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avec les Pays-Bas catholiques. Mais dans les circonstances
extraordinaires qui avaient mis entre ses mains la force qui servit pendantun temps à comprimer à la fois toutes les parties de son vaste empire, il ne pouvait guère se trouver dé sujets de: contention entre les deux peuples lancés dans un même tourbillon avec soixante millions d'hommes également assujetis à la France à cette époque. Leschoses devaient nécessairement changer de face du moment où l’on prétendait former un royaume par la réunion des Belges et des Hollandais, où l’on mettait en: présence deux peuples animés l’un contre l’autre par d'anciennes rivalités, des haines pour ainsi dire héréditaires.
On ne devait guère s’attendre à ne pas voir celte union mal assortie réveiller de ces souvenirs capables d'armer les uns contre les autres des hommes en proie pendant si longtemps à des divisions, à des guerres enfantées par la diversité de religion et par la politique, nourries par une lutte constante de commerce et d'industrie, dans laquelle on avait sacrifié tous les intérêts des Belges à la cupidité des Hollandais.
Peut-être eût-il été possible encore d’espérer quelques suc cès dans la tentative d’amalgamer ces matières hétérogènes et de produire entre elles l’affinité, si l’on s’était attaché, dans les ar= rangemens que l’on prenait pour y parvenir, à faire disparaître tout sujet de collision, en ménageant à: tous et à chacun l’espérance d’une protection égale, en. leur assurant les moyens de Pobtenir. Il semble que l’on ait fait exactement tout le contraire. On donna la Belgique à la Hollande comme une ferme à exploiter. Dans le fait le sort de celle-ci fut de cominander, Vautre fut de:se sonmettre et d’obéir.
En improvisant une constitution pour le nouveau royaume, on n’eut pas plus d’égards aux intérêts respectifs qu'aux vœux des labitans des différentes parties qui la composent. On perdit: même devue tous les principes de la plus commune justice, ceux de la réciprocité dans la répartition du droit de prendre part à leur nouveau gouvernement.
, — 14 — La législature fut composée de deux chambres formant avee le roi les états généraux. L'une des deux chambres, élue par
le peuple, porte le nom de chambre des députés : mais la population de toutes les provinces du royaume réunies n’est de guère
plus de six millions d’habitans, dont un peu moins d’un tiers seulemeut se trouve dans la Hollande, à laquelle on a donné plus dela moitié de la représentation. Elle a, dit-on, seule soixante-deux députés, tandis que toutes les provinces de la Belgique réunies n’en ont ensemble que quarante huit. On n’a pas besoin de faire observer combien cette inégalité dans le nombre en établit une plus révoltante encore dans les délibérations. Les Hollandais plus faibles comme peuple auraient été nécessairement plus forts dans la chambre, même quand on n’eût pas poussé l'injustice plus loin qu'en leur donnant le droit de nommer la moitié des députés. Leur faiblesse même, en leur imposant la nécessité de l’union entre eux, aurait servi par contrecoup à leur donner un ascendant décidé dansla législature. Ils n’ont pas eu même besoin d’avoir recours aux moindres ménageens pour y dominer souverainement.
Onne parle pas ici dela composition de la chambre haute, dont les membres sont à la nomination du prince, et qu’il a pu par cette raison remplir d'hommes dévoués à ses vues ou à celle de son administration. Mais outre que cette inégalité dans la représentation assurait aux Hollandais la plénitude du pouvoir dans les délibérations de la chambre des députés, le roi nomme tous les fonctionnaires publics, jusqu'aux bourguemestres, espèce de magistrats des villes : enfin ilest à la tête de la force armée, Hollandais de naissance, son éducation, sa religion, ses habitudes sont celles de ses compatriotes, tandis qu'il est étranger, sous tous les rapports, aux habitans dela Belgique. Il est évident dès lors que la carrière qui conduit aux faveurs du gouvernement, aux emplois d'honneur et de confiance, à lautorité, devait être d‘un accès plus facile à ses compatriotes qu'aux Belges, nécessairement ea opposition avec les Hollandais de vues, d’affections et d'intérêts, comme ils Le sont en fait d’usage et de mœurs, d'opinions et de religion,
Îl serait sans doute possible à celui qui so trouve à la tête de deux peuples, en pareille circonstance, de se mettre au dessus de ces préjugés nationaux; qui dégradent encore bien plus les hommes publics que de simples individus. Mais un roi ne peut gouverner sans conseils Quelque sage, quelque éclairé cu’on le suppose, il ne peut être au dessur des faiblesses de l’humanité. Toutes choses égales, il devait nécessairement se trouver dans des dispositions moins favorables aux Belges qu’à ses compatriotes. Que penser de sasituation en songeant que les Hollandais avaient entre les mains la puissanee réelle dans le sénat? Toute l’influence du gouvernement devait donc se trouver entre leurs mains avec le pouvoir,
Il est pourtant vrai de dire encore qu’en dépit de tant de sujets de collision entre les deux peuples, une attention constante à suivre les règles d’une exacte impartialité, d’une stricte justice dans l’administration ; des lois également protectrices pour tous comme pour chacun sans distinction, aurait pu graduellement opérer la fusion de tous les intérets etramener à des sentimens d’u= nion deux peuples jusqu’alors divisés par de si longues et de si sanglantes rivalités. Mais, avec une semblable organisation de gouvernement et d’administration, il n’était pas nécessaire d’une merveilleuse sagacité pour prévoir que l’espérance d’un semblable avenir ne pourrait être qu’une chimère. Quels sont ceux qui revêtus d’une puissance dont eux seuls règlent l’usage, se renfermeraient en l’exerçant dans les bornes assignées par la raison et par l’équité? ‘Ce phénomène est encore a trouver. Si Pon rencontre par fois dans l’histoire de l’homme et de la société de ces traits qui sembleraient d’abord en prouver la possibilité, ce sont de ces faits isolés qui sortant de lordre ordinaire et connu forment de ces exceptions qui loin de militer contre la règle laissent à découvert cette triste vérité de tous les tems et de tous les lieux, que le pouvoir sans antrepoids et la tyrannie sont inséparables. C’est surtout quand ceux qui sont revetus de Ia puissance se croient un intérêt plus pressant à devenir in—
és QU justes-envera ceux dont le sort se trouve entre leurs mains qué l'abus en est inévitable.
Malheureusement pour les Be'ges soumis par le fait aux Hollandais au moyen de ces arrangemens, indépendamment des préjngés nationaux, des haines de religion, des rivalités dont il vient d’être question, ces derniers comme on le verra bientôt; devaient se sentir encore poussés par d'autres motifs bien aveu--
gles sans doute, mais en même temps impérieux, comme tous ceux que des passions de cette espèce enfantent, a des actes d’injustice envers les premiers. C’eût été beaucoup trop attendre de la nature humainé que de supposer les Hollandais capa*
bles derésister à cette tentation. Nous verrons aussi bientôt quel usage ils on fait de leur ascendant daris le gouvernement à la tête duquel ils se sont trouvés placés.