‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 5 sur 30 · OBSERVATION QUATRIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION QUATRIEME

Névralgie frontale interne.

Une femme de trente-trois ans, mère de quatre enfans , d'un tempérament lyraphatico - sanguin , d'une taille très élancée, d'une structure presque hémoptoïque, et d'une constitution frêle et délicate, fait, au mois de juin 1804, sur les cinq heures du soir, étant déjà atteinte d'un catarrhe pituitaire, une demi-lieue à pied, exposée à un vent du sud-ouest

très froid et très violent. De retour chez elle, cette douleur sourde et obtuse , qui caractérise les catarrhes de cette espèce, devient fort aiguë, et l'oblige à se coucher sans pouvoir prendre aucun aliment. Elle est très agitée toute la nuit; néanmoins la fièvre, quoique forte, ayant cédé le matin d'assez bonne heure , elle repose tranquillement deux ou trois heures, après lesquelles elle se lève et vaque comme à l'ordinaire aux travaux de son ménage , ayant cependant la tête très embarrassée. Tout à coup, sur les neuf heures, la douleur se fixe au sinus frontal gauche ; elle devient vive, déchirante ; se porte profondément dans Forbite du même côté et occupe tout le globe de l'œil , qui semble se gonfler et rougit beaucoup , et dans lequel la malade éprouve tantôt un sentiment de pulsation et d'élancement, tantôt un sentiment de torsion et d'arrachement. Des larmes acres et brûlantes inondent la joue gauche; la narine correspondante, très desséchée au plus fort de l'accès, fournit au commencement et à la fin une excrétion abondante d'un mucus épais et jaunâtre. Parfois la douleur se suspend pendant quelques minutes pour reprendre ensuite avec un nouveau degré d'intensité. [^Infusion chaude dejleurs de tilleul, manulaves et pediluves chauds^ topiques émolliens sur le sinus frontal affecté, vapeurs émollientes dirigées vers la tète, injection émolliente dans la narine du côté malade?)

Malgré l'emploi répété de ces moyens, l'accès se

prolongea jusque vers quatre heures du soir, et ce ne fut qu'à cette époque que la malade put se tenir debout. Après un souper fort léger, elle se mit au lit , et la nuit fut beaucoup meilleure qu'on n'aurait dû naturellement s'y attendre; mais à neuf heures précises, comme le jour précédent, l'accès se déclara par un mouvement d'oscillation et de balancement dans la masse encéphalique; telle est du moins l'idée que s'en formait la malade. Ce mouvement, faible et peu considérable dans le principe, s'accroît et devient si violent au plus fort du paroxysme, qu'il semble à la malade que la boîte du crâne doit en être écartée et désunie dans les diverses pièces qui la composent ; une douleur aiguë et poignante se fait sentir simultanément dans l'angle nasal gauche , sans que pour cela l'œil cesse d'éprouver les sensations horriblement douloureuses qu'il ressentait danâ l'accès précédent.

La malade, extrêmement nerveuse, ne peut résister à la violence des maux qui la tourmentent ; elle perd un instant connaissance, puis elle est prise de convulsions qui, tantôt se succèdent avec une rapidité effrayante, tantôt se prolongent de manière à faire craindre un tétanos universel.

Aux moyens employés la veille on ajoute les préparations opiacées qu'on administre à très haute dose , mais sans nul résultat. Une dissolution aqueuse d'opium, injectée dans la narine et appliquée en topique sur le sinus, paraît apaiser les douleurs, qui cessent enfin avec Taccès, à peu près à

la même heure que celui de la veille. Celui-ci laisse la malade dans un tel état de faiblesse, qu'elle ne peut se lever ni prendre aucune nourriture, et la nuit qui suit se passe dans l'insomnie, triste avantcoureur d'un accès qui fut plus violent que tous ceux qui l'avaient précédé.

Au moment même où il survint, on appliqua des sangsues à l'angle nasal gauche et sur l'orbite du même côté. Bien loin de soulager la malade , elles parurent au contraire aggraver son mal , qui ne céda, comme la veille, qu'à l'application extérieure de l'opium.

L'accès suivant fut le plus cruel de tous ceux que la malade eût encore éprouvés; il résista à l'effet de l'opium appliqué extérieurement, qui, dans les deux derniers, l'avait visiblement soulagée , et qui , depuis ce moment , lui fut plus préjudiciable qu'utile; malgré cela, l'accès se termina a l'heure ordinaire. Dans ceux qui l'avaient précédé comme dans ceux qui le suivirent, il y eut toujours apyrexie parfaite , quoique avec accélération marquée dans le système circulatoire pendant la durée des paroxismes, et quoiqu'il y eût même quelquefois privation momentanée des facultés intellectuelles.

Les cinquième et sixième accès présentèrent la même violence et la même opiniâtreté.

La malade, ayant entendu qualifier de migraine la maladie qui la tourmentait , voulut avoir recours à l'emploi du café (elle n'avait point l'habitude d'en prendre), dont on lui avait souvent vanté l'effîca-

cité contre cette affection ; en conséquence, on t"it bouillir environ trois onces de café en poudre dans douze onces d'eau , jusqu'à réduction d'un tiers ; la liqueur fut coulée à travers un linge avec forte expression, édulcorée légèrement avec le sucre et divisée en deux doses égales. La première fut administrée une demi-heure avant le septième accès, et la seconde au moment même où il avait habitude de se faire sentir. L'accès fut retardé d'environ deux heures, et fut encore assez violent pour obliger la malade de se coucher, mais d'ailleurs infiniment moindre qu'à l'ordinaire, et il ne dura qu'environ une heure et demie , après quoi la malade se leva et resta toute la soirée debout ; elle prit même des alimens avec appétit et dormit profondément toute la nuil. Le repos qu'elle prit restaura singulièrement ses forces ; malgré cela , le lendemain on lui administra le café, préparé comme la veille et à la même dose. L^accès se ht sentir encore sur les onze heures, mais si faiblement, que la malade put constamment se tenir levée et dîner à midi; la soirée et la nuit qui suivit se passèrent comme si elle eût été en parfaite santé. Le jour suivant, neuvième de la maladie, quoiqu'elle parût aussi bien qu'on pouvait le désirer, on crut prudent de lui faire prendre le spécifique, ce qui eut heu pour la dernière fois. A onze heures, la malade éprouva encore un certain embarras sans douleur, dans le sinus frontal gauche, qui se dissipa en moins d'une demi-heure. Depuis ce moment sa guérison fut parfaite ; elle

recouvra même assez promptement ses forces.

La santé de la malade se maintint pendant quatre ans sans aucune atteinte d'affection névralgique : à cette époque, elle fut assaillie par des chagrins violens, et ayant, par malheur, le 7 mai 1 808, été exposée en plein air à un vent très froid , elle fut atteinte d'une névralgie maxillaire. Tous les moyens imaginables furent employés inutilement pour la soulager : l'usage seul du café, administré comme dans sa névralgie frontale, put la délivrer de cette dernière affection, aussi cruelle et aussi opiniâtre que la premiers.

Le mois de novembre 1809 étant froid et brumeux, détermina une espèce d'épidémie odontalgique, dont la malade fut attaquée, et qui renouvela chez elle tous les accidens de sa névralgie maxillaire. Le café, Fopium, le quinquina, et tous les sédatifs connus , administrés de toutes les façons, et à des doses très rapprochées, ont complètement échoué cette dernière fois et n'ont plus été utiles depuis. Les délayans, tels que l'eau de veau, l'eau de poulet, etc. , sans couper les accès, ont été et sont encore aujourd'hui d'une très grande utilité à la malade, dont les douleurs, quoique presque continuelles, sont cependant infiniment moins aiguës. Car, depuis plus de trois ans (1816), elles n'ont pas déterminé de mouvemens convulsifs. L'on dirait que la maladie s'use, s'il est permis de s'exprimer ainsi, ou que les sensations douloureuses perdent en partie leur activité,

( 33) €l qu'elles sont émoussées par leur répélition, ou par l'habitude^

Si Tacuité de la maladie , l'existence d'une inflammation catarrhale dans les sinus frontaux avant les premiers accidens, le retour périodique et régulier des accès , la promptitude avec laquelle ils ont cédé à l'action du café , pouvaient faire naître quelque doute sur la nature de la maladie , il suffirait, pour les dissiper, de remarquer qu'aucun de ces caractères , bien qu'ils ne soient pas les plus ordinaires dans les névralgies, n'exclut l'idée de cette affection, et, par dessus tout, c|ue la malade, deux fois reprise de symptômes , sur la nature desquels il n'y a pas d'incertitude , a fini par rester en proie à ces cruelles douleurs dont la ténacité, à défaut de tout aulre signe, suffit pour caractériser l'espèce. Il se présente, d'ailleurs, une autre remarque , c'est qu'il n'y a pas de névralgie qui ne puisse être, dans certains cas, régulièrement périodique , et qu'elles offrent alors au médecin beaucoup plus de chances de succès : c'est à ce genre que se rapportent la plupart de celles qu'on a guéries par le quinquina. Le café n'a probablement pas agi autrement que cet anti-périodique par excellence.

Le cas suivant, publié par Féthergill, est-il, comme le précédent, une névralgie du rameau frontal interne de Fopthalmique, ou du rameau externe

• G. C. Barbaria. Diss. sur la névralgie fociale. Paris, 1817, ^^'^ ^^-

du nasal? C^est ce qu'il ne serait pas possible de déterminer maintenant , mais qui le sera peut-être un jour, si Ton s'attache à décrire les nuances différentielles les plus délicates de ces affections.

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