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D pour faire connaitre avec plus d'exactitude les causes principales de la dernière révolution de la Be'gique.
Sous la suzeraineté des ducs de Bourgogne, la forme et les principes du gouvernement de ces provinces avaient produit les fruits que la liberté fait éclore et qu’elle murit dans tous les temps et dans tous les pays, En même temps que l’agriculture avait été portée au plus haut degré de perfection, tous les arts et les sciences y fleurissaient à la fois, L'industrie manufacturière, le commerce enrichissaient un pays qui se couvrait de villes populeuses, où l’on voyait partout s’élever des monumens d'architecture, briller des chefs-d’œuvre de sculpture et de peinture qui fixent encore aujourd'hui l’attention comme ils sont l’objet de la juste admiration des voyageurs. C’étaient surtout les provinces restées attachées à l’Espagne qui jetaient,sous ce rapport, le plus grand éclat.
La Hollande, aa moyen des alliances qu’el'e s’était menagées, avait fini par dicter la loi à l'Espagne, dans les traités par lesquels celle-ci avait reconnu son indépendance. Elle exigea que la navigation de l’Escaut, la principale rivière qui traverse les provinces belgiques, fût fermée. (C'était de fait interdire à leurs habitans le commerce du dehors, auquel on imposa bien d’autres restrictions. Ils virent dès lors se tarir toutes lessources qui pouvaient alimenter leur industrie, s’évanouir, par là même toute leur prospérité. On se contentera de citer, à ce sujet, un seul trait pour servir de terme de comparaison, et mettre à même de juger des conséquences qui résultèrent, pour les provinces belgiques, de l'espèce de suprématie que la Hollande exerca sur elles, en traitant avec leur métropole.
La population d'Anvers, située un peu au dessus de l’embouchure de l’Escaut, avait, avant cette époque, été de plus de deux cent mille habitans. (1) Ses manufactures de draps avaient, eeules, employé jusqu’à seize mille ouvriers. Cette ville, pendant
les longues guerres dont ces provinces avaient été le théâtre et les sièges qu’elle avait soutenus pendant que l'Espagne combattait
(1) J'ai vu, dans quelques anciennes géographies, cette population of tés jusqu'à trois cent mille habitens. j
PR pe pour soumettre les provinces révoltées, vit sa population diminuet graduellement, au point de se trouver réduite à cinquante mille habitans, et quoiqu’elle ait commencé à se relever de ses pertes, dep:is le rétablissement de la navigation de l’Escaut, dans les premières années de la révolution française, elle n’en compte guère encore aujourd’hui plus de soixante mille. Toutes les autres villes des provinces belgiques ‘éprouvèrent à peu près le meme sort et virent leur commerce, leur population, leurs richesses diminuer dans les mêmes proportions. Leurs négocians, leurs manufacturiers allèrent porter leurs capitaux et leur industrie dans les pays étrangers. L’Angleterre eut la sagesse d’en attirer un: grand nombre dans son sein et la merveilleuse prospérité de la: nation, toujous croissante depuis jusqu’à nes jours, date de cette époque si funeste pour les Belges.
Les choses "étaient restées dans cet état jusqu’à quelques années avant la révolution française, On a vu que ces belles pro+ vinces étaient échues à la maison d’Attriche. Des troubles s'y étient élevés sous le gouvernement de Joseph second et ils éclatérent en 1787. Les Belge:, comme les habitans des cantons les plus libres de la Suisse, n’ont jamais séparé l’attachement qu'ils avaient pour leurs institutions civiles et pour les formes et les principes de leurs gouvernemens respectifs de celui qu’ils portaient à la religion catholique. L’empereur Joseph s’était efforcé: d'introduire dans tous leurs établissemens, tant civils que religieux, une foule d'innovations qui froissaient tous leurs intérêts, comme elles blessaient'toutes leurs affections. Il enfreignit leurs constitutions, viola leurs privilèges. Il avait suivi, pendant plus sieurs années, ce système de conduite‘avec une aveugle opiniàtreté, quand les Belges, après avoir eu, vainement recours aux: remontrances contre des empiétations réitérées, quelque fois violentes autant que marquées au coin de la tyrannie, finirent par prendre les armes pour soutenir leurs droits, défendre ou relever: leurs établissemens, envahis ou renversés par un gouvernement: qui fermait l’orei le à leurs réclamations. La force seule pouvait désormais décider l’issus de la contestation quand la mort vint:
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on: TE a frapper Joseph au milieu de la tempête qu'il avait soulevée. C'était à l’époque que son autorité se trouvait absolument méconnue.
Son successeur plus prudent vint à bout de rétablir le calme en changeant de conduite. Les Belges rentrèrent sous son obéissance du moment où ils crurent pouvoir compter sur la foi du gouvernement et sur l’espoir de voir leurs droits respectés. Cette pacification eut lieu en 1790.
Disons en mème temps que, pendant son règne, Joseph avait, pour faire renaitre et vivifier le commerce et l’industrie dans les provinces belgiques, fait plusieurs tentatives que la résistance et l'intervention armée des Hollandais firent avorter.
Telle ttait la situation de la Belgique dansles premières années de la révolution, quand.la: France déclara la guerre à l’Autriche. On ne retracera pas ici le tableau des évènemens qui, après des vicissitudes de succès et de revers, amenèrent la conquête de ces provinces et les firent passer sous la domination de la première de ces puissances, On se conténtera d’observer que les tronbles occasionnés par la conduite arbitraire de Joseph dars ce pays, avaient eu l'effet d’affaiblir l'attachement de ses habitans pour le gouvernement dont ils avaient eu si récemment à se plaindre. Il faut du temps pour raffermir les sentimens d’une confiance ébranlée par des secousses aussi violentes ; et sans parler de l’etat d’épuisement dans lequel ces commotions avaient.fait tomber lé pays, ses habitans ne pouvaient guère se trouver disposés à faire, avec le zèle et l’unanimité que les circonstances exigeaient, les sacrifices énormes nécessaires pour repousser cette invasion. D'ailleurs, dans l’état des choses, la résistance était devenue presque impossible. Les français régnèrent bientôt dans la Bel-
gique, qu’ils annexèrent à leurs pays, et cette réunion fut confir- ,gique, q pay
mée par les traités de paix qui lièrent successivement les nations ensemile ou tour à tour engagées dans les guerres qui désolèrent le continent de l’Europe jusqu’à la chûte de Bonaparte.
On doit, avant d’aller plus loin, faire observer que la conquête de la Belgique par la France eut l'effet immédiat de rétablir la liberté de la navigation de l’Escaut et d'ouvrir, du côté le la
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France el!&-mème:, des débouchés immenses au commerce de’ le première avec sa nouvelle métropole, qui lui était à peu près fermée avant cette réunion. L'industrie des Belges prit de suite un nouvel essor et les avantages qui en résultèrent pour leur pays purent graduellement faire oubher plus tard une partie des vexations et des spoliations dont ils avaient été les victimes pendant les fureurs révolutionnaires.
Il convient ici de s’arrêter à quelques observations dont on sentira bientôt la nécessité comme l'importance pour bien entendre lesujet qu’on se propose de traiter particulièrement dans cet ouvrage. Les belges, après leur réunion à J4 France, n’eurent guère à souffrir de ces distinctions odieuses qui ne peuvent manquer d’ulcérer les cœurs de ceux qui # trouvent annexés d’ur: coup à un nouvci empire, quand les vainqueurs affectent sur eux quelque espèce de supériorité ou prétendent à des privilèges exclusifs. Ils avaient d’ailleurs avec les Français des moyens de rapprochemens nombrenx, des goûts, des usages communs aux deux nations, des habitudes, des institutions dont l’analogie avait été remarquée par tous ceux qui ont écritsur la Belgique. La langue française n’était point étrangère aux Belges qui la parlaient généralement. (2)
Tous ces moyens de rapprochemens entre les deux peuples n’avaient, il est vrai, produit jusqu'alors aucun effet nuisible à l’auto— rité plus qu’à la stabilité du gouvernement sous lequel les Belges s’étaient trouvés placés. Les peupl:s sont rarement portés à troubler l’ordre qui les laisse dans ja jouissance paisible de ce dont on ne peut tenter de les priver sans crime. L'idée de Ia résistance à l’autorité ne prend naissance chez eux qu’au moment où cet ordre lui-même éprouve quelque renversement, Ils souffrent avec résignation les abus du pouvoir autant de temps qu’ils conservent l’espoir de voir l’équilibre se rétablir. Ce?n’est que lorsqu’ils n’attendent plus de justice de la part de ceux qui les gouvernent, qu’ils songent à s’agiter et à la demander comme une cho-
(2) On n’en parle guère d’autre dans la plus grande partie du parti Wallon,
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“se- qui leur est dûe. C’est alors seulement qu'ils s’abandonnent à dés sentimens impétueux dont la violence va croissant à proportion de la longueur du tems pendant lequel le gouvernement dont le devoir comme l'intérêt était deles protéger, a fait peser le joug de son autorité pour les comprimer.
On attribuait autrefvis aux Belges, et les Hollandais même encore leur reprochent, un penchant marqué à la turbulence et à la révolte. I! serait inutile de. remonter ici aux causes des agitätions auxquelles ce pays fut autrefois en proie sous la domination des ducs de Bouigogne. On se contentera de remarquer qu’elles étaient le fruit des désordres qui régnaient généralement dans tous les états de l’Europe, alors, quelque fussent les formes de leurs gouvernemens. On.peut dire au moins que les Belges, depuis leur séparation finale d’avec la Hollande, avaient à peire donné le plus léger sujet d’inquiétude ou de plainte au gouvernement d’Espagne ou d’Autriche. Quoiqu’ils dussent ne supporter qu'avec une vive impatience la gène, les restrictions odieuses et tyranniques imposées à leur commerce et à leur industrie, leur fidélité n’avait pas été altérée.
Il était réservé à un prince imprudent, opiniâtrément- attaché à ses vues, quise croyait tout permis, dit un écrivain de cette époque, pour réaliser ce qui lui semblait le mieux, d’affaiblir et enfin de renverser son autorité qu’il croyait affermir en foulant aux pieds des droits et des priviléges respectés jusqu’alors par ses pré décesseurs et pour lesquels les Belges avaient toujours.fait preuve d’un attachement inviolable.
On doit, en revenant sur les troubles qui éclattèrent sous son règne, encore observer qu'avant d’en venir à la résistance ouverte les Belges avaient pendant longtems feit entendre leurs réclamations. Vainement ils lui avaient rappelé ses obligations envers eux, l’espèce de pacte qui résultait de la joyeuse entrée, en outre du serment qu’il avait prêté de ne donner aucune atteinte à leurs priviléges. N'est-ce pas au reste, comme dit l’écrivain dont nous venons d'emprunter les expressions, violer le droit des gens que de “vouloir pu les coutumes et les usages consacrés par la pres
de T0 cription ? Il y a bien plus encore. La société repose tout entière sur le droit sacré de propriété. Sa sécurité, sa conservation est, avec celle de la vie, de la liberté, de l'honneur, le principe comme le but unique de l’établissement du gouvernement. Hors de là il n’y a plus d'obligations réciproques entre les hommes, entre les gouvernans ct les gouvernés. Tout rentre dans le domaine aveugle de la force. Les lois, les institutions civiles ou religieuses d’un peuple, ses coutumes, ses usages ne sont-ils pas ce qu’il y a de plus important dans ce quilui appartient, et ses droits à ce genre de propriété ne sont ils pas plus sacrés en raison de cette importance là mème ? Comment peut-on prétendre se jouer de droits de cette espèce et les fouler aux pieds, sous le’ prétexte banal dont on se sert pour colorer toutes les espèces de tyrannie, de faire le bonheur de ceux que l’on dépouille ?
Pendant que Joseph second poussait, avec cette pétulance et cette obstination qui le caractérisaient, l'exécution de ses projets d'innovation, la sagesse des états avait empêché pendant longtems la révolte d‘éclatter. L’espoir une fois perdu de le voir s’arrêter dans cette carrière de spoliation, tous les liens qui jusqu'alors avaient uni la Be'giqne à sa maison se trouvaient rompus, et on a vu quelles en furent les conséquences,
Malheureusement pour les Belges, la longue lutte qui s’était engagée entre eux et le prince qui les avait gouvernés, avait bouleversé toutes les idées et inspiré une espèce de découragement aux amis de l’ordre. Les Français, en entrant dansla Belgique, y portèrent cet esprit de vandalisme qui les animait à cette époque, dans leur propre pays, contrele plus grand nombre de leurs établissemensqui avaiont, avec ceux lu pays dans lequel ils entraient en vainqueurs, de la ressemblance ou de l’analogie. Mais le gouvernement français reprit graduellemeat quelque consistance. 1 szntait trop l'importance de ces belles possessions pour ne pas traiter leurs habitans de manière à se concilier leur affection. 11 n’avait pas non plus à invoquer, pour tenir une autre conduite, de ces motifs illusoires fondés en apparence sur la nécassité de s’écarter des règles ordinaires d’une saine politique, mjotifs qui trop
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