‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 122 sur 133 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Au cours de l’exposé qui précède nous avons signalé, sui\ant les faits qui se présentaient, les principales mesures d'hygiène appliquées aux troupes de Madagascar. Nous devons insister sur quelques-unes, et compléter cette énumération.

Formation du corps expéditionnaire. — Nous avons déjà fait ressortir la part trop considérable faite dans le corps d’armée aux troupes métropolitaines. Formées de volontaires ayant tous plus d’une année de service, elles avaient été, il est vrai, soumises à une sélection sévère, Pour éliminer tous les sujets ayant quelque tare organique.

Mais ces hommes de choix, tous vigoureux, étaient trop jeunes. La seule prudence commandait de les laisser en France, car aucune autre sélection que celle faite par le climat ou la maladie ne pouvait les préserver. Quels furent les résultats ? Tandis que les vieux soldats de l’infanterie de marine et ceux de la légion avaient une proportion de morts de 24 et 25 pour cent , les jeunes sol-

dats du 200e régiment et du 40e chasseurs avaient 40 et 63 pour cent de décès.

Dans leur ensemble, les troupes blanches.rçprésentaient les huit dixièmes de l’effectif total. C'était une erreur que l’expérience eût dû faire éviter, et que la suite de la campagne a fait ressortir avec un éclat douloureux. Tandis que les troupes européennes ou algériennes avaient 30,2 pour cent de décès, le régiment colonial, composé de créoles de la Réunion, de Malgaches et de Haoussas, n’avait que 15 pour cent de décès. Cette leçon sera-t-elle profitable à l’avenir ?

Il y a lieu de remarquer que les troupes blanches d'infanterie de marine ont fourni une proportion de décès (24 pour cent) légèrement inférieure à celle du régiment d’Algérie (24,6 pour cent) composé cependant de 2 bataillons de tirailleurs algériens et d’un bataillon de légion étrangère. Cet avantage est dû à la composition actuelle des troupes d’infanterie de marine, formées en grande partie de soldats rengagés, déjà éprouvés par un Séjour colonial. Ces troupes, si éprouvées naguère au Dahomey lorsqu’elles comptaient trop de soldats jeunes, peuvent désormais, au même titre que la légion, être considérées comme le type désirable de la troupe coloniale européenne, si l’on en élimine les soldats âgés de moins de 22 ans.

Voyage , débarquement à Majunga. — A l'exception de l’épidémie développée sur le navire transportant le bataillon des Haoussas le transport des troupes à l'aller s’effectua, comme on I a vu, sans incidents bien notables. Cependant il eût été plus sage d’embarquer un moins grand nombre d’hommes à bord de chaque affrété.

A leur départ de France, les officiers et les soldats avaient reçu une* notice hygiénique leur signalant les principaux dangers des pays chauds, et les moyens de

s’en préserver. Au cours de la traversée, les officiers s’appliquèrent à donner à leurs hommes des explications et des enseignements sur cette matière ; ils s’efforcèrent, à Madagascar, d’appliquer les préceptes contenus dans la notice ; malheureusement la pratique ne fut pas toujours d’accord avec la théorie.

Pendant la durée du voyage, les conducteurs auxiliaires furent tous vaccinés. '

A l’arrivée à Majunga, plusieurs navires furent obligés de garder leurs passagers à bord pendant 1, 2 et 3 jours, parce que les moyens de débarquement manquaient. Ce retard dans le débarquement ne pouvait être préjudiciable qu'aux hommes embarqués en trop grand nombre sur des navires encombrés.

Sur les navires non encombrés il ne présentait aucun inconvénient. Bien plus, il eût été sage, et conforme aux données de la science comme à l’exemple fourni par lord Wolseley, de retarder davantage le débarquement des troupes, et de les envoyer au large, au lieu de les laisser stationner dans les marécages de la Bombetoke, pour y attendre^que la concentration et la préparation des divers éléments de transport, la constitution des approvisionnements, rendissent possible leur marche 'vers 1 a\ant. En grande partie les corps débarqués du /cr au 20 mai ne purent pas atteindre Suberbieville avant les premiers jours du mois de juillet, et n’v arrivèrent que réduits de moitié. Ce qui restait était épuisé et atteint déjà parle paludisme. L’impossibilité de les transporter immédiatement avec rapidité à Suberbieville et de les y nourrir étant reconnue, le parti le meilleur à prendre était de les renvoyer au large, sur les navires qui les transportaient, si le retard ne devait pas être de longue durée ; ou bien, dans le cas où le retard était de longue durée, les envoyer camper pendant un mois sur les pla-

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teaux de la Réunion, pour y attendre sans danger le moment d’être utilisés. — Ces troupes, arrivant intactes en juillet, seraient parvenues directement à Suberbieville par la voie fluviale, sur les chaloupes dont le montage était alors terminé. — L’expédition n’aurait pas subi un plus grand retard, et les troupes, toutes fraîches et en bon état, auraient entrepris avec plus de force la montée des premiers échelons du massif central.

N’était-il pas permis d'envisagercette solution? N'est-ce pas ainsi qu’avaient fait les Anglais en Abyssinie, aux Ashantis? N’est-ce pas ce qu'avait fait le général Lorencez et ce qu’avait tenté de faire après lui le général Forey au Mexique ? N’est-ce pas en somme ce qu’a fait le général Dodds au Dahomey? — Les uns et les autres s'étaient efforcés de se conformer à ce principe salutaire : n'ordonner le débarquement des troupes blanches qu au moment de l’action ou lorsqu’il est possible de gagner rapidement les hauteurs salubres ; les conserver jusque-là à 1 abri des influences des terres basses malsaines, soit en retardant leur départ de France, soit en retardant le débarquement et les maintenant à bord et au large, soit en les* retenant dans une colonie voisine et plus salubre ’ .

1. On se souvient que le général Forey, arrivant au Mexique, laissa à la Martinique'le corps d’armée qu’il conduisait, pour s y reposer et permettre la désinfection des navires de transport. Il continua seul la route jusqu’à Véra-Cruz avec un bataillon de chasseurs. Celui-ci fut rapidement décimé après son débarquement. Avant 1 arrivée du gros des troupes, instruit des dangers qu’elles couraient sur la côte le général prit des dispositions pour leur épargner un trop long séjour sur la côte, et un désastre comparable à celui des chasseurs.

Le général Dodds, arrivé au Dahomey depuis le mois de mai. donna des instructions pour ne faire envoyer les troupes qu au mois d’août, après que les dispositions nécessaires pour les recevoir et les mettre en marche sans retard auraient été prises.

La mortalité relativement faible des marins de la flottille de Madagascar (11,7 pour cent), soumis cependant à des travaux incessants

Le débarquement s’effectuait à toute heure du jour, sous le soleil, dans des embarcations sans abris. Dès qu ils avaient mis pied à terre, les soldats, sac au dos, s'avançaient dans le sable, par des chaleurs torrides, jusqu’au lieu assigné pour le bivouac.

Le débarquement de toutes les troupes à Majunga étant prévu dans le plan adopté, il devenait indispensable de préparer dans cette place des baraquements dans lesquels les troupes de passage auraient trouvé des abris confortables et sains, tenus en bon état de propreté par des coolies, approvisionnés d’eau potable et de moyens de propreté corporelle *. A défaut de ces installations de première nécessité, les hommes allaient camper sous la tente, à Marfoto comme en Afrique.

Campements ; marches ; corvées. — Les stationnements ont été nombreux et prolongés avant la formation de la colonne légère. Ainsi les 1" et 2e bataillons d’infanterie de marine ont séjourné pendant^rès d’un mois à Marahogole-Vieux, lieu très malsain, situé à trente kilomètres de Majunga ; le 3° bataillon est resté t't Maïfolo jusqu’au o juin, et ensuite à Marahogo jusqu’au 23 juin2. Les emplacements de bivouacs, assignés par l’état-major, étaient parfois situés dans des localités très insalubres. Mais une

de remorquage et de débarquement, mais couchant presque tous à borcl, fait mesurer l’avantage qu'il y avait à soustraire le plus longtemps possible les troupes au séjour à terre.

1. Au commencement de 1896 les troupes de relève débarquant à lamalave étaient logées dans des baraques en tôle ondulée, construites au ras du sol, sans vérandas, avec de rares ouvertures. Une chaleur atroce règne dans ces boites de fer, et fait courir les plus grands dangers aux hommes nouvellement débarqués et soumis déjà aux perturbations physiologiques d’un acclimatement qui commence.

2. Le 13” régiment de marine a mis 77 jours pour parcourir les 200 kilomètres qui séparent Majunga de Suberbieville ; soit 2 kil. 6 par jour, à peine.

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l'aule non moins grave était de faire occuper successivement le même bivouac par toutes les unilé% se suivant dans l’ordre de marche. Ces emplacements n'étant pas soumis à un nettoyage méthodique, comme auraient pu l’être les baraquements d'un camp régulier, il en résultait que le sol, les sources, les cours d'eau, étaient souillés, et que toutes les ressources locales étaient épuisées par les troupes passées les premières.

Certains bataillons furent obligés de camper sur des emplacements précédemment occupés par des convois de Somalis et de Kabyles. Ils furent atteints, pendant leur séjour sur ces bivouacs, par la fièvre typho-malariennë, qui causa de nombreux décès. C’était pour préserver ses troupes de ces accidents, que lord Wolseley avait recommandé aux chefs des colonnes anglaises de ne pas bivouaquer sur les camps de l’ennemi et sur les champs de bataille du pays des Ashantis.

A défaut d’autre appareil*, l’usage de la tente-abri s'imposait généralement dans ce pays où les centres habités sont rares. Mais elle constitue un abri insuffisant sous les tropiques, et il n’est pas possible de s'en servir pour l’installation d'un camp d’une certaine durée. Les soldats inexpérimentés qui se fiaient à cet abri et faisaient la sieste sous la tente, étaient exposés à des coups de chaleur. Ceux des officiers qui avaient la pratique des expéditions coloniales, empêchaient leurs hommes de rester au soleil immobiles, sous cette Voile, et même les obligeaient à aller chercher de la fraîcheur dans les ravins ou dans les bois lorsqu'il y en avait à proximité. 11 n’y avait pas d’inconvénients à agir ainsi, devant un ennemi sans audace.

Les soldats indigènes (Haoussas, Malgaches), circulant sans danger au soleil, avaient sur les autres l'avantage île pouvoir et de savoir construire rapidement (les abris

excellents, avec de la paille, des branches d’arbres, qu’ils allaient chercher dans le voisinage. Conséquence : les cadres européens des bataillons noirs avaient un état sanitaire bien meilleur que celui des autres bataillons.

Les vieux soldats de l'infanterie de marine et de la légion savaient aussi se débrouiller lorsqu’ils trouvaient sous la main des matériaux pour construire des abris. En quelques heures ils avaient édifié des cases à la mode tonkinoise ou malgache, au grand ébahissement des jeunes soldats des troupes métropolitaines qui, à côté d’eux, cuisaient avec résignation sous la tente-abri.

Dans les circonstances où l’emploi de la t*ente-abri s’imposait, il eût été bon de suivre la pratique de nos soldats du Soudan, qui recouvrent la toile avec des branches d arbre et de la paille, et ont ainsi un abri plus épais contre le soleil et la pluie.

Mais il était encore préférable de faire construire par des indigènes faisant partie de l’extrême avant-garde des baraquements semi permanents, véritables gîtes d’étapes tenus en bon état de propreté par des coolies, destinés aux unités s’avançant par échelons et condamnées à des stationnements prolongés. Les Anglais avaient donné en cette matière un "exemple des plus instructifs pendant les campagnes des Ashantis.

Avant la colonne légère, les étapes étaient généralement de 10 à 12 kilomètres. Les marches avaient lieu le matin et le soir, avec arrêt au milieu de la journée. Le départ pour la marche du soir avait lieu ordinairement vers o heures, de telle sorte qu’on arrivait très tard au bivouac. Il en résultait que les hommes, fatigués par la marche et les corvées de la journée, n’avaient pas le temps ou la force d’aller au bois et à l’eau, et se couchaient n’importe où sans manger. Mieux vaut peut-êlre encore partir de meilleure heure le matin, et faire une

seule marche plus longue, coupée par plusieurs haltes.

Les troupes ont eu à exécuter beaucoup de corvées et de travaux : aller au bois, à l’eau, aux vivres, escorter des convois, monter la garde à toute heure du jour, c’étaient là les obligations normales et journalières. Les coolies, attachés en nombre suffisant à chaque unité, auraient pu épargner aux combattants une partie de ces corvées et être chargés de la préparation, de l'installation, du nettoyage du camp, et aussi de la préparation des repas. L’escorte des convois et la garde de jour devraient toujours être exécutées par les troupes noires. Malheureusement, ces troupes étaient trop peu nombreuses pour qu’il fût possible d’en faire un usage rationnel et complet.

Le service de garde était quelquefois très chargé, certains corps de troupes, distants de 100 kilomètres des groupes ennemis les plus rapprochés, situés en arrière des forces d’avant-garde, étaient entourés de lignes serrées de sentinelles et d’avant-postes, de telle sorte que les hommes avaient à faire une nuit de garde sur deux.

Lesplus redoutablescorvées furent celles qu'imposaient le déchargement du matériel et des vivres, et surtout les travaux de route.

A Majunga comme sur la ligne d’étapes, des bataillons entiers, fantassins, artilleurs, noirs et blancs, furent occupés pendant de longs jours à décharger et à recharger, sous le soleil, les embarcations venant des navires, les chalands partant pour le haut du fleuve, les convois de voitures. Les coolies manquaient, les soldats les remplaçaient : il eût été plus économique et plus rationnel d’avoir moins de soldats à nourrir, et plus de coolies. Donc, les soldats, quittant le fusil, faisaient le métier de débardeurs. Il est tel bataillon qui n'a pas fait autre chose depuis son débarquement à Majunga. Ces braves gens, venus pour combattre un ennemi, et impatients de se

mesurer avec lui, se dévouaient avec abnégation à cette ingrate et unique besogne, sans montrer la moindre hésitation.

Quand ils ne marchaient pas, quand ils ne montaient pas la garde, quand ils n’étaient pas débardeurè, les soldais étaient terrassiers. Ils ont construit 340 kilomètres de route à travers les terres les plus malsaines de Madagascar. Blancs et noirs ont remué ce sol vierge recélant le poison palustre. C’est à ces travaux de terrassements que doitétre attribuée la plus grande partie de l’effrayante morbidité qui a frappé l’armée.

Les parasites, germes de la fièvre paludéenne, sont contenus en grande quantité dans les terres basses, humides marécageuses, riches en humus, sans culture. Ils y acquièrent une virulence extrême, sous l’action combinée de l'humidité, des matières végétales ou animales, et de la chaleur. Les terres montagneuses et sèches n’en sont pas toujours exemptes. Les soldats du génie, chargés de construire la route du sanatorium de Nossi-Comba,sur les flancs escarpés de 1 ilôt, furent frappés d’accès pernicieux. Eu temps ordinaire, les parasites du paludisme se répandent dans les eaux qui filtrent à travers les terres malariennes, ou dans l’atmosphère par l’évaporation que détermine la chaleur solaire. Mais si le sol est remué, si la couche superficielle est brisée, si les couches sous-jacentes où s’élaborent ces germes sont mises à jour, ces milieux de culture sont exposés à l’action du soleil, l’évaporation est énormément activée, et les émanations du sol deviennent redoutables. Les couches d’air les plus rapprochées de la surface sont aussi les plus riches en germes. Les travailleurs, penchés sur cette terre qu’ils entr’ouvrent, absorbent ainsi la plus forte dose de poison.

Ces notions, établies par de nombreuses et méthodiques observations, sont sorties du domaine des connais-

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sances spéculatives, pour entrer dans celui des notions vulgaires et des applications pratiques. Généralement admises, elles ont permis à l’hygiène de formuler des préceptes qui sont la base de la prophylaxie élémentaire des pays chauds.

Le Congrès international des médecins des colonies, réuni à Amsterdam en 1883, les a formulés en quelques conclusions nettes et brèves comme des aphorismes :

« Le sol marécageux et le sol vierge sont spécialement insalubres, d'autant plus que le climat est plus chaud.

« La colonisation européenne présente de très sérieux dangers quand les immigrés doivent travailler au grand air, exposés au soleil, quand ils doivent remanier des terrains vierges, ou cultiver le sol.

« Choisir des cultivateurs parmi les indigènes, parmi les gens de races qui habitent des climats analogues, ou parmi les individus qui, quoique provenant de climats tempérés, soient déjà bien acclimatés dans la colonie. »

Le Congrès d’hygiène, réuni à Vienne en 1887. avait adopté à l’unanimité les conclusions du rapport de M. Treille, dans lesquelles est renfermé ce principe essentiel : « C’est tolérer une chose absolument incompatible avec le maintien de sa santé, que de permettre à l'Européen de cultiver directement la terre sous l'équateur, à moins cependant qu'il ne soit établi, comme les Portugais à San Thomé,ou comme les Espagnols sur les . hauts plateaux des Andes, de 700 à 2,000 mètres d'altitude...

« Que fut au siècle dernier la désastreuse tentative de colonisation du lvourou, à la Guyane, sinon la démonstration évidente que des Européens ne peuvent, à peine débarqués, se livrer impunément au travail du défrichement sous les tropiques. »

A quoi ont servi ces préceptes, si formellement énoncés qu'ils devraient être des lois pour les gouvernements,

les chefs d’armée, et tous les conducteurs d’hommes ? A quoi ont servi les cruelles expériences du Soudan, du Tonkin, de Tourane?A quoi servaient les leçons de l’histoire même de Madagascar ? En arrivant à Nossi-Bé n’avait-on pas foulé sous les pieds cette pointe de terre où sont enfouis tant de soldats français morts pour 1 a\oir remuée ? Le nom que les Malgaches ont donné à cette pointe : « Lieu où il est dangereux de remuer la terre », ne devait-il pas frapper les esprits comme un ertissement solennel et providentiel adressé à ceux qui se préparaient à mettre le pied sur la Grande Ile, si redoutable aux Européens ?

Si les leçons du passé et les lois de la science avaient été jusque-là impuissantes contre l’erreur, du moins cette inscription que la terre malgache porte au fronton de sa porte était capable d’en imposer aux plus audacieux. Elle indiquait le danger, et indiquait aussi la préservation. Mais ce dernier signe, placé par la Providence sur le chemin de l’armée, ne fut pas plus vu que n’avaient été entendues les voix du passé. Le plan conçu reçut sa rigoureuse exécution,

Aujourd’hui encore l’erreur persiste, et, fait plus grave, malgré le prix douloureux dont a été payée l’exjDérience,

1 action néfaste des travaux de^terre est contestée, niée même . cette justification prépare donc Je retour de l’erreur. Voici, en effet, comments’exprime le rapport officiel :

« Beaucoup de personnes ont pensé que le port du sac et le travail de construction de la route ont été pour beaucoup dans le développement des fièvres palustres qui ont si gravement atteint nos soldats , surtout ceux des bataillons métropolitains , du corps expéditionnaire. Sans aller à 1 encontre de cette théorie, que corrobore l’avis conforme de beaucoup d autorités médicales, on doit faire cependant remarquer que les cavaliers du 10° escadron, les

canonniers, les secrétaires elles ordonnances, qui ne portaient pas le havre-sac et n’ont jamais travaillé à la route, ont été, proportionnellement à leur effectif, au moins aussi éprouvés par la fièvre, que les hommes de 1 infanterie ».

D’après ce qui précède, attribuer au travail de la terre des dangers pour la santé, c’est le fait d'une théorie ! Théorie aussi, l’influence exercée par le remuement de la terre vierge et marécageuse, sur l'explosion du paludisme ! Les faits relatés par l'histoire auraient-ils donc une autre signification ? Que signifie ce passage de ce même rapport : « Les compagnies du génies']/ consacrèrent (aux travaux de route ) tout d’abord à peu près seules, avec un zèle et un dévouement qu’elles payèrent bientôt d’une effrayante réduction d'effectifs »?

Et en effet, la statistique, implacable et irréfutable, relève, pour les compagnies du génie : 387 morts sur GOÜ hommes d'effectif1.

Soit : 64,5 pour 100 hommes (3 décès pour 5 hommes;. C’est la plus forte mortalité du corps expéditionnaire !

Les sections de commis, secrétaires d’état-major, gendarmes, ouvriers d’administration, infirmiers, etc., etc.: 209 morts sur 1000 hommes.

Soit : 20,9 pour 100 hommes (1 décès pour 5 hommes). (Les infirmiers en fournissent la plus grande part.

Voilà ce que dit la statistique établie d'après les chiffres officiels. Voilà les faits corroborant avec une force douloureuse l’avis méconnu des autorités médicales et de l’histoire. Plus tard, il faudra dire aussi, en montrant la longue route de Majunga à Andriba : « Lieux où il est dangereux de remuer la terre ». — Mais cet enseignement portera-t-il ses fruits? N’y a-t-il pas lieu d’en désespérer.

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