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Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaises

Veuille \ accepter l'hommage de ce livre écrit pour être utile à nos troupes coloniales, vous qui aveq consacré tant de forces et la plus grande partie de votre vie au bien de l’armée et à la grandeur coloniale de la France.

Dr C. REYNAUD.

https://archive.org/details/b28090378

Paris, le 26 février 1898.

Thés honoré et cher confrère,

Je viens de relire en entier votre ouvrage. Je me lais un devoir de le recommander hautement à l’attention du pays et des pouvoirs publics.

L’expédition de Madagascar, pour être la plus récente où le drapeau de la France ait été engagé, ne sera pas la dernière.

Il est vrai qu’à l’annonce des sacrifices imprévus qu’elle coûta en existences humaines et en deniers, un mouvement très marqué de l’opinion publique s'est produit, contre toute idée de guerre lointaine.

Autant la réintégration de cette partie de notre patrimoine national avait été souhaitée, — autant l’instinct du pays en avait senti la suprême importance, — autant il avait montré de sagacité à ne pas se laisser détourner du but par les intrigues de nos rivaux, — autant le départ des troupes avait été salué avec enthousiasme, — autant continuait à être ferme et inébranlable la volonté de conserver Madagascar,... autant fut manifeste la résolution

de s’abstenir de toute nouvelle entreprise, au delà de nos possessions actuelles.

Ce sentiment n’a pas varié. Chaque jour je l'entends exprimer, à peu près en ces termes: <• Gardons ce grand domaine, qui est nôtre. Nous avons bien fait de ne pas nous le laisser ravir, et puisqu'il peut devenir, par et pour le développement de notre race, une Fronce australe capable de contre-balancer l’ Angleterre ; donnons tout ce qu'il faut pour le mettre en valeur. Conservons cet héritage séculaire, faisons-le I ructi fier pour nous, d’autant plus jalousement qu'il nous aura coûté plus de larmes, plus de sang et plus d argent. Mais bornons-nous là irrévocablement ».

Je ne conteste pas la réalité de cet état d'esprit, et je reconnais ce que pareil désir a de légitime. Mais l’expédition de Madagascar ne sera pas pour cela notre dernière guerre. L avenir nous en réserve d autres, moins loin, et de bien autre gravité. 11 ne tant donc pas négliger les enseignements que comporte celle-ci. Il faut soigneusement les recueillir, les répandre et les méditer.

C est le service que votre livre aura rendu au pays.

Ce théâtre de la future guerre sera moins loin de notie territoire européen. Peut-être sera-t-il en plein ( œui de la h rance. Mais il 11e s’ensuit pas que l’expéiience laite la-bas 11e doive pas servir ici. Et en clfet, 1 éloignement n est pas la principale cause des pertes énormes que nous avons subies.

Les causes î Elles sont multiples. 11 en est de primoi diales, du domaine de la politique. Celles-ci n’enliaiml pas dans votre cadre. Vous ne pouviez pas y >

remonter. Vous vous en êtes tenu à leur fonctionnement, si je peux ainsi dire, à l’état do fait , au résultat qu’elles ont produit, et vous bornant à votre rôle de médecin, vous prenez ce résultat tel quel, vous montrez comment il pouvait être prévenu, comment il pouvait être amélioré. — A cet effet, l’étude comparée par laquelle vous débutez, des différentes expéditions françaises et étrangères qui ont précédé notre récente guerre de Madagascar, est l'une des parties les plus intéressantes, les plus originales, les plus instructives de votre ouvrage.

Il en ressort avec évidence, que la responsabilité de l’effroyable mortalité qui a caractérisé cette expédition n’incombe pas au corps médical. La Direction du service de sanlé au ministère de la Guerre a donné tout ce qu'il fallait en médicaments et en matériel, et l’on peut dire, sans conteste, que jamais armée européenne ne fut dotée avec une Celle largesse, ni avec plus de sollicitude, de tout ce qui convient au traitement des malades et des blessés. Deux ambulances, quatre hôpitaux de campagne et un hôpital d’évacuation avaient été prévus, abondamment munis d’un outillage de premier ordre, à l'aide duquel le traitement d’un nombre de malades et de blessés outrepassant toutes les proportions connues, pouvait être assuré.

Quant au personnel chargé de mettre en œuvre ces ressources, il était à la hauteur de sa tâche. Les médecins militaires envoyés à Madagascar ont été, par leur talent et leur infatigable dévouement, toujours dignes du corps d’élite dont ils font partie,

aussi bien dans l’armée de terre qu’à la Marine et aux Colonies. Ils ont été les dignes compagnons d’armes de l’admirable troupe à laquelle ils se dévouaient.

Cette insuffisance numérique du cadre du service de santé est un point sur lequel on ne saurait trop attirer l’attention du public. La discussion du budget a la Chambre des députés, vient encore d en démontrer la gravité. Une augmentation du cadre est nécessaire. La Chambre y est favorable. Elle a manifesté son sentiment en pressant le Ministre de présenter a bref délai un projet de loi en ce sens, et en obtenant d’ores et déjà les améliorations que prescrit la loi actuelle. Le Parlement n a jamais rien refusé de ce qui lui a été demandé pour la défense du pavs. et le bienêtre de nos soldats. Ne rien négliger de ce qui est humainement possible pour que les soins nécessaires ne manquent pas à ceux qui se battent pour le pays, est un devoir primordial, sous tous les régimes, à plus forte raison sour le régime de la nation armée.

En ce moment où tant de nuages s’accumulent à notre horizon, le spectacle de ce qui s’est passé à Madagascar doit être plus que jamais mis à profit, l 'eja, on 1 oubliait ! "\ otre livre arrive à point pour y 1 amener 1 attention. Il aura, je le crois, un grand et sa lu ta ire retentisse m en t

Le public n a que de vagues notions sur cette guerre de Madagascar, mais on sait que le corps expéditionnaire, d’ailleurs trop nombreux, a subi du fait de la maladie, infiniment plus que de l’ennemi, des pertes disproportionnées dont on ne se rendait pas compte.

Ce point spécial, vous l’avez pleinement élucidé. Votre exposé, strictement et volontairement limité, mais où l'on sent vibrer, sous le calme scientifique du style, l’émotion contenue du patriote et du citoyen, projette sur l’ensemble de l’opération des clartés qui intéressent l’homme du monde autant que l’homme du métier, administrateur, soldat ou médecin, — et l’impression que le lecteur en reçoit donne à votre ■œuvre le haut degré de moralité et d’utilité qui en est le caractère essentiel.

Elle est en outre le meilleur hommage qui ail été rendu à notre petite armée de Madagascar, et quand vous dites, avec raison, qu’il n’est pas dans l’histoire militaire d’exemples plus remarquables DK

DISCIPLINE ET DE COURAGE QUE CELUI QUI FUT DONNÉ PAR CETTE POIGNÉE DE SOLDATS HÉROÏQUES DONT l’aBNÉ- GATION ET LE DÉVOUEMENT SURVÉCURENT A TANT d’ ÉPREU- VES, vous avez eu soin de montrer comment ces épreuves auraient pu être évitées ou adoucies, et comment elles pourraient être épargnées à nos futurs combattants.

Je suis fier de serrer la main qui a écrit un si éloquent, si utile et si consciencieux ouvrage, et je vous prie de me croire votre dévoué confrère.

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