‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 129 sur 133 · SS · texte numérisé non relu

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Delà comparaison qui précède découle cette conclusion . aucune expédition n’a coûté une aussi forte proportion d’hommes tués par la maladie. Des expéditions françaises faites il y a plus de trente ans, avec une connaissance très imparfaite des pays chauds, des moyens bien inférieurs et une préparation nulle, ont été beaucoup moins meurtrières. En effet, le classement d'après le taux de la mortalité donne la progression suivante :

Tonkin, 1834

Tunisie, 1181

Mexique, 1862-1863. .

Tonkin, 1885

l’ahomev, 1893,

id. 1887.

Cochinchine, 1863.

Cochinchine, 1862. . .

Chine, id.

63,00 déc. p. mille

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Pas d’épidémie.

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Epid.de fièvre jaune.

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Pas d'épidémie.

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Epid. de choléra.

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Pas d'épidémie.

Epid. de choléra.

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Pas d'épidémie.

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Soudan, 1885-1886 id. 1886-1887.

id. 1884-1885.

id. 1883-1884.

Madagascar, 1895. . . .

Les expéditions anglaises figurant dans les tableaux précédents donnent la progression suivante .

Soudan, 1885 2,20 pour mille. Pas d epidemie.

Ashantis, 1873-1874. ... 18,00 pour mille. ld-

Afghanistan, 1878-1879.... 89,00 pour mille. Epidémie de choie. a.

Il résulte de cette comparaison que l’expédition de Madagascar, sans épidémie, a fourni une mortalité .

Quatre fois plus forte que celle de l'expédition du Mexique, pendant laquelle a sévi la fièvre jaune,

Quatre fois plus forte que celle de l’expédition du

Tonkin en 1885, année de choléra et des grandes opérations militaires ;

Trois lois et demie plus forte que celle de l’expédition du Dahomey;

Deux fois (et une fraction) plus forte que celle de l’expédition de Cochinchine en 1861, année de choléra;

Plus foi te que celles des années les plus mauvaises du Soudan ;

Seize fois plus forte que la mortalité des Anglais aux Ashantis vingt-deux ai\s auparavant.

L’expédition de Madagascar s’est exécutée cependant dans un pays offrant un cours d’eau navigable sur un parcours de près de 200 kilomètres pour des canonnières, précisément dans la région insalubre, et présentant, à 300 kilomètres de la côte, des hauteurs qu’il suffisait d atteindre pour être à l’abri des maladies endémiques. Le danger de ces maladies était donc limité à la côte et aux terres basses, dans une zone franchissable sur les deux tiers de son étendue par une voie fluviale. D’ailleurs l’insalubrité de cette zone était ji peine égale et même inférieure à celle du littoral du Mexique (foyer de fièvre jaune), à 1 insalubrité de la Cochinchine (foyer de choléra), à l'insalubrité du Dahomey. D’autre part, une longue préparation, une connaissance du pays plus complète que dans toute autre expédition, des notions plus exactes sur les maladies des pays chauds et l’hygiène applicable, une plus grande richesse de moyens prophylactiques, un matériel perfectionné, constituaient autant d’avantages en faveur du corps expéditionnaire de Madagascar. Enfin,

1 ennemi n’a pas offert une résistance capable d’entraver la marche de l’armée.

En dépit de ces conditions favorables, la mortalité dépasse dans des proportions formidables la mortalité de toutes les grandes expéditions faites jusqu’à ce jour.

Le rapport officiel fait remarquer que le corps expéditionnaire a été préservé de toute épidémie. 11 faut, en effet, s’en féliciter, car si, par malheur, une épidémie de choléra ou de fièvre jaune était venue s'abattre sur le corps expéditionnaire, on peut se demander combien d’hommes seraient revenus de Madagascar. Grâce à cette heureuse circonstance, cette expédition a été moins désastreuse que celle de Saint-Domingue.

A quoi faut-il attribuer la situation sanitaire désastreuse des troupes de Madagascar ? L’étyde qui précède a fait ressortir avec quelque détail les fautes commises et les circonstances fâcheuses aggravant la situation sanitaire. Mais la cause principale de cette énorme mortalité, celle qui domine les autres de sa toute-puissance, et dont l’action isolée suffisait à produire la majorité des pertes, c’est la construction de la route par les troupes. La progression de la mortalité marche parallèlement avec l’extension des travaux, la généralisation de 1 emploi des troupes à cette opération, et proportionnellement au nombre des jours de travail. La statistique a montré par des signes irréfutables que les corps les plus éprou\és sont aussi ceux qui furent le plus longtemps employés à ces travaux.

Dans les autres expéditions coloniales faites par les Français, les soldats avaient été également soumis aux fatigues .de la marche sous le soleil, à des privations pénibles ; autant et quelquefois plus qu’à Madagascar, ils avaient manqué du matériel nécessaire, de moyens de transport, de vivres frais, d eau de bonne qualité; ils n’avaient pas eu l’équipement approprié au climat, ils avaient aussi porté le sac, et avaient dù suppléer souvent par l’improvisation à ce qui leur manquait; ils avaient traversé même des épidémies redoutables. Toutes ces causes réunies avaient entraîné une mortalité considé-

rable, beaucoup plus élevée que celle éprouvée par les Anglais dans des expéditions analogues, mais encore bien moins élevée que celle de Madagascar.

Si, a Madagascar, la proportion des pertes a dépassé celle des expéditions les plus meurtrières, sans qu'une épidémie de lièvre jaune ou de choléra ait frappé les troupes, c’est qu’une cause très puissante est venue joindre ses etlets à ceux de toutes les fautes commises dans les précédentes expéditions, et renouvelées dans cette circonstance. Cette cause, c’est le remuement de la terre palustre pendant plus de quatre mois !

Dans bien des guerres coloniales, les troupes ont séjourné dans les plaines marécageuses, insalubres, pendant très longtemps, beaucoup plus longtemps qu'à Madagascar où les montagnes offraient un refuge facilement accessible. Mais ce séjour n’a pas suffi pour causer des pertes aussi grandes. Mais chaque fois que des travaux de terre étaient exécutés (camp de Chu, route de Lang-son, Tourane), la mortalité s’élevait rapidement, et si elle n’a pas été plus grande c’est que les travaux ont été de courte durée.

A Madagascar, ils ont'duré plus de quatre mois ! Il fallut, pour les faire cesser, que l’état sanitaire des troupes fût déplorable, et que l’approche de la mauvaise saison exigeât une prompte solution de la guerre. A partir de ce moment l’armée avança à travers les régions les plus difficiles du massif de l’Emyrne, sans avoir besoin" de la route, et exécuta un parcours de 1H0 kilomètres en 17 jours. De Majunga à Marololo, le fleuve était l’unique voie suivie par les convois. La seule partie de cette longue route, de 350 kilomètres environ, qui fut utilisée effectivement, fut le tronçon compris entre Marololo et Andriba. Le reste, de Majunga à Marololo, est resté sans emploi. De ce travail colossal, accompli avec une incomparable abnégation eL

une indomptable ténacité, il restait une voie de 130 kilomètres de long. C’était la partie indispensable : le résultat n’aurai l-il pas pu être obtenu avec moins de sacrifices et moins de troupes ?

Les travaux, restreints au tronçon de route compris entre Marololo et Àndriba, auraient dû être exécutés par des coolies, en arrière de l'armée, pour permettre le passage des convois de ravitaillement.

Les autres causes, relativement secondaires, Aiennent renforcer celte cause principale dont quelques-unes découlent. De la résolution, prise dès 1 origine, de faire une route de terre, sont résultés :

L’envoi etle montage tardif des éléments de la flottille, qui n’est pas destinée, en principe, au transport des troupes ;

Le chiffre insuffisant des éléments de la flottille;

L’envoi d’un nombre énorme de voitures Lefebvre en partie inutilisables;

Le chiffre insuffisant de bâts pour mulets et d'animaux de bât ;

Le chiffre insuffisant de coolies porteurs ;

Le débarquement prématuré des troupes, sans abris et sans approvisionnements suffisants pour saAancer,

La nécessité du débarquement des troupes et de leur échelonnement dans les terres basses pour 1 exécution des travaux de route, au lieu du transport de ces troupes par la voie fluviale ;

Le stationnement prolongé des troupes dans les terres basses, parce que les travaux de route a\ançaient trop lentement pour permettre le ravitaillement à l’avant;

Le travail au soleil; l’escorte des convois par voie de terre ;

L’adoption des voitures Lefebvre pour le transport des

malades, au lieu de l’emploi, seul recommandé, du transport à dos d’homme ;

Les chargements défectueux des navires encombrés de voitures;

La nécessité de construire des ponts restés ensuite inutiles.

Telles sont les principales conséquences fâcheuses de la construction de la roule.

Il est inutile de revenir sur la constitution du corps expéditionnaire, et l’organisation des services. Mais l’insuffisance de 1 organisation sanitaire, les erreurs commises dans l'installation des sanatoria et des hôpitaux, la subordination étroite du service de santé, la suppression de ses moyens propres de transport, la situation subalterne qu il avait, tandis que les circonstances lui faisaient assumer le rôle capital, ces conditions méritent d’attirer et de retenir particulièrement l’attention.

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