‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 15 sur 133 · Revue militaire de l’étranger, 1S · texte numérisé non relu

Revue militaire de l’étranger, 1S

/ Viande de conserve 1 livre

Viande fraîche 1 livre 1/4

i Pain 1 livre 1/4

l Biscuit , 1 livre

^ Thé 1/3 once

La ration est y Café 1/3 once

ainsi composée: j Sucre 2 onces 1/4

I Sel 1/2 once

I Poivre 1/36 once

Pommes de terre ou végétaux frais 3/4 livre

1 Comprimés 1 once

\ Eau 1/2 gallon'

Extraordinairement , on pouvait accorder une distribution de rhum (1/6 V' de gallon).

Suivant les circonstances on délivrerait 1/2 once jus de citron et un supplément de I /4 once de sucre.

Le matériel du service de santé était forcément restreint, puisque les hôpitaux de campagne avaient été renvoyés en Angleterre en 1882. On ne put mettre sur pied qu un hôpital mobile de campagne. Malgré la défense générale d’emporter des voilures, on toléra cependant l'envoi des voitures d’eau réglementaires et de quatre voitures d’ambulance.

Le reste du matériel médical était fixé ainsi :

\ brancards par compagnie '

!» paires de cacolets

!» paires de litières^ / par régiment

1 paire de panr9 de campagne

2 havresacs 2 bidons

Le 16 février, trois jours après la réception des ordres, le matériel médical était expédié par voie ferrée à Suez, et embarqué le 18.

hn même temps, le médecin général de l’armée 1. Le gallon vaut un peu moins de 5 lilres.

ou corps.

d’Égypte avait installé à Suez un hôpital pour 200 malades. Les malades seraient’ transportés de la base d opérations dans cet hôpital établi dans la partie de la basse Égypte qui présente le meilleur climat et qui est située à trois jours à peine de lraxrersée de Trinkitat et de Souakim.

Le général en chef de 1 expédition s embarqua le 10 à Suez. Le 22, dix jours apres que l'ordre télégraphique eut été expédié de Londres , le Zaq Azig arrivait à Tinkitat. Déjà le bataillon de highlanders était à terre, et sur rade il y avait deux steamers faisant de l’eau distillée pour les troupes qui allaient arriver.

Le 23 février , le Binaldo apportait l'hôpital de campagne, et le personnel médical. Le débarquement s effectua en quelques heures, et dès le lendemain l'hôpital avait dressé ses tentes et était prêt à recevoir des malades.

Le 27 février arrivait VOrontes, emménagé en navirehôpital, pour recevoir 300 malades.

Les opérations commencèrent le 25 février.

Les hommes portaient leurs armes, 100 cartouches, les grands manteaux. Les couvertures étaient laissées aux bagages. Une visite médicale sévère élimina tous les malingres, et le 28, après le repas, on marche sur Fort- Baker.

La colonne comprenait une lre brigade d'infanterie avec le. royal engineers, et une 2" brigade d’infanterie avec la brigade navale et I batterie montée. Derrière la 2° brigade marchait 1 médecin, I quartier-maître et 36 sous-officiers et soldais de l'Arm y hospital corps avec 12 chameaux et 12 mulets portant le matériel médical el chirurgical nécessaire à une seule station de pansement (cacolels, litières, brancards régimentaires ou d'ambulance). Les hommes portaient sur eux un jour de vivres.

Le 29, un combat a lieu, dans lequel le corps expéditionnaire éprouve des perles sérieuses :

. ( 't officiers,

rués !

( 92 sous-officiers et soldats ;

( I 4 officiers,

5 esses. | | 8ous-officiers et soldats.

Le détachement sanitaire laissé à Fort-Baker arriva aussitût. Dès le lendemain, on envoya de la base d’opérations 100 mulets en supplément; tout le personnel et le matériel disponibles furent aussi expédiés. Une première évacuation de 86 blessés eut lieu ce jour-là, sur des voitures, des cacolets ou des litières ; 37 autres blessés furent évacués le lendemain sur des brancards portés chacun par 4 coolies indigènes ; I \ coolies suivaient en réserve.

Tous les blessés furent réunis sur le Jumnu , qui était venu se joindre à VOrontes, sur rade, et évacués ensuite sur Suez.

Le premier convoi de blessés envoyé à l’hôpital de Suez y arriva le 9 mars. De là on les dirigea plus tard sur le Caire.

Le but de l’expédition ayant été atteint, Tokkar fut évacué le 4 mars. Le 5, toutes les troupes étaient réunies à Trinkitar où, après un séjour de 48 heures, elles réembarquèrent pour aller à Souakim. Un hôpital de campagne de 200 lits y est installé.

Les opérations militaires commencent le 10 ; on marche sur Tamoï par une chaleur étouffante. 5 coups de chaleur se produisent. Les eaux des puits de Tamoï et du torrent de Tamanieh sont reconnues suspectes. Les hommes ne consomment que de l’eau distillée ; aussi n'observe-t on aucune indisposition sérieuse.

Dans les combats livrés le 12 et le 13, il y eut des blessés en assez grand nombre. Évacués aussitôt sur

Souakim, ils y furent embarqués sur le Jumnu qui partit le 16 mars pour les transporter à Suez.

Les brancardiers étaient en nombre insuffisant : 200 blue jackets envoyés pour aider au transport des blessés arrivèrent à Souakim exténués et les pieds blessés.

La campagne était terminée : elle avait duré six semaines.

Sur un effectif de 1.500 hommes, tous Européens, il y avait eu :

125 hommes tués, soit 33,36 pour 1.000 hommes ;

198 hommes blessés, soit 19,27 pour 1.000 hommes :

271 hommes malades, soit 60 pour 1.000 hommes.

Le petit nombre de malades qu'il y eut pendant cette campagne, très courte il est vrai, mais très pénible et hâtivement organisée, est digne d’être remarqué. Il est dû au soin que l’on a pris de ne faire séjourner les Européens dans ces régions torrides que pendant le temps strictement nécessaire à l’opération militaire projetée : à la précaution prise de ne leur faire porter aucune autre charge que celle de leurs armes, de leurs munitions et de leurs manteaux : à l’obligation de ne consommer que de l’eau distillée.

Remarquons que dans ce but des navires munis d'appareils distillatoires étaient rendus au port de débarquement. avant l'arrivée îles troupes. Enfin les malades ont été très rapidement évacués sur les navires-hôpitaux, et de là à Suez.

Cette courte expédition a montré une fois de plus la nécessité d’affecter aux ambulances des moyens de transport exclusivement attabhés à leur service. Les animaux de bât ou de ti^iit. qui furent employés pour le transport des blessés furent empruntés à d’autres services. Ils étaient déjà très fatigués. Les litières, chargées sur des mulets qui n’étaient pas dressés à ce transport,

ne rendirent pas les services qu’on en attendait.

■J 88. 5. Au commencement de l’année 1885, une nouvelle expédition est dirigée sur Souakim. L’effectif des troupes fut de 7.233 hommes.

Le J \ février, le I)1 T. Crawford, directeur général du service de santé au ministère^de la Guerre, envoie des instructions pour l’organisation du service de santé et les mesures d'hvgiène à prendre.

Il rappelle tout d’abord que dans la région du haut Nil où l’expédition va se faire, la température dans cette saison est en moyenne de 27° 5 à 30°. Les nuits sont fraîches. La saison des pluies commence en mai et dure jusqu’en octobre, précédée par une période pendant laquelle la chaleur est humide et accablante. En mai, le thermomètre marque jusqu’à M degrés centigrades à l’ombre.

Il sera par suite nécessaire de recouvrir les tentes d’une couche de •paille ou de feuilles i d’un végétal quelconque. Les hommes devront éviter l’encombrement sous les lentes, conserver la ceinture de flanelle pour combattre les refroidissements, porter des lunettes et des voiles pour se protéger contre la poussière et les insectes. L’eau potable sera l’objet de soins attentifs.

Chaque soldat sera muni d’un li 1 Ire de poche ; des appareils Norton seront emportés pour creuser dos puits tubulaires. On installera à Souakim deux grands appareils distillatoires capables de produire t!)0 tonnes par jour.

S’il est nécessaire, on fera bouillir l’eau ou on fera l’alunage. Les hommes emporteront dans leur bidon du thé froid avec du jus de citron.

Des rheslies ou porteurs d’eau venus de I Inde, suivront la colonne en nombre suffisant. Aucune liqueur forte n’a été distribuée ni consommée pendant la campagne

La ration de campagne était celle qui a été indiquée ci-dessus pour la campagne de l'année dernière.

Le corps expéditionnaire fut largement pourvu de vivres lins tels que: lait condensé, extrait de viande, peptones, arrow-root, cacao, sagou, orge mondée, conserves diverses, fruits marinés, boissons variées.

On poussa le souci du confortable jusqu'à assurer des distributions de glace en abondance. A cet effet, deux navires, le Bulimba et VAmelhyst , mouillés sur rade de Souakim, furent installés pour la fabrication en grand, indépendamment de la quantité que le Ganges fabriquait pour les besoins du bord.

Comme équipement, les hommes emportaient d'abord les objets en usage tels que :

1 jaquette ou tunique;

1 pantalon pour le bord ;

1 paire de brodequins ;

\ manteau avec capuchon ;

1 bonnet de police, etc.

Leur équipement spécial comprenait entre autres choses :

1 tunique en serge ;

1 pantalon de tartan bleu ;

2 pantalons cl ï tuniques khakoo :

1 couvre-casque ;

1 voile ;

1 couvre-nuque ;

1 paire de grosses lunettes ;

Des ceintures de flanelle, des jambières, etc.

lie service de santé avait :

\ hôpitaux de campagne de 100 lits (pouvant se subdiviser en deux sections de 50 lits). Ces hôpitaux n’ont pas de cadres, ils sont seulement approvisionnés de couvertures, de laies de traversin, de toiles imperméa-

blés qui seraient jetés sur de la paille. Les malades qui y sont reçus apportent avec eux leur ration. L’hôpital sédentaire de 200 lits pouvant être fractionné, cet hôpital a des brancards pour le couchage des malades ; les hommes sont nourris avec les vivres fournis par l’hôpital.

Enfin il y a un hôpital-base et 2 bateaux- hôpitaux.

Pour les transports du service de santé il y aura des chameaux, 500 porteurs de Dhoolies et 100 lushaï dandies. Au besoin, on emploiera des hamacs de marine, et dans cette prévision on embarque 500 hamacs supplémentaires.

Le personnel médical comprend :

1 chirurgien général adjoint-chef ;

1 chirurgien général affecte à la base d'opérations et à lu ligne de communication ;

1 officier sanitaire ;

1 field-sargeon ;

I comptable ;

45 médecins répartis entre les hôpitaux, les compagnies de brancardiers, les corps et les navires-hôpitaux.

Deux compagnies de brancardiers sont mobilisées avec leur matériel disposé de façon à pouvoir être transporté à volonté à dos de mulet ou de chameau, ou en voiture légère.

Une des compagnies est chargée des voitures d’ambulances ;

Une autre est chargée des cacolels et litières.

Ces compagnies doivent toujours marcher avec les hôpitaux de campagne.

Des porteurs hindous, dressés à l’avance, sont encadrés et organisés. \

Sept mille camp follovers suivaient les troupes.

Si, dans la précédente campagne, le service de santé

avait été réduit à une organisation très rudimentaire en raison de l’improvisation de l'expédition, il n'en était pas de même dans celle-ci. L’énumération qui précède est une preuve du souci que l’on prend pour le bienêtre des hommes et le soin des malades.

Les résultats obtenus montrent que ces prescriptions et ces instructions n’étaient pas des productions purement littéraires et platoniques, un simple épanchement de prose appelé à donner une fausse assurance à l'opinion publique, et à tranquilliser la conscience d'une administration incapable de longs desseins.

L’expédition commença le 1er mars.

Le 7 et le 15 mars, les i hôpitaux de campagne sont débarqués. L’hôpital n° 1 était prêt à fonctionner quelques jours après le débarquement.

L hôpital n° 3, débarqué le dernier, fonctionna pendant quelques temps comme hôpital sédentaire.

Deux hôpitaux de campagne supplémentaires furent réservés au nombreux personnel des servanls-indigènes.

Le 15 mars, l’hôpital de campagne sédentaire est arrivé ; le 17. mars arriva à son tour 1 hôpital sédentaire qu’on installa sur un plateau. Largement pourvus de vivres lins distribués en plus de la ration apportée par chaque malade, les hôpitaux de campagne ne furent jamais obliges de recourir aux approvisionnements de la Société nationale de secours aux blessés.

A I exception de ceux qui étaient -légèrement atteints, tous les malades étaient immédiatement évacués sur les hôpitaux-bases, cl de là sur les navires-hôpitaux : le d an y es et le /hdiiuba.

Le Ganyes était arrivé le 15 mars, et le Hulimba , son auxiliaire, le 17.

Le G anges est un steamer delà Peninsular and Oriental Loinpanv qui fut nolisé pour servir d’hôpital tlotlanl .

Il fut emménagé pour recevoir des malades dans les meilleures conduiras de confortable et d’aération. Les dispositions prises lui permettaient de fournir journellement 4.000 gallons d’eau (près de 20.000 litres) ; des 'chambres de réfrigération du système Hall étaient uliilisées pour la conservation de la viande et le refroidissement de l’atmosphère des logements.

Le steamer fut prêt à prendre la mer douze jours après ila nolisation. Il quitta le dock le 20 février et arriva le 14 mars. Il reçut successivement 784 malades. Il lit un premier voyage le 20 mai, ramenant / 6 officiers et 129 sous-officiers el soldais dont 45 peu malades furent laissés à Suez.

11 lit en tout quatre voyages au cours desquels il rapatria 154 officiers et 1.259 soldats. Sa mission était ter-

minée le 25 septembre ; elle avait duré sept mois.

Pendant le cours de cette campagne, les troupes eurent à subir des chaleurs excessives, des fatigues très grandes, et la fièvre typhoïde se déclara au milieu d’elles. Elles livrèrent aussi plusieurs combats. Grâce iu\ excellentes mesures prises et appliquées, leurs perles furent minimes ; elles sont résumées dans le tableau suivant :

L’effectif total des troupes était de 7.235 hommes.

’erics

Tués.... 5 officiers, Tîlcssés. . 5 »

Disparus. 1 »

47 hommes = 7,1 pour 1.000 liom.

Chiffre .les malades

100 par jouruu début 500 et 600 par j.suiv.

sur Suez

environ 7 0/0 de morbidité, moy. jotirn.

1 off., 169 h. (

.... , . on , I environ 8.0 0/O

sur I Angleterre. 39 off., ils h. (

Evacue

Décès (du 1" mars au l i mai , 16 décès = 2.2 0/00.

2,2 décès pour mille en deux mois et demi de campagne ! C’est à peine le taux de la mortalité dahs le toyaume-Uni.

Ces décès se décomposent ainsi :

11 par fièvre typhoïde,

1 par impaludisme,

2 par coups de chaleur,

2 par maladies du tube digestif.

11 faut remarquer le nombre insignifiant de coups de chaleur et de maladies du tube digestif.

C’est un résultat étonnant et digne d'être médité et conservé.

Un autre résultat non moins digne de remarque, c'est j le petit nombre de décès survenus dans l'énorme masse des suivants d’armée : 23 décès en tout!

C’est la preuve incontestable des soins dont ils sont l’objet. Nous avons vu que deux hôpitaux spéciaux leur étaient réservés.

Critiques. — Cette campagne, si sagement préparée, et qui eut des conséquences si favorables au point de vue sanitaire, fuL l’occasion d'observations intéressantes pour le fonctionnement dn service médical. Nous allons les résumer.

Les voitures d'ambulance en usage fournirent de tris bons services. On fut obligé par contre de substituer les tentes indiennes à la Bell Tent. Avec plusieurs />:s de la tente indienne assemblés et soutenus par des piquets on forme une lente spacieuse et bien aérée.

Les chameaux sont mauvais pour porter les litières, à cause des grands mouvements qu'ils impriment aux malades.

Les rapatriements largement pratiqués ont donné dej bons résultats; mais le Dr Gribbon, chirurgien de brigade, estime qu’on aurait eu le mémo résultat en ulili-j sauf comme sanatorium le mont Troodos, dans l'ile de: Chypre, à -i heures d'Alexandrie. Le mont Troodos est! pour les troupes anglaises de la garnison de Chypre un

sanatorium parfait qui a permis de ramener le taux de la mortalité au chiffre constaté en Angleterre dans les meilleures années.

Le LT Gribhon estime, non sans raison, que les rapatriements directs et généralisés en Angleterre découragent ceux qui restent, et poussent les hommes à rechercher le rapatriement.

Le transport des followers de l’Inde en Égypte a été fait avec quelque désarroi. Il furent mis à bord en désordre, sans examen médical suffisant. On en mit 750 à la fois sur un vapeur qui, d'après la coutume des Anglais, ne pouvait en recevoir que 000.

Les followers hindous rendirent des services bien supérieurs à ceux des servants des autres nationalités.

1896. — Au moment où ces lignes sont écrites, les Anglais viennent d’achever dans le Soudan (Égypte), une expédition qui était la répétition de celle faite pour secourir Gordon et qui avait abouti à un échec.

Les résultats sanitaires de cette guerre faite dans le Désert pendant une épidémie de choléra ne nous sont pas encore connus. Mais on peut déjà relever quelques détails intéressants.

Tout d abord les Anglais, gardant les troupes européennes en réserve dans la basse Égypte, ont employé à peu près exclusivement pour marcher sur Dongola des soldats égyptiens et des soldats hindous.

Les effectifs égyptiens comprenaient 1 :

14 bataillons d'infanterie (dont 5 de noirs soudanais) à 800 hommes par bataillon ;

0 compagnies de méhéarisles (de 100 hommes chacune) ;

8 escadrons (de 90 hommes environ);

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