‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 30 sur 133 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

EXPÉDITION DU TONIvIN

Il ne saurait entrer dans notre esprit de remonter dans l’histoire de l’occupation du Tonkin jusqu’à la première expédition de Francis Garnier, dans laquelle une poignée d'hommes résolus se rendit maître de tout le Delta. A la suite de ces événements des concessions de terre, très étroites, furent données aux Français et occupées par de petites garnisons d'infanterie de marine. Le 26 mars 1882 le commandant Rivière partit inopinément de Saïgon avec une petite troupe de 300 hommes environ d’infanterie de marine et quelque artillerie. Ces effectifs, transportés sur le Parceval<£ t le Drue, à Haï-Phong, furent immédiatement dirigés, par des chaloupes réquisitionnées, sur Hanoi. Il s’établit devant la citadelle où, après de longs pourparlers, il entra de vive force sans éprouver de pertes sérieuses. Ces opérations, pas plus que celles qui ont suivi en 1882 et 1883, ne nous offrent un grand intérêt au point de vue de l’organisation sanitaire d’une grande colonne. Jusqu’en 1884 il n’y eut pas de colonne opérant à grande distance, loin de la base d’opération, et nécessitant un fonctionne-

ment régulier et complété de tous les services auxiliaires d’une armée en marche.

On agissait au jour le jour, suivant les nécessités du moment, avec des effectifs qu’on augmentait par petits paquets à mesure que les dangers plus grands se présentaient. Les grandes opérations militaires commencèrent après la prise de Sonlay, lorsqu'il fallut marcher contre les forces chinoises, qui occupaient une partie du territoire ou voulaient le conquérir. Nous nous bornerons à examiner les faits qui ont trait à la période de 1884 à 1885.

A ce moment le climat du Tonkin était connu soit par les travaux antérieurs des docteurs Foiret et Maget. soit aussi par l’expérience acquise pendant la période d occupation des concessions françaises d'Hanoï etd'Haï-Phong, et surtout pendant les deux dernières années où les troupes d’occupation avaient eu constamment à guerroyer.

Les voies de communication, les moyens de transport, les ressources alimentaires existant dans le pays étaient autant de notions, qui devaient être acquises à 1 administration française et mises à profit pour la préparation des expéditions.

Géographie médicale. — Le Tonkin est compris entre les 18° et 28" de latitude nord et les 101° et 106° de longitude est. 11 représente un triangle dont la base est baignqe par la mer et le sommet dirigé vers l’ouest ; le fleuve Rouge le parcourt du sommet à la base. 11 se compose de trois zones : l'une, le Delta, salubre, très peuplée, formée de terres alluvionnaires, admirablement irriguée cl cultivée; l’autre est une immense région montagneuse enserrant le Delta, très peu habitée, boisée, insalubre, et d’un accès très difficile.

Enfin, entre ces deux zones, s'étend une troisiène zone qui possède un sol maigre et rocheux.

EXPÉDITION DU TONKIN

Ce grand territoire est partagé en deux bassins principaux : le Song-Khoï (fleuve Rouge) et le Thaï-Binh, qui communiquent entre eux par des canaux (canal des Rapides, canal des Bambous, etc.).

Le fleuve Rouge se divise à son embouchure en six branches dont deux : le Tra-Ly et le Day sont navigables. Il y a des crues d’eau de b à 7 mètres. Ses eaux sont basses de fin octobre à mai. Son courant, très rapide, charrie des alluvions et est obstrué par des bancs. On compte, au moins, seize rapides avant d’arriver à !Loa-Kaï.

Au delà de Yiétri la navigation s’efïectue en jonques, qui miettent 30 à 40 jours pour monter de Hanoi à Lao-Kaï.

Les deux affluents principaux du fleuve Rouge sont : la rivière Claire et la rivière Noire, navigables sur une partie de leur parcours. Sur la rivière Claire on peut naviguer de Vie tri a Bac-lé ; sur certains points ou peut naviguer encore en paniers ou en pirogues. La rivière Noire est navigable jusqu'à 93 kilomètres de son embouchure.

Le Thaï-Binh. reçoit, aux Sept-Pagodes, ses deux affluents principaux, le Song-Thuong et le Loch-Nam.

11 vient se jeter à la mer par une embouchure voisine de celle du Song-Khaï.

HaïrPhong, le port de mer du Tonkin, est à une certaine distance de l’embouchure (environ dix milles), et pour y accéder il faut franchir une barre que les navires calant 5 mètres ne peuvent passer qu’à marée haute. Les chaloupes peuvent remonter le Thaï-Binh jusqu’à Dap-Cau. Le Song-Thuong et le Loch-Nam sont navigables sur une petite partie de leur parcours.

Le réseau des voies fluviales est donc très étendu.

Les roules sont peu nombreuses; elles sont représentées le plus ordinairement par des digues étroites, glissantes, où il n’est pas toujours facile à un piéton de

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marcher. Une seule grande route carrossable existait, celle de Hué à Lang-Son, à laquelle viennent aboutir les routes des chefs-lieux de province.

Climatologie. — Le climat du Tonkin est chaud et humide ; l’année est divisée en deux grandes saisons principales : l’été, de mai à octobre, et l’hiver, de décembre à mars, avec deux petites saisons intermédiaires : automne, d’octobre à novembre; printemps, de mars à mai. La moyenne du mois de janvier, qui est le plus froid, est de 1G°5 ; celle du mois le plus chaud (juillet) est de 28°9. Mais la température descend parfois en hiver à «8°. et même à 6°, pour monter pendant la journée à 25°. En été, le thermomètre se maintient entré 28° et 32°, et monte parfois jusqu’à 38° et 40° ; mais les abaissements nocturnes sont très faibles dans cette saison. La chaleur humide de 1 été est suffocante ; ace moment les orages violents avec pluie torrentielle sont fréquents. La fraîcheur de l'hiver est des plus favorables à la santé des Européens.

Ainsi en été climat tropical ; eu hiver climat tempéré ; voilà les conditions atmosphériques que l’on trouve au Tonkin.

Ln dehors des époques d expédition la salubrité du Delta est grande, puisque le Dr Foiret, à l’hôpital de Hai-Phong, ne relève que 2 décès d’Européens (sur 20Û entrées environ) imputables au climat, dans le cours de deux années (1876-1877). Le Dr Maget, pour une autre période, estime que les chances de mortalité pour les troupes européennes seules (400 hommes), ne dépassent pas I pour 130. Il faut bien noter que ces chiffres ne se rapportent qu’au seul Delta.

Opérations contre fluc-.Xinh. — Depuis la fin de l'année 1883 de grands transports de l'État et des steamers allrétés avaient amené au Tonkin des renforts considérables fournis par l’armée dé terre, et pris dans la légion

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étrangère, les tirailleurs algériens, les zouaves et l’infanterie de ligne elle-même.

Les envois étaient échelonnés. Chacun des grands transports du type .4/wa/nihremportait autant de monde qu’on en pouvait loger à bord. Ainsi l 'Annamite, parti le 1 1 janvier de Toulon, emportait 1 bataillon complet du 33° de ligne, 3 batteries d’artillerie, 60 officiers, 30 chevaux, et du matériel. Avec l'équipage du navire, cela représentait à peu près la masse énorme de 1.500 hommes. A la baie d'A-long les passagers transbordaient sur des canonnières, des chaloupes ou des avisos, qui les conduisaient à Haï-Phong, et de là à Hanoï ou vers d’autres postes. Des hôpitaux installés depuis plusieurs années fonctionnaient à Hanoï et Haï-Phong.

Les effectifs qui comptaient en moyenne 7.000 hommes à la fin de 1883 furent ainsi portés à 13.500 Européens environ en 1881, sans compter 3.000 hommes environ de troupes indigènes (tirailleurs annamites).

Au commencement du mois de mars une brigade de

9.000 hommes d’effectif est réunie à Hanoï pour marcher sur Bac-Ninh. La concentration du matériel, des vivres et des moyens de transport, demanda plusieurs jours. Il ne s'agissait cependant que d’une opération à courte distance (33 kilom.). Mais il fallaiL rassembler

3.000 coolies : réunir les approvisionnements de vivres dans la citadelle; diviser les récipients en petits colis de 30 à 33 kilogr. pouvant être portés par un indigène. En constituant et en expédiant les approvisionnements au Tonkin on n’avait pas tenu compte de celte nécessité.

Les congrégations chinoises donnèrent un concours précieux pour la fourniture des vivres.

Enfin le 1er mars la lre brigade est échelonnée sur les bords du fleuve Itouge, sur un parcours de plus de 3 kilomètres. Turcos en petite veste bleue, fantassins

en pantalon rouge, sont côte à côte, et campent sur la berge. Les uns et les autres n'ont pas une tenue appropriée aux climats chauds. Au mois de mars, la chaleur est déjà forte au milieu de la journée. Les turcos, arrivés en décembre 1883, avec leur chéchia sur la tête et une lourde charge sur le dos, ont déjà payé cher leur connaissance avec le soleil tonkinois. Une ambulance légère, avec 130 coolies, des ballots de brancards et quelques cantines médicales, suit la brigade.

La brigade, transportée sur la rive gauche, s'avance non sans difficulté, sous le soleil, marchant dans la boue à travers les rizières, et opère, avec la brigade Négrier, un mouvement convergent sur Bac-N'inh. Après unealta- > que assez vive des positions ennemies qui défendaient ses approches, la ville tombe au pouvoir de nos troupes.

Au mois d’avril, une colonne est dirigée sur Hong-Hoa. La chaleur est déjà très élevée, et nos hommes sont obligés de marcher sac au dos.

Malgré la proximité de la capitale, Hanoï, notre centre d’opérations, les hommes sont même dépourvus d’abris contre la pluie : « Voici la pluie qui tombe à larges gouttes, dit le D1' Ilocquart *, et rien pour s'abriter dans cette plaine nue ; nos tentes sont restées à Hanoï ; on n'a pu nous octroyer à chacun (officier) qu’un seul coolie pour porter nos bagages ; sans cela il aurait fallu allonger la colonne d’une façon démesurée Avec les

toiles cirées qui recouvrent les ballots de couvertures de l’ambulance, et des paquets de brancards placés debout, nous construisons une espèce de tente carrée que nous calons tant bien que mal avec nos caisses. Nous y couchons nos malades sur un bon lit de fougères ».

Le 11 avril la rivière Noire est franchie, bien que le général ne dispose que de 20 barques.

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