Dr Jean Lérnure, Annales d'hygihne
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quand, au lendemain de semblables événements, les causes les plus évidentes sont mises en doute, contestées, niees !
Habillement, équipement ; port du sac. - Il est inutile d enumérer de nouveau les pièces composant l'habillement et l’equipement. C’est le costume adopté pour les t roupes coloniales depuis plus de dix années. Les troupes e la marine avaient depuis longtemps un équipement spécial pour les pays chauds. Si, au commencement de 1 expédition du Tonkin (1883-1884), on avait pu voir des troupes de l’armée métropolitaine arriver avec leur équipement d’Europe ou d’Algérie, c’est que ces troupes n avaient pas trouvé au Tonkin de magasins généraux approvisionnés pour les habiller, et quelles n’avaient pas de magasins de corps comme les régiments de marine.
epuis 188o, I ous le-s corps en service au Tonkin avaient, sans distinction, les vêtements de toile-cachou avec casque pour le jour, et les vêtements de molleton et flanelle pour la nuit et la saison fraîche. C’est le système d habillement qui fut appliqué à Madagascar, avec de légères modifications de détail.
Nous avons signalé la nécessité où furent certains
corps de troupes de laisser à Majunga le collet à capuchon
qui avait été adjoint à leur équipement. Les hommes obligés de porter le sac, étaient déjà trop chargés. La privation de ce vêtement fut vivement ressentie pendant les nuits froides, sur les hautes régions.
Parmi les innovations heureuses apportées à l’équipement des hommes, il faut signaler l’allocation de : deux chemises de flanelle, plus agréables et aussi utiles à porter que le gilet de flanelle ;
Lne paire d’espadrilles, servant de chaussures de repos;
Une couverture imperméabilisée.
4/(8 l’expédition de Madagascar
Il serait bon de joindre à cet ensemble déjà satisfaisant: un voile flottant sur les bords du casque, trop étroits pour préserver les tempes et la nuque ; une paire de lunettes de couleur, nécessaires pour préserver les yeux de la poussière et de la réverbération.
Les chaussures de repos gagneraient à avoir unesemelle en cuir.
Les vêtements de toile-cachou ont besoin d'être colorés avec une teinture plus foncée en couleur, et plus résistante.
La réforme la plus essentielle à introduire dans l'équipement des soldats coloniaux européens, serait la suppression du port du sac pendant la marche.
D’après le rapport officiel, le port du sac n aurait pas contribué à augmenter la morbidité des hommes.
Il paraît cependant superflu de démontrer qu un homme chargé et surtout portant sur son dos, en plus de ses armes de ses munitions et de ses vêtements, un poids de près de 15 kilos, qui comprime la poitrine et augmente la chaleur, doit être plus fatigué qu un homme, qui ne porte pas ce poids !
Les Anglais ont depuis longtemps supprimé le port du sac, pour leurs soldats en colonnes dans les pays chauds. Le soldat anglais ne porte que ses armes et ses munitions.
Le général Dodds avait réduit à 15 kilos (armes et munitions comprises), le poids total porté par chaque homme.
Le colonel Gallieni, allait plus loin encore, car il faisait porter par des mulets le fantassin lui-même et sa charge.
Le colonel Ortus avait fortement insisté sur les dangers qu’il y aurait dans la guerre de Madagascar à faire porter h l’Européen plus de 15 kilogrammes.
Il n’est, pas nécessaire d’ajouter que tous les médecins
hygiénistes sont unanimes à condamner le port du sac dans ces campagnes.
D'après les calculs du capitaine de frégate Baills, un soldat pesant 64' kilos, marchant 8 heures, à raison de 4 kilomètres par 50 minutes, avec 10 minutes de repos par heure (pas de 0,75), en terrain plat, fait tout nu une dépense de forces de 512.000 kilogrammètres. Le même soldat portant 32 kilogrammes fait 768.000 kilogrammètres, soit 256.000 kilogrammètres de plus ! Ces calculs précis ne peuvent laisser aucun doute dans l’esprit; ils traduisent, sous une forme mathématique, ce que l’expérience a déjà appris à tous les officiers, ce que la logique fait admettre comme une vérité rendant toute démonstration inutile: à savoir, qu’un homme chargé en marche fait une dépense de force énormément plus considérable qu’un homme sans charge. Pour un poids de 32 kilogrammes la différence esL 256.000 kilogrammètres en 8 heures de marche, soit la moitié en sus.
A Madagascar la charge des hommes a atteint 34 kilos ! Si l’on ajoute à cette dépense de force, subie sous un climat torride, où il est déjà très pénible et très dur pour l’Européen de marcher sans charge, l’augmentation de la chaleur entretenue par le sac appliqué sur le dos, la gène respiratoire occasionnée par la compression de la poitrine (bretelles et poids du 'sac en arrière), il est facile d’apprécier que le total des forces vitales 'dépensées est encore plus grand que celui qu’on peut évaluer en kilogrammètres. L^épuisement consécutif est une cause prédisposante des plus puissantes aux maladies infectieuses. Celles-ci se développent en effet avec rapidité dans les organismes dont la résistance vitale a été diminuée.
Consommation plus grande des forces physiques, diminution rapide cte la faculté de résistance des organes et des tissus, à l'envahissement des germes infectieux,
telles sont en résumé les conséquences générales des surcroîts de charge que le port du sac impose aux soldats dans les pays chauds. Aller à l’encontre de ces principes, négliger l’exemple des devanciers qui ont admis la nécessité de ne pas imposer à l’Européen les fatigues qu'il est incapable de supporter dans les climats torrides, c'est s’exposer bénévolement, après quelques jours de campagne, à conduire devant l’ennemi une troupe épuisée et sans forces; c’est multiplier les causes de maladies, et favoriser leur développement.
Mais comment faire ? Comment transporter les bagages d’un aussi grand nombre d’hommes ? 11 faut avoir, derrière l’armée des combattants, une seconde armée plus nombreuse encore de coolies, ou des convois interminables de voitures. Certains militaires sont offusqués à la pensée d’avoir derrière les troupes une longue cohue de porteurs et de voitures. « C’est l'armée des Barbares ! » disent-ils. C’est possible ! Mais il est encore plus barbare de faire marcher des soldats européens avec une charge de 34 kilogrammes sur le dos, sous un soleil de feu, dans une atmosphère suffocante, alors que, dans le' même pays, les autres Européens, sans charge , incapables de marcher, sont obligés de se faire transporter en filanzane. Si les Barbares agissaient ainsi, c'est qu'ils respectaient leurs guerriers,, et ménageaient leurs forces pour les marches et les combats. Il faut nous résigner à les imiter, puisque dans ces guerres nous devons tout transporter avec nous. •
Les armées coloniales auront de longs convois derrière elles ; mais ce seront de longs convois d’approvisionnements, et en tête elles auront des troupes d'hommes alertes et valides. Actuellement, elles traînent derrière elles de longs convois de malades.
Les expéditions anglaises, relatées au commencement
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de ce travail, fournissent à ce sujet des exemptes qui méritent d être médités, car ils font voir avec quelle largesse tes corps de troupes sont pourvus de coolies, (porteurs, cuisiniers, domestiques, etc.).
Laissons de côté tes services généraux de transport, si richement dotés en animaux de bât et porteurs (“20.250 mulets, ânes, etc., et 10.000 conducteurs en A'byssinie pour 13.000 hommes, dont 3.000 Européens ; — 40.000 chameaux pour 34,000 hommes, dont 12.74(1 Européens en Afghanistan — 6.000 coolies dans la première expédition des Ashantis ; — 8.00U coolies dans la deuxième expédition des Ashantis); rappelons seulement ce que tes corps de troupes avaient dé porteurs et d'animaux spécialement affectés au service du train du batail- . lon ou du régiment, au début de la campagne :