‹ Considerations relatives à la dernière revolution de la BelgiqueChapitre 2 sur 10 · MONTREAL · texte numérisé non relu

MONTREAL

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[ PREMIER ARTICLE. ] ESQUISE PRELE M IN AIRE.

Nous ne connaissons guère cette intéressante portion de î'Europe, connue sous le nom de Provinces Belgiques, qui forment maintenant avec la Hollande le royaume des pays-bas, avec lequel le Canada n'a que peu ou point de relations commerciales ou d'aucune autre espèce. Les évènemens récens de l'Europe ont puissamment excité l'attention ; ils étaient trop importons pour ne pas produire cet effet. Nous ne sommes pas absolument étrangers à la situation de la France et aux causes de sa dernière révolution ; mais on a demandé souvent quels pouvaient être les sujets de mécontentement du peuple Belge.

On sait assez généralement que les habitans du nouveau royaume ont un gouvernement constitutionnel et deux chambres législatives, dont l'une se compose de députés du choix du peuple.

chargés de veiller à ses intérêts, de réclamer contre les abus du pouvoir pour y porter remède. Le roi actuel jouit de la réputation méritée d'être un homme vertueux. Dans sa jeunesse il a été a l'école de l'adversité. Personne ne lui refuse de la droiture et de l'équité. Père excellent, bon époux, il vit sans faste ; il est laborieux, appliqué, parait mettre de la constance dans ses efforts pour remplir les devoirs que sa situation impose. Et cependant le royaume est en feu, le sang des citoyens a coulé à flots. L'incendie des palais comme des humbles demeures des bourgé ois de Bruxelles a j t té ses lueurs funèbres sur les combats meurtriers livras d'un côté pour soutenir l'autorité, de l'autre pour en briser le joug ; et les habitans de toutes les provinces belgiques, qui forment les deux tiers de la population du royaume, ont réuni leurs efforts pour chasser de leur territoire les soldats Hollandais dont leurs compagnons Be'ges ont abandonné les rangs, pour ne pas porter la mort dans ceux de leurs compatriotes.

Au premier coup d'œil, c'est une espèce de phénomène, et il doit paraître inexplicable. — Ce n'est pourtant pas un problême insoluble pour ceux qui, après avoir étudié l'histoire de l'Europo et surtout celle des peuples et des pay.^, réunis en 1814, pour former le nouveau royaume devenu le théâtre de ces événement malheureux, ont surtout donné leur attention à ce qui s'est passé chez ces derniers peuples, depuis un demi siècle.

Outre que l'examen des causés qui devaient amener ces réauî* tats, ne saurait être sans intérêt, il doit produire des avantages plus solides que le plaisir de satisfaire une simple curiosité. Ce peu. être un moyen d instruction, une source de réflexions éminemment utiles^au peuple du Bas-Canada comme à tous ceux qui prennent part à son gouvernement dans quelques degrés qu'ils se trouvent places.

Pour parvenir à ce but et mettre le lecteur en état de saisir l'enchainement des observations que je me propose de lui mettre sous les yeux, il est nécessaire deremonter d'abord à des époques, déjà éloignées, à des tvènemens dont la génération actuelle a été témoin et de rappeler le souvenir de quelques faits historiques rela-

tïfs à ces deux peuples, autrefois réunis, séparés depuis, réunis de nouveau jusqu'à la dernière révolution.

A l'exception d'une ou deux petiies provinces et de quelques esclaves, toutes celles qui composent actuellement le nouveau royaume, faisaient autiefois partie des possessions des ducs de Bourgogne. Chacune d'elles, comme beaucoup d'autres pays de l'Europe, à la même époque, avait un gouvernement représentatif, composé de membres du clergé, de la noblesse et du tiersétat. Les villes mêmes étaient des corporations administrées par des magistrats choisis parles bourgeois. — Elles avaient des privilèges qui leur étaient propres, en outre de ceux dont leurs habitant jouissaient en commun avec le reste de leurs concitoyens. C'étaient autant de petits états particuliers et libres qui reconnaissaient le duc de Bourg gne pour leur seigneur suzerain; mais qui se gouvernaient eux-mêmes et ne payaient d'impôts que ceux qu'ils consentiraient librement d'accorder au souverain de ces contrées dont la réunion formait alors un état puissant.

A la mort de Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne, sans enfans mâles, la partie de ses états qui portait, plus paiticulièrement ce nom, pas;a à la France, en vertu de la loi salique qui excluait les femmes de la succession. Marie, sa fille, épousa Maximilien, fils de l'émpercur Frederick, et lui apporta en mariage les autres pays de la domination de son père, y compris la Flandre entière, dont une grande partie fut depuis conquise par Louis XIV, ainsi que la Franche Comté, qui toutes deux sont encore à la France, enfin toutes les provinces des pays-bas au nombre de dix-sept, y compris la Flandre,et celles qui formaient la république des provinces unies,comme nous allons le voir dans l'instant et connues depuis sous le nom de république de Hollande.

Ce fut un peu plus de soixan e ans après la mort de Charles le Téméraire que le protestantisme commença à éclore en Allemagne,d'où bientôt il se répandit plus ou moins dans tous les pays du nord de l'Europe. Peu de personnes ignorent quels déchiiemens furent la suite de ce changement dans les doctrines à cette époque. Il pénétra bientôt dans les Pays-Bas passas de l'Autri-

ohe à l'Espagne pendant cet intervalle, et dont le gouvernement s'opposa aux progrès de la nouvelle religion. Des guerres longues et sanglantes furent le résultât de la lutte qui s'engagea entre une partie de ces peuples et leur métropole. Sept des provinces septentrionales, entre lesquelles la Hollande tenait le premier rang, qui réunirent leurs efforts pour leur commune défense, finirent par triompher, s'affranchir en entier de la domination de l'Espagne et former la république des provinces unies, connue depuis aussi, comme on vient de le dire, sous le nom de république de Hollande, celui de la principale d'entre elles. Les autres restèrent soumises à l'Espagne.

La Hollande demeura à peu près exclusivement protestante^ pendant que tes autres provinces restèrent exclusivement caiholiques. Celles-ci furent aussi, depuis, connues, jusqu'à une épo que assez récente, sous le nom de Pays-Bas catholiques. Restées sous la domination de l'Espagne jusqu'à la guerre de la succession de ce royaume au commencement du dix-huitième siècle, elles repassèrent de nouveau à la maison d'Autriche, qui les a possédées jusqu'à l'époque de la révolution française. Dans ces derniers temps, on les a souvent désignées* sous le nom du peuple qui les avait habitées du temps des Romains, et c'est aussi sous le nom de Provinces Belgiques qu'on les désignera.

La lutte dont le résultât fut la séparation de la république de Hollande d'avec le reste des Pays-Bas, n'avait pas été seulement longue et opiniâtre. Ces peuples et leurs gouvernemens l'avaient tour à tour souillée par des excès de barbarie, des représailles atroces qui sont le triste apanage des discordes civiles, surtout quand le fanatisme en agite le flambeau. Elle fut accompagnée comme suivie de persécutions réciproques et trop longtemps furieuses des catholiques, oj d; s protestans, dans le- unes ou dans les autres provinces. On n'a pas besoin d'ajouter qu'elle laissa des semences de haines profondes entre les deux peuples ; mais il est encore d'autres motifs de ressentiment qui devaient les animer l'un contre l'autre et qu'il est, avant tout, nécessaire de développer*

pour faire connaître avec plus d'exactitude les causes principalesde la dernière révolution de la Be'gique.

Sous la suzeraineté des ducs de Bourgogne, la forme et les principes du gouvernement de ces provinces avaient produit les fruits que la liberté fait éclore et qu'elle mûrit dans tous les temps et dans tous les pays. En même temps que l'agriculture avait été portée au plus haut degré de perfection, tous les arts et les sciences y fleurissaient à la fois. L'industrie manufacturière, le commerce enrichissaient un pays qui se couvrait de villes populeuses, où l'on voyait partout s'élever dej monumens d'architecture, briller des chefs-d'oeuvre de sculpture et de peinture qui fixent encore aujourd'hui l'attention comme ils sont l'objet de la juste admiration des voyageurs. C'étaient surtout les provinces restées attachées à l'Espagne qui jetaient,sous ce rapport, le plus grand éclat.

La Hollande, au moyen des alliances qu'elle s'était ménagées, avait fini par dicter la loi à l'Espagne, dans les traités par lesquels celle-ci avait reconnu son indépendance. Elle exigea que la navigation de l'Escaut, la principale rivière qui traverse les provinces belgiques, fût fermée. C'était de fait interdire à leurs habitans le commerce du dehors, auquel on imposa bien d'autres restrictions. Ils virent dès lors se tarir toutes les sources qui pouvaient alimenter leur industrie, s'évanouir, par là même tcute leur prospérité. On se contentera de citer, à çe sujet, un seul trait pour servir de terme de comparaison, et mettre à même de juger des conséquences qui résultèrent, pour les provinces belgiques, de l'espèce de suprématie que la Hollande exerça sur elles, en traitant avec leur métropole.

La population d'Anvers, située un peu au dessus de l'embouchure de l'Escaut, avait, avant cette époque, été de plus de deux cent mi le habitans. (1) Ses manufactures de draps avaient, seules, employé jusqu'à seize mille ouvriers. Cette ville, pendant les longues guerres dont ces provinces avaient été le théâtre et les sièges qu'elle avait soutenus pendant que l'Espagne combattait

(1) J'ai vu, dans quelques anciennes géographie?, cette population »3f tée jusqu'à t; ois cent mille h.ibi!ins.

four soumettre les provinces révoltées, vit sa population diminuer" graduellement, au point de se trouver réduite à cinquante mille habitans, et quoiqu'elle ait commencé à se relever de ses pertes, depuis le rétablissement de la navigation de l'Escaut, dans les premières années de la révolution française, elle n'en compte guère encore aujourd'hui plus de soixante mille. Toutes les autres villes des provinces belgiques éprouvèrent à peu près le même sort et virent leur commerce, leur population, leurs richesses diminuer dans les mêmes proportions. Leurs négocians, leurs manufacturiers allèrent porter leurs capitaux et leur industrie dans Ie<* pays étrangers. L'Angleterre eut la sagesse d'en attirer un grand nombre dans son sein et la merveilleuse prospérité de la nation, toujours croissante depuis jusqu'à nos jours, date de cetteépoque si funeste pour les Belges.

Les choses étaient restées dans cet état jusqu'à quelques années avant la révolution française. On a vu que ces belles provinces étaient échues à la maison d'Autriche. Des troubles s'y ét .ient élevés sous le gouvernement de Joseph second et ils éclatèrent en 1787. Les Belg3.*, comme les habitans des cantons les plus libres de la Suisse, n'ont jamais séparé l'attachement qu'ils avaient pour leurs institutions civiles et pour le*s formes et les principes de leurs gouvernemens respectifs de celui qu'ils portaient à la religion catholique. L'empereur Joseph s'était efforcé d'introduire dans tous leurs établissemens, tant civils que religieux, une foule d'innovations qui froîssatert tous leurs intérêts* comme elles blessaient toutes leurs affections, il enfreignit leurs constitutions, viola 1 surs privilèges. Il avait suivi, pendanf plu" sieurs années, ce système de conduite av^c une aveugle opiniâtreté, quand les Belges, après avoir eu vainement recours aux remontrances contre des empiétations réitérées, quelque fois violentes autant que marquées au coin dé la tyrannie, finirent par prendre les armes pour soutenir leurs droits, défendre ou relever leurs établissemens, envahis ou renversés par un gouvernement qui fermait l'orei le à leurs réclamations. La force seule pouvait désormais décider l'issu? de la contestation quand la mcrt vint

frapper Joseph au milieu de la tempête qu'il avait soulevée. C'était à l'époque que son autorité se trouvait absolument méconnue.

Son successeur plus prudent vint à bout de rétablir le calme en changeant de conduite. Les Belges rentrèrent sous son obéissance du moment où ils crurent pouvoir compter sur la foi du gouvernement et sur l'espoir de voir leurs droits respectés. Cette pacification eut lieu en 1790.

Disons en même temps que, pendant son règne, Joseph avait, pour faire renaitre et vivifier le commerce et l'industrie dans les provinces be'giques, fait plusieurs tentatives que la résistance et l'intervention armée des Hollandais firent av orter.

Telle ( tait la situation de la Belgique dansles premières années de la révolution, quand la France déclara la guerre à l'Autriche. On ne retracera pas ici le tableau des évènemens qui, après des vicissitudes de succès et de revers, amenèrent la conquête de ces provinces et les firent passer sous la domination de la première de ces puissances* On se contentera d'observer que les troubles occasionnés par la conduite arbitraire de Joseph dar.s ce pays, avaient eu l'effet d'affaiblir rattachement de ses habitans pour le gouvernement dont ils avaient eu si récemment à se plaindre. Il faut du temps pour raffermir les sentimen s d'une confiance ébranlée par des secousses aussi violentes ; et sans parler de i'etat d'épuisement dans lequel ces commotions avaient fait tomber le pays, ses habitans ne pouvaient guère se trouver disposés à faire, avec le zèle et l'unanimité que les circonstances exigeaient, les sacrifices énormes nécessaires pour repousser cette invasion. D'ailleurs dans l'état des choses, la résistance était devenue presque impossible. Les français régnèrent bientôt dans la Belgique, qu'ils annexèrent à leurs pays, et cette réunion fut confirmée par les traités de paix qui lièrent successivement les nations ensemble ou tour à tour engagées dans le* guerres qui désolèrent le continent de l'Europe jusqu'à la chûte de Bonaparte.

On doit, avant d'aller plus loin, faire observer que la conquête de la Belgique par la France eut l'effet immédiat de rétablir la liberté de la navigation de l'Escaut et d'ouvrirj du côté le la

France elle-même, des débouchés immenses au commerce de îa première avec sa nouvelle métropo'e, qui lui éta*,t à peu près fermée avant cette réunion. L'industrie des Belges prit de suite un nouvel essor et les avantages qui en résultèrent pour leur paya purent graduellement faire oublier plus tard une partie des vexations et des spoliations dont ils avaient été les victimes pendant les fureurs révolutionnaires.

Il convient ici de s'arrêter à quelques observations dont on sentira bientôt la nécessité comme l'importance pour bien entendre le sujet qu'on se propose de traiter particulièrement dans cet ouvrage. Les belges, après leur réunion à la France, n'eurent guère à souffrir de ces distinctions odieuses qui ne peuvent manquer d'ulcérer les cœurs de ceux qui se trouvent annexés d'ur; coup à un nouvel empire, quand les vainqueurs affectent sur eux quelque espèce de supériorité ou prétendent à des privilèges exclusifs. Ils avaient d'ailleurs avec les Français des moyens de rapprochemens nombrenx, des goûts, des usages communs aux deux nations, des habitudes, des institutions dont l'analogie avait été remarquée par tous ceux qui ont écrit sur la Belgique. La langue française n'était point étrangère aux Belges qui la parlaient généralement. (2)

Tous ces moyens de rapprochemens entre les deux peuples n'avaient, il est vrai, produit jusqu'alors aucun effet nuisible à l'autorité plus qu'à la stabilité du gouvernement sous lequel les Belges s'étaient trouvés placés. Les peuples sont rarement portés à troubler l'ordre qui les laisse dans la jouissance paisible de ce dont on ne peut tenter de les priver sans crime. L'idée de la résistance à l'autorité ne prend naissance chez eux qu'au moment où cet ordre lui-même éprouve quelque renversement. Ils souffrent avec résignation les abus du pouvoir autant de temps qu'ils conservent l'espoir de voir l'équilibre se rétablir. Ce'n'est que lorsqu'ils n'attendent plus de justice de la part de ceux qui les gouvernent, qu'ils songent à s'agiter et a la demander comme une cho-

(2) On n'en parle guère d'autre dans la plus grande parti* du parti

Wallon.

îse- qui leur est dûe. C'est alors seulement qu'ils s'abandonnât à des sentimens impétueux dont la violence va croissant à proportion de la longueur du tems pendant lequel le gouvernement dont le devoir comme, l'intérêt était de les protéger, a fait peser le joug de son autorité pour les comprimer.

On attribuait autrefois aux Belges, et les Hollandais même encore leur reprochent, un penchant marqué à la turbulence et à la révolte. Il serait inutile de remonter ici aux causes des agitations auxquelles ce pays fut autrefois en proie sous la domination des ducs de Bouigogne. On se contentera de remarquer qu'elles étaient le fruit des désordres qui régnaient généralement dans tous les états de l'Europe, alors, quelque fussent les formes de leurs gouvernemens. On peut dire au moins que les Belges, depuis leur séparation finale d'avec la Hollande, avaient à peine donné le plus léger sujet d'inquiétude ou de plainte au gouvernement d'Espagne ou d'Autriche. Quoiqu'ils dussent ne supporter qu'avec une vive impatience la géne, les restrictions odieuses et tyranniques imposées à leur commerce ef à leur industrie, leur fidélité n'avait pas été altérée.

Il était réservé à un prince imprudent, opiniâtrément attaché à ses vues, qui se croyait tout permis, dit un écrivain de cette époque, pour réaliser ce qui lui semblait le mieux, d'affaiblir et enfin de renverser son autorité qu'il croyait affermir en foulant aux pieds des droits et des privilèges respectés jusqu'alors par ses prédécesseurs et pour lesquels le3 Belges avaient toujours fait preuve d'un attachement inviolable.

On doit, en revenant sur les troubles qui éclattèrent sous son règne, encore observer qu'avant d'en venir à la résistance ouverte les Belges avaient pendant longtems fait entendre leurs réclamations. Vainement ils lui avaient rappelé ses obligations envers eux, l'espèce de pacte qui résultait de la joyeuse entrée, en outre <du serment qu'il avait prêté de ne donner aucune atteinte à leurs privilèges. N'est'ce pas au reste, comme dit l'écrivain dont nous venons d'emprunter les expressions, violer le droit des gens que d,c 'WU/ôT, anger les coutumes et les usages consacrés parla près-

cription ? Il y a bien plus encore. La société repose toul en« tiêre sur le droit sacré de propriété. Sa sécurité, sa conservation est, avec celle de la vie, de la liberté, de l'honneur, le principe comme le but unique de l'établissement du gouvernement. Hors de là il n'y a plus d'obligations réciproques entre les hommes, entre les gouvernans et les gouvernés. Tout rentre dans le domaine aveugle de la force. Les lois, les institutions civiles ou religieuses d'un peuple, ses coutumes, ses usages ne sont-ils pas ce qu'il y a de plus important dans ce qui lui appartient, et ses droits à ce genre de propriété ne sont ils pas plus sacrés en raison de Cette importance là même 1 Comment peut-on prétendre se jouer de droits de cette espèce et les fouler aux pieds, sous le prétexte banal dont on se sert pour colorer toutes les espèces de tyrannie, de faire le bonheur de ceux que l'on dépouille ?

Pendant que Joseph second poussait, avec cette pétulance et cette obstination qui le caractérisaient, l'exécution de ses projets d'innovation, la sagesse des états avait empêché pendant longtems la révolte d'éclatter. L'espoir une fois perdu de le voir s'arrêter dans cette carrière de spoliation, tous les liens qui jusqu'alors avaient uni la Belgique à sa maison se trouvaient rompus, et on a vu quelles en furent les conséquences»

Malheureusement pour les Belges, la longue lutte qui s'était engagée entre eux et le prince qui les avait gouvernés, avait bouleversé toutes les idées et inspiré une espèce de découragement aux amis de l'ordre. Les Français, en entrant dans la Belgique, y portèrent cet esprit de vandalisme qui les animait à cette époque, dans leur propre pays, contre le plus grand nombre de leurs établissemensqui avaient, avec ceux du pays dans lequel ils entraient en vainqueurs, de la ressemblance ou de l'analogie. Mais le gouvernement français reprit graduellemeat quelque consistance. Il ssntait trop l'importance de ces belles possessions pour ne pas traiter leurs habitans de manière à se concilier leur affection. Il n'avait pas non plus à invoquer, pour tenir une autre conduite, de ces motifs illusoires fondés en apparence sur la nécessité de s'écarter des règles ordinaires d'une saine politique, motifs toop

«souvent éblouissent et jettent dans de si étranges erreurs ceux qui ne voient pas que la justice est la base unique sur laquelle le pouvoir puisse reposer avec solidité.

Quoique les Belges eussent à souffrir d'abus multipliés d'actes (Tune autorité trop souvent despotique* presque toujours arbitraire et même tyrannique, ils éprouvèrent au moins une protection égale à celle des habitans du reste de l'empire. On a déjà vu plus haut comment l'union avec la France avait eu l'effet de faire renaître, dans la Belgique, le commerce et i'industrie qui, depuis plus de deux siècles, s'y trouvaient enchaînés.* Ils témoignèrent aussi pour la France un attachement qui a survécu aux revers que la nation épi ou va, quand le sort de Napoléon fut décidé, après sa rentrée en France, à la suite des malheurs de la campagne de Russie.

Dès le moment où l'édifice de cette puissance fut écroulé, les politiques qui travaillèrent alors à régler les destinées de l'Europe, s'occupèrent aussitôt des moyens d'arracher les provinces belgiques des mains de la France. On voulait rétablir cette barrière qui, depuis déjà des siècles, avait arrêté les Français dans leurs conquêtes de ce côté du royaume, chaque fois qu'il s'était élevé des guerres sur cette partie du continent européen. On forma le projet de réunir, la Belgique avec quelques autres pays voisins, également incorporés à la France, dès les premières années qui avaient suivi la révolution, aux provinces qui avaient composé la république de Hollande, et d'en former le nouveau royaume des Pays-Bas.

Tels sont les faits principaux de l'histoire de ces peuples dont on a cru devoir retracer le souvenir, pour pouvoir se former une idée exacte des causes qui, depuis celte époque célèbre, ont dû

graduellement agir, pendant les quinze dernière3 années, et en? fin amener les évènemens récens qui sont le sujet de cesrév fléxions,

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