestent davantage ; quelquefois la céphalalgie devient violente ; quelquefois le malade est tourmenté de douleurs dans les membres; quelquefois de vomissemens qui se calment ou cessent à l’approche de la sueur; les alimens et même les boissons pris dans une certaine quantité , pendant la période du froid, sont rendus pendant celle du chaud, etc.
La période du chaud dure trois, quatre $ cinq et six heures, et quelquefois bien davantage. Elle se termine par la sueur.
Lorsque le troisième temps , celui de la sueur va s’établir, on apperçoit d’abord à la face une légère moiteur qui augmente peu à peu et se répand sur toute la surface du corps ; la chaleur qui est brûlante , diminue au fur et à mesuré que la sueur coule , et elle retourne à son état naturel: la peau réprend sa moiteur; la langue et la bouche s’humectent ; la soif et les maux de tête cessent ; la respiration et le ventre deviennent libres ; l’urine dépose un sédiment briqueté , etc. ; enfin la sueur , après avoir duré deux , trois , quatre heures et parfois davantage, dis-î paraît graduellement, et la plupart des fonctions reprennent leur cours ordinaire. Souvent à la fin du paroxysme , il se manifeste des diarrhées et des efflorescences à plusieurs parties du corps , spécialement aux lèvres. Ces efflorescences sont con-
sidérées par plusieurs auteurs comme un signe favorable , qui indique ordinairement la solution de la maladie, ce qui, en effet, beaucoup de cas de cette nature m’ont confirmé.
Pendant l’intermission ou l’apyrexîc , le malade jouit d’une santé apparente, toutefois plusieurs fonctions sont plus ou moins troublées ; il est abattu , très-irritable et sensible au froid ; sa figure est pâle ; il ''se fatigue aisément , et au moindre exercice il entre en sueur ; l’appetit lui manque ; son urine est ordinairement trouble et limoneuse , sa langue chargée , sa bouche pâteuse et amère; il éprouve un sentiment de pression et de plénitude à la région précordiale.