OBSERVATION TROISIEME
J'ai observé, dit Leidenfrost, plusieurs cas dans lesquels l'œil était le siège de la maladie. Le paroxisme s'annonçait et débutait par un écoulement abondant de larmes brûlantes. De ce nombre était un paysan de plus de cinquante ans, dont les nerfs optiques furent tellement affectés par les retours fréquens des accès, qu'il tomba dans une amaurose complète. L'usage intérieur de la graine de moutarde et de quelques huiles essentielles aromatiques, guérit complètement la névralgie, et procura en grande partie le rétablissement de la vue 2.
Pour ne pas considérer comme dénuée de toute valeur l'observation fort incomplète qu'on vient de
• Hufelaiid's Journal . T. XXV, p. 25.
* Epist. ad Forstmaiin in ist. Diss., p. 60.
lire , il est bon de remarquer que l'auteur à qui on la doit, est un de ceux du dernier siècle, qui avaient vu le plus fréquemment la névralgie de la face, et qu'il a prouvé d'ailleurs que cette affection lui était bien connue. Or, en admettant, ce que nous n'avons nul motif de mettre en doute , qu'il s'agit bien de névralgies, à défaut d'autres symptômes que ceux qu'on vient de voir, l'écoulement abondant
de larmes brûlantes avant été indubitablement le
plus remarquable , puisque c'est presque le seul qu'on ait cru devoir rapporter, ce n'est pas trop se hasarder peut-être que de présumer, sur cette description , que la névralgie était de même espèce que la précédente (obs. ii). On ne peut s'empêcher, d'ailleurs, d'être frappé d'une autre analogie qui les rapproche, c'est l'affaiblissement de la vue et l'amaurose qu'elles ont amenée en se prolongeant.
Hâtons-nous de faire remarquer toutefois que nous n'avons nullement l'intention d'attacher à deux observations, et à deux observations incomplètes et peu précises, plus d'importance qu'elles n'en méritent. Nous sommes bien loin de vouloir les donner comme l'image de ce qui doit arriver toujours ou ordinairement dans les névralgies du nerf lacrymal; mais nous avouerons cependant qu'elles nous paraissent mériter quelque attention , et nous ne croyons pas exagérer leur valeur en disant qu'elles sont faites tout au moins pour diriger l'esprit des observateurs à la recherche de faits analogues.
Les névralgies de la branche frontale de l'ophihalmique sont beaucoup plus fréquentes et plus distinctes que celles qui précèdent , et presque autant que celles de la branche dont nous parlerons après celle-ci (la maxillaire supérieure).
Les névralgies frontales ne sont point toujours uniformes ni toujours fixées dans le même lieu. Enfermées quelquefois dans la direction du nerf frontal interne , dans les sinus frontaux , le grand angle de l'œil et la paupière supérieure, elles se répandent bien plus fréquemment au loin dans les divisions du frontal externe et même dans ses nombreuses anastomoses. Larareté des premières nous engage à en consigner ici l'exemple suivant, qu'on peut dire en quelque sorte perdu dans une thèse qui n'a d'ailleurs rien de bien remarquable, et où, par conséquent, peu de médecins songeraient à l'aller chercher.