RELIGION. EDUCATION
: On a déjà fait observer que les Holländais : sont protestans tandisque le reste des habitans du royaume suit la religion ca tholique. Les uns et les autres ontun attachement égal pour le culte qu’ils professent. Les doctrines de la tolérance civile qui se trouvent dans une harmonie si parfaite avec les préceptes de la charité commandée par la religion, sont maintenant réçues généralement et tous les jours de plus en plus mises en pratique à proportion des progrès des lumières ët de la civilisa= tion. Une expérience aussi heureuse pour l’humanité qu'elle ‘st solidement établie, prouve qu’elles assurent la tranquillité -des peuples, au lieu de troubler le repos de la société. Sans parler de ces considérations, comment, dans leur situation re- ‘lative avec les Hollandais, les Belges auraient-ils dû craindre “éprouver, je ne dirai pas de la gène, mais les plus légères tracasseries relativement au culle qu’ils professent ?
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flest vrai que le roi lui-même était protestant, comme ses compatriotes hollandais; mais les Belges devaient-ils imaginer qu’un roi constitutionnel, quoique protestant, pût songer jamais à leur imposer des restrictions sur cet article et prétendre exercer, en matières ecclésiastiques ou d'éducation religieuse, une juridiction qui se trouverait en opposition aux principes reçus chez les catho= liques et aux usages consacrés dans ces provinces ? Comment d’ailleurs supposer que la minorité de la nation, parce qu’elle se trouvait en mayurité dans les conseils, püût ne pas reculer devant l'injustice évidente de toute tentation de cette nature ? Cependant à peine le nouveau royaume a-t-il été formé quil s’est à ce sujet élevé des discussions et des contestations dans lesquelles le gouvernement hollandais a déployé une activité et une pertinas cité inexplicables. Il serait difficile de tracer un tableau exact et détaillé des faits qui se rapportent à cet objet : il faudrait se livrer à des recherches, entrer dans des détails que la nature de cet ouvrage ne peut comporter. On se contentera d’observer d'a bord qu'il paraît que le gouvernement a tenté d'exercer, relativement à la nomination et à linauguration des évêques, une intervention et une autorité que le clergé refusait de reconnaître et sur lesquelles le gouvernement a insisté, que ces démêlés ont fini par aigrir les esprits et répandre les semences d’un mécontente= ment universel,
En second lieu, il est un fait trop important pour que, de lui-même et seul, il ne suflise pas pour faire voir jusqu’à quel point les Belges ont eu, sur cet article-là mème, à se plaindre de l’ascendant des Hollandais. On avait, entre autres démarches du même genre, établi dans la Belgique un collège auquel on a donné le nom de philosophique. On imposait à tous ceux qui se disposaient à entrer dans le sacerdoce, l’obligation d’aller y recevoir leurs degrés, au lieu de les leur laisser prendre, comme ils l’avaient fait jusqu'alors, dans les seminaires catholiques dans lesquels ils avaient reçu leur éducation. Je crois ne pas me tromper en ajoutant que le gouvernement imposait la mê.ne obligation
‘à ceux qui faisaient un cours d'étude pour se mettre en état d’entrer dans d’autres professions.
Les maîtres de ce collége étaient au choix d'un protestant, per là même, sous son nom, de conseillers qui l’étaient également. On ne sera pas surpris dès lors d'apprendre que l’on y plaça des maîtres protestans. Les catholiques belges et en particulier ceux qui se destinaient au sacerdoce étaient réduits à la nécessité de recevoir l’enseignement de ces maîtres, à l’exclusion de ceux de leur religion et aux dépens d'anciennes maisons d'éducation, d'établissemens vraiment nationaux pour eux dans lesquels ils avaient puisé, sous les différens gouvernemens dont on a parlé, les avantages d’une éducation qui se trouvait d’accord avec leurs principes religieux.
Il faut encore observer à ce sujet qu’une tentative de cette nature n’était pas sans exemple. Joseph El avait entrepris, aussi lui, de former un établissement analogue et avait éprouvé les mêmes résistances. On a de la peine à concevoir que Guillaume ait pu se résoudre à signaler le commencement de son règne par des rnesures aussi évidemment persécutrices. Il ne s'exposait pas seulement à blesser les plus profondes affections des Belges, il violentait les consciences au moyen de ce monopole de l’instruction. Il portait l‘inquisition dan: les familles, il s’emparait du droit des pères de diriger et de surveiller l'éducation morale et religieuse de leurs enfans. Sur ce point en particulier, la liberté n'est pas seulement nécessaire pour assurer le bonheur et la tranquillité d'un état, comme des familles, c'est encore en lui-même un droit sacré comme imprescriptible.
Ces mesures avaient pour but, et on a parfois tenté de les jus tifier à raison de ce but-là même, de produire graduellement une fusion des deux peuples, en amenantles Belges à des sentimens analogues sur les matières de religion, à jeter ce qu’on appelait les fondemens de l’union entre eux! C’était-là sans doute un étrange moyen pour y parvenir. On n’a pas besoin d'indiquer les sentimens que devait produire chez un peuple religieux cette es-
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pôce de persécution. Il éerait également inutile de s’appesantie eur cette conduite de l'administration hollandaise pour faire sentir ce qu’elle renfermait à la fois de bizarre et d’injust même en ne l’envisageant que sous des rapports purement pol:tiques. Excepté ceux qui, dans cette administration-là même, prétendaient ap“ paremment rétablir, en matières relig euses, l'esprit de cuércition et de domination exclusive qui avait régné en Europe quelques siècles auparavant, qui pouvait ne pas prevoir les funestes con: 5 quences qui devaient necessairement découler de ce misérable système ?
Mais il se présente encore, à ce sujet, une observation trop fmportante puur être ici passée sous silence. D’autres o1t dit que le roi n'avait fait dans tout cela que céder à des vœux auxquels il était étranger, suivre l’impulsion de ceux qui dominaient dans l'administration. 1] serait triste sans doute pour lui de s’ê— tre cru dans la nécessité d imposer silence à ses propres sentiments pour se laisser guider jar des idces rétrécies ou par les avis inté— ressés de ses compatriotes,
Jl faut le dre aussi. Celui qui se trouve à la tête d’un gouvernement n'est trop souvent qu’un instrument entre les mains de ceux qui sont chargés de l’aider de leurs conseils, Il se trouve de même dans la nécessité de marcher dans le sentier qu’ils lui tracent en dépit de ses propres opinions. Et quand les fausses démarches, qui sont le fruit de conseils insensés ou perfides, ont une fois ulcéré les cœurs, il peut lui devenir impossible de guérir
Jes plaies qu’i's ontenvenimées. On en voit un exemple frappant
dans ce qui s’est dernièrement passé dans la Belgique.
Il était impossible, après une expérience de plusieurs années, de ne pas sentir la nécessité de renoncer à ce système odieux. On en est venu sérieusement au projet de nommer, à même les membres de l’administration, un conseil ou comité de catholiques qui seuls auraient eu la conduite des affaires relatives à la religion qu’ils professaient. Peut-être aurait-on pu parer à tous les maux dont on a parlé, si dès le début, on eût eu recours à ce moyen