‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 19 sur 133 · P EXPÉDITION CONTRE LES ASIIANTIS · texte numérisé non relu

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-Un autre dépôt contenant 20 jours de vivres et un hôpital de 60 lits, fut constitué à Prasuh.

Au delà de Prasuh, une organisation semblable fut pratiquée. Les camps étaient préparés avant l’arrivée des troupes européennes par l’avant-garde. Des sapeurs et des porteurs précédaient la colonne.

L’approvisionnement d’eau potable fut l’objet de soins particuliers. Des porteurs allaient chercher l’eau, et la faisaient bouillir. Celte eau bouillie était ensuite iillrée sur des filtres Pasteur ou des filtres au charbon. On allait chercher l'eau parfois jusqu’à quatre kilomètres du poste.

Transports. — Il fallait assurer avant tout le service des transports. On recruta 1.200 porteurs parmi les tribus soumises au protectorat ; hommes, femmes, enfants tout fut enrôlé. 100 noirs furent amenés de Sierra Leone.

On les expédiait tout d’abord en troupe ; mais il en résulta une certaine confusion: Plus tard on les organisa en compagnies de 800 porteurs commandées par des officiers européens, et subdivisées en sections de 100 porteurs et escouades de 20. On subissait ainsi la même nécessité qui s’est imposée partout d’encadrer et d’organiser régulièrement les masses de porteurs.

Ces opérations étaient conduites avec une rapidité extrême : enrôlements, embrigadement et mise en route demandaient à peine quelques heures. On cite comme exemple 1.000 porteurs arrivés à 6 heures du malin et expédiés à 8 h. 1 /•!.

On affecta 1.000 porteurs au service régimentaire.

On affecta 6(M) porteurs au service évacuations.

Le reste était chargé des approvisionnements dans les camps et dépôts. Grâce à un système de relais, on pouvait expédier chaque jour, dans la période du L'f au

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20 décembre, 1.500 charges, de Cape Coas l à Prasuh.

Pour amener un poids de 25 kilogrammes à Prasuh, il fallait dix journées d’hommes, à 1 fr. 5-0 par journée de porteur, soit 15 francs.

Au delà de Prah, on délivra aux porteurs 155 grammes de biscuit et 227 grammes de viande de conserve.

Le service des transports s’exécuta très bien. 11 ne lut gêné que pendant quelques jours en décembre, à la suite de nombreuse désertions.

Les soldats anglais n'étaient chargés que de leurs armes et d’une partie de leur équipement. Tout le reste était transporté par les indigènes.

Les officiers anglais faisaient leurs étapes en hamac.

Alimentation. — La ration ne différait guère de celle

des autres expéditions :

Pain ou biscuit .' 682 gr.

Viande fraîche 682 »

ou de conserve 155 »

Pâte de cacao 28 »

Sel 1 î »

Poivre 6-8

Thé 1 '• gr.

Sucre 85 »

Ognons séchés ou légumes comprimés. . 28 »

Pommes de terre conservées 28 »

Aux divers éléments de cette ration on pouvait substituer: une ration Maconachie, en remplacement de viande fraîche et de légumes ; 155 grammes de farine en remplacement de pain ;

1 /2 conserve soupe aux pois et une cartouche Bovrel, en remplacement d'une 1/2 ration viande ;

155 grammes légumes verts en remplacement de légumes comprimés ou d'ognons ;

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227 grammes pommes de terre fraîche en remplacement de conserves.

Il était recommandé de distribuer autant que possible des fruits frais et de la viande fraîche ; un troupeau de moutons suivait la colonne. *

Une fois par semaine, ou plus souvent, suivant l’avis du médecin, on délivrerait du jus de citron pour limonade (H gr.), avec sucre (7 gr.).

Le rhum ne serait délivré que sur un ordre, et exceptionnellement (0 gr. 07).

Deux fois par semaine, on donnerait une ration de confitures (un pot de 455 gr. par quatre hommes).

Enfin on délivra 455 gr. de savon et autant de tabac par mois.

Une certaine quantité d’alun (115 gr. pour 50 hommes et par jour) était donnée pour assainir l’eau.

Indépendamment des vivres journaliers, chaque homme a reçu à la base d’opération une ration de réserve suffisante pour le nourrir pendant 36 heures.

Les troupes feront les marches de nuit ou partiront de très bonne heure (départ à 2 heures du matin'. Avant de se mettre en route les hommes prendront une tasse de cacao et 225 grammes de biscuit. Ils absorberont aussi la quantité de quinine qui aura été ordonnée.

Au delà de la Prah, chaque unité emporta avec elle trois jours de vivres. Nous avons vu que chaque homme avait avec lui une ration de réserve. Un convoi de quatre jours de vivres suivait la colonne. Une section de boulangers s’installa au delà de la Prah.

A partir du 10 janvier, on put expédier chaque jour de Cape Coast 60 livres de glace jusqu’à Prasuh.

Au début de la campagne, en raison de l’encombrement du service des transports, les denrées, telles que jus du citron , rhum et alun, ne purent pas être distribuées régu-

iièremenl, mécompte bien léger puisqu'il ne portait que sur des distributions supplémentaires, et bien vite réparé dans la suite.

Service sanitaire. — Les hommes appelés à faire partie du corps expéditionnaire avaient été soigneusement choisis. Ainsi les 400 hommes du bataillon de West Yorkshire avaient été pris sur 1.000 hommes.

Le directeur du service, sir Taylor, régla tous les détails avant de quitter Londres ; puis il partit dès le 30 novembre, de manière à pouvoir installer son service avant 1 arrivée des troupes. Celles-ci ne devaient arriver que huit jours après lui. Le commandant en chef était déjà rendu sur les lieux.

Le personnel du service de santé à terre comprenait :

1 médecin principal ;

18 médecins ;

1 quartier-maître ;

60 gradés ou soldats de la troupe de santé ;

600 porteurs noirs pour le transport des malades entre la colonne et les hôpitaux de campagne.

Tenant compte des enseignements des précédentes campagnes, on avait affecté spécialement ces porteurs au service de santé.

Les formations sanitaires se composaient de :

/ hôpital-base à Cape-Coast, installé sur un monticule élevé de 50 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il contenait 75 lits pour Européens, dont 5 pour officiers (40 lits sous des huttes, le reste sous îles tentes), et 30 places pour indigènes sous des tentes :

~ hôpitaux de 60 lits : l'un à Prasuh, l’autre à Mansuh et dans les environs ;

1 hôpital de campagne mobile, pouvant suivre au besoin la colonne.

Le service de l'avant était formé de 16 lits volants à

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quatre porteurs suivant la ligne de combat; 48 brancards étaient destinés a transporter rapidement les malades sur l'arrière. Au nord de Prasuh se trouvait un dépôt de 1 OD lits volants avec porteurs ; 33 lits avec porteurs étaient répartis entre les différents relais situés au nord de Prasuh. Les porteurs étaient utilisés dans le voyage de retour, pour transporter des fardeaux légers.

Après la prise de Coomassie un hôpital de 50 lits y fut installé. Les médicaments et le matériel de pansement destinés à suivre les troupes en marche furent répartis en caisses de 20 kilogrammes. Ces approvisionnements avaient été calculés à raison de 25 p. lût) des troupes européennes, et 10 p. 100 des troupes indigènes. Il y avait en plus une réserve de 7 p. 100 de l’effectif total.

En plus de ces formations, le service médical disposait en rade du Coromandel , steamer emménagé pour recevoir 150 malades ou blessés. Tout le confortable possible avait été réuni sur ce navire. Les logements des malades étaient pourvus de pankas, éclairés à l’électricité. Le navire possédait un séchoir,- des salles de bains, une blanchisserie, un tisanerie, un puissant appareil distillatoire, un appareil à eau gazeuse, etc.’, etc.

Le personnel médical comptait :

4 médecins ;

23 hommes de la troupe de santé ;

3 femmes gardes-malades .

Auxiliaires indigènes. — Les auxiliaires étaient surtout des Krobos, des Adansis et des Rhimford rassemblés à l’aide d'arguments énergiques employés à l'égard des chefs. Les indigènes furent formés en 18 compagnies représentant une troupe de 000 hommes environ. Armés de fusils à pierre, de snjders, ou d’outils de pionniers, ils furent envoyés à Textrème-avant pour servir d’éclaireurs et construire la route et les postes. Us tracèrent 80 kilo-

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mètres de route au delà de la Prah. Les derniers 10 kilomètres avant d’arriver à Coomassie, furent tracés en deux heures. Chaque compagnie avait une mission spéciale.

Exécution de l'expédition. — Vers le milieu du mois de septembre 1895, des détachements de Haoussas avaient été poussés en avant. Le gouvernement anglais ne décida l’expédition que le 9 novembre.

Le 13 novembre, le gouverneur de la côte d'Or recevait l’ordre de préparer les moyens de transport pour un corps de 1.400 Européens, et d'aménager la route et les camps.

Le 5 décembre tous les Haoussas étaient rendus à l’avant pour préparer la route.

Le 7 décembre arrivait V Angola-, — 36 bateaux plats, rassemblés par le gouverneur, propres à franchir la barre, déchargent le navire.

Le 9 décembre, un mois juste après la décision du gouvernement anglais, et vingt-six jours après la réception des ordres, un premier convoi de 1.000 porteurs partait pour Prasuh.

Le 11 décembre, l’ordre est envoyé au service de santé et au service du matériel dont les représentants sont sur les lieux, de prendre leurs dispositions pour que tout soit prêt sur la ligne des opérations avant l’arrivée des troupes qui est fixée au 25 décembre.

A cette époque la chaleur est encore accablante.

Le 1.2 décembre. — Le premier convoi de 4.000 porteurs est déjà arrivé à Prasuh, il a fait ce trajet en quatre, jours.

Le / 3 décembre. — Le général en chef sir Francis Scott arrive sur le Ihxtliurst. On procède sans retard au débarquement, et tous les approvisionnements apportés sont aussitôt envoyés à l'avant par un nouveau convoi de porteurs.

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Le 16 décembre. — De nombreuses désertions se produisent parmi les porteurs, mais la moitié des transports sur Prasuh est déjà effectuée. On travaille activement à la construction d’un pont sur la Prah, aux camps, et aux hôpitaux des stations.

20 décembre. — Le Loandu arrive; il a à bord sir Taylor, directeur du service de santé, et le 2e bataillon du régiment West India. Le bataillon pris à Sierra Leone à 21 malades dont 4 Européens.

Les malades sont hospitalisés, et le bataillon est mis aussitôt en route.

Le 25 décembre. — Au jour fixé, arrivent le Coro- . vu ut de l et le Manda , apportant :

Le bataillon composite, 254 hommes ;

Le 2e bataillon West Yorkshire, 400 hommes ;

1" compagnie de brancardiers européens.

150 hommes arrivent de Lagos et sont immédiatement envoyés à l'avant-garde.

Tous les préparatifs du service de santé étaient terminés à l’arrivée des troupes. Les troupes sont maintenues quelques jours encore à bord des navires.

A ce moment, le nombre des malades était ainsi

réparti :

Bataillon composite Néant ;

Régiment West Yorkshire 17 hommes;

Régiment West India 1 1 hommes ;

Haoussas 1 et 2 officiers.

Le 26 décembre. — Le quartier général se met en route.

Le .28 décembre. — Le bataillon composite débarque et se met en route.

Le 29 décembre. — Le bataillon West Yorkshire débarque et part à son tour avec une compagnie de West India.

L<‘ 31 décembre. — Le quartier général est rendu à Prasuli.

On compte à ce moment :

7 malades à Prasuh ;

24 au bataillon West Yorkshire;

29 à Phôpital-base à Cape Coasl ;

lu à l’hôpital flottant.

' Le 3 janvier, le gros de la colonne est à Prasuh. Jusqu’à ce jour, le nombre total des malades a été de 64 hommes.

Le 5 janvier, le West Yorkshire ne compte plus que 337 hommes valides, soit 16 pour cént de déchet.

Le 13 janvier, il y a eu 45 malades à Cape Coasl et il y a eu 2 décès.

Le 16 janvier, le corps expéditionnaire est rendu devant Goomassie, et y entre le lendemain sans résistance.

Les troupes campèrent pour la première fois sous lentes.

Le 22 janvier, les troupes blanches firent demi-tour et reprirent la route du littoral.

Le 23 janvier on signale 90 malades ;

Le 4 février on signale 120 malades ;

Le 5 février on signale 180 malades.

Il y avait une progression rapide dans la morbidité.

A peine arrivées sur la côte, les troupes furent embarquées ; le 7 février, le Manila emporte le bataillon du West Yorkshire qui avait été le plus atteint. Le Cabenda ramène le 8 février une partie du West India, et le Coromandel appareille le même jour avec l’état-major, le bataillon composite et les malades. Le 12 février un dernier steamer emportait les dernières troupes.

L état sanitaire s’était maintenu excellent pendant la première partie de la campagne ; mais était devenu mauvais dans la seconde partie : la morbidité a atteint

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50 p. 100 pour les hommes et 80 p. 100 pour les olïiciers. Comme dans la première campagne, les officiers ont été plus atteints, parce qu'ils marchaient avec les troupes indigènes qui ont contribué à faire les travaux de route et de camp. Le chiffre de décès est très minime.

Grâce aux mesures prises, les troupes blanches n’ont séjourné que quarante jours en Afrique. Tout était prêt avant leur arrivée. Il faut remarquer une fois de plus l’emploi fait par les Anglais des auxiliaires et des troupes indigènes pour éclairer la colonne, marcher à l'avantgarde, et préparer la route et les étapes. Ils arrivent par ces procédés à réduire au minimum possible les pertes en hommes, et à restreindre énormément la durée de l’expédition.

Critique. — Cette guerre est la dernière des guerres coloniales faites parles Anglais, que nous voulions relater. Elle a pris lin très récemment, peu après l'expédition française de Madagascar.

Les aperçus rapides que nous avons faits de quelquesunes des entreprises anglaises dans les pays chauds, si sommaires qu’ils soient, permettent cependant de mesurer les progrès successivement accomplis, grâce au ^bénéfice de l'expérience qui n’a jamais été perdu.

Aucune des leçons de la première expédition des Ashantis n’avait été négligée, ainsi qu’on a pu le voir par le détail de l’organisation.

Quelques-uns des principes suivis par les Anglais dans l’organisation de leurs expéditions se dégagent de l’exposé très succinct que nous venons de faire.

Toute l’organisation repose sur trois bases essentielles :

— Assurer par de larges dotations 'un bon fonctionnement du service de santé et du service des transports;

— Composer le corps expéditionnaire avec des troupes indigènes en grande majorité ;

Confier à des auxiliaires indigènes et aux troupes indigènes tous les travaux pénibles de terrassements, routes, camps, transports, etc. ;

A. ces mesures essentielles primordiales, s'ajoutent des mesures complémentaires dont les effets tendent tous à diminuer la charge et les travaux de l'Européen, à lui donner le plus grand confort possible et à le faire séjourner pendant un temps aussi réduit que possible sur le théâtre de la guerre.

Tout est prêt avant que les troupes européennes débarquent. Par des moyens de transport variés on allège les soldats blancs de toute la charge qu'il ne leur est pas indispensable de conserver avec eux. Ils n'ont qu'à marcher et combattre.

Ces principes établis par les expériences que nous venons de relater, concordent absolument avec les lois posées par l’hygiène des pays chauds pour les Européens.

Nous pouvons maintenant avec plus de prolit passer en revue les plus importantes des expéditions coloniales françaises. Les documents dont nous disposons ne sont pas nombreux, ni très complets, mais tels qu'ils sont ils permettent d’apprécier la valeur de l'organisation et la conduite de ces entreprises au point de vue sanitaire, le. seul qui nous occupe.

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