chameaux
2.300 mulets de réquisition, sans compter les mulets du train.
Jamais on n’avait vu en Afrique un convoi aussi considérable. Il dépassait de beaucoup celui de la colonne dirigée par le général Wimpfen dans le Sud-Oranais, où il est resté dans les annales, et qui ne comptait que 4.500 chameaux. Le résultat fut concluant : l’état sanitaire de la colonne Forgemol fut excellent. — Après une marche de 19 jours, les 10 bataillons n’ont pas eu 20 malades en tout. Voilà un résultat magnifique, capable de consoler ceux qui, trop soucieux de la belle ordonnance de l’armée, ne voient dans ces longs convois qu’une image des armées de « Barbares ».
Pour 15.000 hommes de troupe, à Madagascar, il n’y eut pas 7.000 mulets ; et cependant, il fallait parcourir une ligne d’opérations de 500 kilomètres. Le train du corps devait être formé par des voitures Lefebvre, (30 environ par bataillon). Quant à l’infirmerie des bataillons, elle avait en tout 5 mulets et 8 Kabyles. Les voilures ne pouvaient pas suivre, et les mulets de bàt furent insuffisants.
Les hommes furent donc obligés de porter le sac ; ils le portaient alors même qu’ils étaient déjà fatigués, et malades à l’infirmerie. Quelques officiers expérimentés s’efforcèrent de pallier les inconvénients de cet état de choses, en allégeant le sac des objets qui n’étaient pas immédiatement nécessaires. Mais les ressources des hommes étaient ainsi diminuées.
Le port du sac resta une obligation inéluctable, si bien ' que, pendant la colonne légère, alors qu’il fallait faire parcourir à des fantassins déjà épuisés 180 kilomètres en 17 jours, à travers un pays montagneux et sans route, le port du sac fut maintenu, et les propositions faites pour le remplacer par divers paquetages éprouvés, furent écartées.
Devant la nécessité de se conformer à ce principe, que les enseignements de la guerre ne paraissent pas avoir entamé, dans certains corps de troupes on fit jeter le contenu du sac, que les hommes jwrièrent vide, ou à peu près. Il fallait bien marcher, et, pour cela, diminuer le poids à porter. Or, il fallait conserver le sac; on abandonna le contenu, et on garda le contenant!... El les hommes purent entrer sac au dos à Tananarive ! ...
Alimentation. — La ration de campagne, telle qu'elle avait été prévue, était satisfaisante; d’une manière générale. les distributions ont toujours été exécutées avec régularité.
L’allocation de tafia est critiquable, et même condamnable. Cette boisson alcoolique devrait n’ètre distribuée que dans des circonstances exceptionnelles, sur l'avis des médecins. En temps ordinaire, elle serait avantageusement remplacée par une ration supplémentaire de thé et de sucre.
En fait, le vin a été exceptionnellement distribué aux troupes. Le tafia a été délivré en quantité équivalente, en son lieu el place. Il figurait seul dans la ration de la colonne légère. C’est une solution des plus regrettables. Assurément, le vin est difficilement transportable en grande quantités, et on peut admettre que la colonne légère n’ait pas pu en recevoir pendant la marche assez rapide qu’elle a exécutée. Dans ce cas, il était préférable de remplacer le vin par des infusions de thé sucré.
Il est à remarquer que les colonnes françaises qui ont exécuté dans le Soudan, en 1886-1887-1888, des marches rapides à grands rayons, ne manquèrent jamais de pain ni de vin. En admettant que l’approvisionnement de la colonne légère, à Madagascar, offrit des difficultés insurmontables, il n’en était pas de même lorsque les troupes cheminaient lentement ou stationnaient le long de la Bombe loUe et à Suberbieville.
mesures hygiéniques générales 455
Le récipient qui se prête le mieux au transport, tel qu il est pratiqué dans les pays à porteurs, esl la damejeanne du modèle adopté par l’Administration des colonies : bouteille de forme cylihdro-ogivale avec revêtement en liège, présentant deux anses où peuvent être passés des bambous. Deux de ces bonbonnes, d'une contenance de lù à 20 litres chacune, peuvent être aisément portées en balaneierpar un homme.
La viande fraîche a rarement manqué. Des troupeaux suivant les colonnes donnaient un appoint certain et précieux à l’aHmentation.
Le pain frais a été rarement distribué aux corps de troupes. Les hommes recevaient ordinairement du pain de guerre, qu’ils déclaraient unanimement bien supérieur al ancien biscuit. Si avantageuse que soit cette préparation, elle ne doit cependant constituer qu’une ressource destinée à permettre les marches rapides/à pourvoir les détachements. Mais les troupes stationnant durant plusieurs jours dans des campements où les unités se succèdent, les troupes de passage dans les gîtes d’étapes, devraient pouvoir compter toujours sur des distributions de pain frais1. L’outillage considérable et perfectionné dont dispose l’Administration de la guerre laissait espérer que les hommes bénéficieraient du changement survenu dans la haute direction des opérations de guerre coloniale. Il n’en a rien été. On a mangé du pain de guerre, au lieu de manger du biscuit.
1. La arme était expédiée en sacs, ce qui l’expose, dans ces pays chauds et humides, à des avaries plus nombreuses et plus rapides Depuis dix ans déjà, l’Administration des colonies a été amenée, pour evitei ces pertes autant que pour faciliter le transport à grande disance et assurer aux garnisons éloignées de la farine én bon état à lairc expédier les farines en petites boites de fer-blanc soudées contenues dans une cage en bois.
436 L’EXPÉDITION de MADAGASCAR
Le matériel des subsistances possédait 24 fours de station et 3(5 fours démontables, pouvant produire ensemble 18.Ü0U rations par jour.
L’eau potable, d’après les instructions, devait être soigneusement filtrée ou bouillie. Mais, bien que les circulaires aient été multipliées, les filtres n'étaient pas en assez grand nombre. Plusieurs corps de troupes n’en avaient pas. Quelques officiers expérimentés en avaient fait acheter pour leurs hommes L Les appareils distillatoires et les filtres Chamberland de Majunga étaient insuffisants pour satisfaire aux besoins de cette place. Les hôpitaux eux-mêmes étaient insuffisamment approvisionnés. Les filtres Maignen, ne donnant pas de bons résultats, leur emploi fut supprimé.
En somme, les hommes buvaient 1 eau qu ils rencontraient. Dans la partie montagneuse de l'ile. des torrents et des rivières, rencontrés à chaque pas, fournissaient en abondance de l’eau de bonne qualité. Quelquefois cependant des campements d indigènes, placés en amont des campements de troupes blanches, ont contaminé les cours d’eau.
Dans les terres basses, la bonne eau potable était plus rare. La dysenterie a sévi sur les troupes avant l'arrivée à Suberbieville. Ceux qui étaient assez sages pour faire usage d’infusion de thé, parvinrent à se préserver, et conservèrent un état général bien supérieur à celui des autres hommes. Il n’est pas inutile de consigner cette observation, qui est une confirmation nouvelle de la valeur
1. Une réforme très désirable dans les corps de troupes européens coloniaux, c'est l’attribution à chaque compagnie, d'un certain nombre de cuisiniers et porteurs d’eau indigènes chargés de préparer les repas pour les soldats européens fatigués parla marche, daller chercher l’eau et la faire bouillir. Ce sont des corvées très pénibles à exécuter pour les Européens, sous l’ardcur du soleil et devant le feu des foyers.
*nStâeelÀde ^ hoisson en l,sa8e dans l'armée glaise et dans les populations de l’Extrême-Orient
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Mcsu? la generales. Un ensemble de précautions avait J c e pour piéserver les troupes de l’alcoolisme de quelques maladies très répandues à Madagascar comme la variole et la syphilis.
La vente des boissons alcooliques frelatées, colportées
438 l’expédition de Madagascar
par des mercantis sans scrupules à la suite des armées, avait été sévèrement interdite. C'est une mesure à laquelle on doit applaudir, mais qu’il aurait lallu rendre complète en supprimant les distributions réglementaires du talia, acheté, pour une certaine part, a Maurice, colonie anglaise. L’alcool de canne n’est pas inoffensif lorsque la distillation, conduite sans soins, entraîne tous les alcools, et n'est pas complétée par une rectification éliminant les produits nocifs. Pris à jeûn, le matin ou avant le repas, d'un seul irait, ainsi que les troupiers et les marins ont l'habitude de le faire, cette boisson alcoolique, après avoir produit une stimulation passagère quelquefois utile, et qui la fait rechercher, porte un préjudice irrémédiable au fonctionment des organes de la digestion. Ces troubles digestifs, entravant l’absorption et la nutrition, viennent s'ajouter aux autres causes de dépérissement. Aussi est-il sage et logique d’étendre l’interdiction des boissons alcooliques frelatées, vendues dans les boutiques des mercantis, au tafia moins nocif de l’Administration.
La prophylaxie des maladies vénériennes ne pouvait pas être organisée d’une manière pratique. L'action ne pouvait être qu’unilatérale. Il fallait se borner à donner aux hommes des avertissements, des conseils... puis des soins, et à soumettre les malades à une surveillance particulière. C'est ce qui fut fait dans la mesure du possible.
Tous les soldats et tous les coolies avaient été vaccinés ou revaccinés au cours de la traversée. Les "volontaires de la Réunion avaient été l'objet de soins particuliers à cet égard, parce qu’une épidémie de variole sévissait dans l’île au moment de la levée de ce bataillon. Le corps expéditionnaire, par ces sages mesures appliquées avec rigueur, a été absolument préservé de cette maladie.
Il n'en a pas été de même de la fièvre typhoïde et de la lièvre typho-malarienne. Le L)r J. Lémure estime que
la fièvre typhoïde s’est développée à la suite du débarquement de quelques soldats arrivant de France, et atteints de cette affection pendant la traversée. L’encombrement créé sur quelques-uns des navires-transports, avait en effet provoqué l’apparition de cette maladie chez quelques hommes. Mais elle prit une réelle extension dans les camps où les troupes stationnèrent longtemps.
; Il est permis de croire que ces troupes ont trouvé dans les bivouacs, souillés par les passages successifs de plusieurs bataillons et de nombreux détachements de coolies, les conditions les plus favorables au développement et à la propagation de cette maladie infectieuse. La propreté élémentaire et les règles de l’hygiène avaient été méconnues dans la disposition et l’entretien de ces camps. Il est à remarquer que les bataillons stationnés le plus longtemps, furent aussi les plus éprouvés par la fièvre typhoïde.
La fièvre typhoïde se greffa bien vite sur la fièvre paludéenne, pour produire cette redoutable association dénommée : fièvre typho-malarienne, un des fléaux des troupes expéditionnaires dans les pays chauds. Elle prit les formes les plus graves et les allures d'une épidémie. Elle occasionna une grande mortalité.
Le choléra n a pas sévi : il ne menaçait pas beaucoup, ni de près, le corps expéditionnaire. Depuis de longues années, et sans que l’île soit préservée par des mesures sanitaires, le choléra, toujours menaçant dans l’Inde, n’a pas paru dans 1 île. Des circonstances heureuses, plus encore que les mesures prophylactiques prises, ont donc favorisé le corps expéditionnaire.
Le refus de recevoir les coolies annamites montrait un juste souci d’écarter tout élément susceptible à un degré quelconque d importer le choléra. Mais les provenances de pays tels que l’Inde anglaise, les îles de la Sonde,
n’étaienl soumises à aucune prohibition ou prophylaxie réelle. Or, les circonscriptions de Majunga, Tamatave et Diégo-Suarez étaient seules protégées par une police sanitaire, contre les provenances extérieures. Encore convientil d’ajouter que les moyens de préservation (lieux d'isolement, appareils de désinfection, personnel sanitaire) étaient si imparfaits à Majunga et à Tamatave, qu'il eût été bien difficile de se préserver efficacement contre les provenances de l'Inde, qui s'infiltrent sur toute l’étendue de la côte par les boutres arabes. Partout ailleurs les abords de l'ile ne pouvaient pas être défendus.
Les coolies annamites et chinois constituaient un danger bien moins redoutable, car ils pouvaient être, avant leur embarquement à Haïphong et Saïgon. l’objet des mesures préservatrices édictées avec précision par les règlements sanitaires, et dont l'application a permis, de nos jours, l’introduction en France, sans quarantaines, de toutes les provenances des pays contaminés par le choléra. La mesure d’exclusion prise contre ces coolies, excessive dans sa rigueur et dans sa sagesse, a privé le corps expéditionnaire de plusieurs milliers de bras qui étaient indispensables.
C’estdans de telles circonstances qu'apparaît bien nettement la nécessité d’adjoindre à la Direction générale du service de santé, un médecin, d'un grade élevé, chargé de la police sanitaire et de l’hygiène sur les lignes de l’arrière et à la base maritime. Ce médecin, le Sanitary officier des Anglais, est le second du médecin-directeur des formations sanitaires de l’arrière, dont la création compléterait utilement le système du service médical de l’armée.
Est-il permis d’espérer que des vœux, tendant à donner au service de santé un complément d’organisation néces-
s«ire, reçoivent un jour une réalisation, alors que dans celte derrière expédition, préparée méthodiquement, avec l’expérience de beaucoup d'autres expéditions, le service médical, chargé d’un rôle capital, resta dans une étroite subordination, privé d’initiative et de moyens d’action indépendants ?
Administration de la quinine. — Parmi les mesures de préservation préconisées et réglementairement appliquées, 1 administration préventive de la quinine était une de celles sur lesquelles on comptait le plus.
Le paludisme a ravagé le corps expéditionnaire. Il ne faut pas se hâter de tirer une conclusion quelconque de cette nouvelle expérience, susceptible de faire condamner la pratique de l’administration préventive de la quinine, car elle a été effectuée d’une manière très défectueuse. Partisans et adversaires de cette pratique ne pourront tirer argument des résultats constatés, car l’administration des remèdes a été faite très irrégulièrement., Au moment où les circulaires étaient multipliées pour recommander cette précaution, la quinine manquait dans les cantines des corps de troupes. La mesure était donc inapplicable.
Le D1 Quennec a pu cependant l’appliquer avec une certaine exactitude sur le petit détachement d’infanterie de marine venu de Diégo-Suarez à Majunga, au mois de janvier, et recueillir les observations portant sur une période d un mois et demi environ. Il estime que la faible proportion de cas graves de paludisme constatés parmi ces hommes, est due à l’absorption journalière de 20 centigrammes de sulfate de quinine, administrés avant le café du matin. Les jours de grande fatigue, une seconde dose était administrée' le soir à 5 heures avant le dîner. La conclusion de ses observations est que la quinine est insuffisante à préserver l’homme dos atteintes du
paludisme, mais qu’elle peut en atténuer les effets*.
Mais lorsque les privations, les fatigues et les maladies ont débilité l’organisme, porté atteinte aux fonctions de digestion et ‘ de nutrition, la quinine administrée parla voie stomacale n’exerce bientôt plus d’action suffisante ni préventive, ni curative, ni atténuante. Les doses massives elles-mêmes restent sans effet. Une seule ressource reste alors au médecin : administrer la quinine par la voie sous-cutanée, intra-cellulaire.
Quelques accidents tétaniques ou d’infection produits par des injections sous-cutanées provoquèrent l'interdiction absolue et générale de l’administration delà quinine par cette voie. Cette interdiction privait les malades du moyen le plus sûr de lutter contre le paludisme grave ou tenace. Cependant, lorsque ces injections sont pratiquées avec des précautions antiseptiques suffisantes, elles n’ont pas les inconvénients qui provoquèrent leur interdiction. Il appartient à chaque médecin traitant de s'entourer de ces précautions, lorsque les moyens matériels nécessaires pour les appliquer lui ont été fournis, et de se servir de ce moyen précieux sous sa responsabilité et sur son initiative qu’il importe de respecter1 2.
Quoi qu’il en soit, l’administration préventive de la quinine ne peut compter que comme un moyen très secondaire de préservation. Un faiblecontre-poisondevienl sans action quand le poison est versé chaque jour et à
1. C.es conclusions n’ont pas toute la portée qu’elles pourraient avoir, car les hommes observés venaient de Diégo-Suarez, et pouvaient être par conséquent déjà impaludés.
2. Dans les hôpitaux militaires coloniaux, les injections souscutanées sont pratiquées journellement sans inconvénients. Certains médecins des colonies en font même le mode d’administration de la quinine le plus usuel, peu près exclusif dans les cas graves ou rebelles.
pleins bords au patient. Les moyens de préservation bien plus efficaces étaient la traversée rapide et l’éloignement es régions insalubres, le transport des troupes par voie
uviale, le soin d 'épargner les travaux de terreaux soldats européens.