INTRODUCTION
Au cours de la seconde moitié du xi„\e siècle, avant de faire la dernière expédition de Madagascar, la France avait porté plusieurs fois ses armes dans les pays d’outremer. Quelques-unes, parmi les dernières de ces guerres faites sous les tropiques, avaient exigé de grands sacrifices d’hommes et d’argent, qui tirent naître un violent courant d'opposition à l’expansion coloniale, rendue nécessaire par la situation économique et politique de l’Europe.
Sous l’influence immédiate des événements, l’opinion réclama dans l’organisation de l’armée des réformes propres à ménager la vie des soldats chargés d’exécuter celles des entreprises que commanderaient l’intérêt et l’honneur du pays. Mais les souvenirs douloureux étaient effacés, et les réformes réclamées n’étaient pas encore
l’expédition de madagascah
accomplies, lorsque les incidents qui se succédaient à Madagascar rendirent la guerre nécessaire.
Dans ce temps, les notions des choses d'outre-mer s’étaient répandues. L'histoire de Madagascar, ses productions, ses richesses, les intérêts et les droits de la France, la résistance opposée par le gouvernement hova à l’exécution fidèle des traités, l'antagonisme d'une nation rivale en influence, tout ce qui concernait la « Grande Ile » et les événements qui s’y produisaient, occupait depuis plusieurs mois le Parlement et l'opinion: ces notions avaient été vulgarisées par les discours, les conférences, les livres et les journaux.
Cette expédition fut bientôt populaire. La nation sentit bouillonner sa sève puissante, rajeunie par vingt-cinq années de paix et de travail, à la nouvelle d'une guerre imposée par le droit et la civilisation. Rassurée par le bruit fait autour des préparatifs, qu'on disait grands et complets, elle espérait que celle nouvelle conquête ne lui coûterait pas autant de ses soldats.
L’entrain et la confiance régnaient partout: les volontaires se présentaient en foule; les Chambres votaient les crédits sans marchander, elle peuple suivait, en les acclamant, les soldats partant pour agrandir le domaine de la Patrie, jusqu’aux vaisseaux qui les emportaient.
Mais bientôt les nouvelles fâcheuses arrivèrent : les malades et les morts se multipliaient ; celle terre nouvelle dévorait aussi beaucoup de soldats. Puis les convois lugubres, interminables, laissant derrière eux une traînée de cadavres, arrivèrent, déversant sur les quais de nos ports des Ilots d’hommes à la face terreuse et maigre, sans forces et découragés, au milieu d'une foule troublée, profondément émue par de si grandes souffrances.
Les incidents, les erreurs commises, incomplètement