tonnelets
173 voitures avec harnais.
Il fallut donc plus de trois mois pour donner une organisation très sommaire au service des transports d’un corps expéditionnaire arrivé de France depuis près d une année, dans un pays où la France faisait la guerre depuis trois années. Tout était encore à créer, il fallait tout improviser sur place : matériel de transport, matériel d ambulance, voitures, bâts, achats d’animaux de bat, organisaliondes convois de porteurs. Tout était à faire, comme à la veille d'une opération nouvelle faisant naître des nécessités inconnues jusque-là.
Le matériel de transport fluvial n était pas plus complet que celui du service de terre. Et cependant les voies fluviales pouvaient être largement utilisées dans la préparation et le ravitaillement des colonnes, ainsi 1 approvisionnement du camp de Chu pouvait se faire facilement par le Thaibinh et le Loch-Nam son aflluent. Au commencement de Tannée 1883 1e matériel fluvial ne se composait encore que de :
14 chaloupes de l’Etal»
A grandes chaloupes affrétées,
5 grands chalands pourvus de treuil.
Le commandant de la marine et le commissariat firen! .• d’inutiles instances auprès du général en chef pour ache-1 ter du matériel fluvial. Le général s’y refusa. C’est seule- ç ment à l’arrivée du général de Courcy qu on fit une com- s mande de neuf remorqueurs à Hong-Kong et de 1 / cha- J lands à Toulon. Les premiers n'arrivèrent qu'au mois : d’octobre 1885, et ce n’est qu'en 1880 qu’on put réunir 22 chalands .et 20 chaloupes. En attendant on se servait des jonques et des grands sampans.
Ainsi qu’on l’a vu plus haut, le personnel du service des I transports était peu nombreux, et l’organisation régulière ; du personnel des coolies doit être improvisée également.
Le train régimentaire était maigrement doté. Si les j officiers avaient des coolies en nombre à peu près suffisant, il n’en était pas de même des soldats qui devaient porter eux-mêmes tous leurs ustensiles de campement, de cuisine, leurs vivres et vêlements de rechange. Il n y a pas un seul coolie qui leur soit affecté. La proportion des coolies de l’infirmerie régimentaire est à peine de huit pour cent Iwmmcs d'effectif. La proportion du nombre total des coolies du service médical est seulement de dix pour cent de l’effectif, soit le chiffre nécessaire pour A brancards par cent hommes européens.
Lestroupes indigènesne sont que timidementutilisées : pour six mille Européens il y a seulement 2.000 tirailleurs algériens et 2.000 tirailleurs annamites.
On commence â employer les Annamites comme auxiliaires des pontonniers et de l'artillerie. On fixa à 20 le chiffre des auxiliaires pour une batterie. Us étaient chargés de faire le pansage des mulets, de débâter à l'arrivée, et décharger les caisses; faire les corvées, garde d’écuries, etc. Ils rendirent les plus grands services dans ces
EXPEDITION DU TONKIN
fonctions, et de plus, à l'arrivée au campement, ils construisirent avec une extrême habileté des abris en herbes et bambous pour les hommes.
Ainsi on procédait par tâtonnements à l’improvisation du matériel, du personnel et de l’organisation d’une expédition dans ce pays que les troupes françaises occupaient depuis deux années et dont nous possédions la partie riche et peuplée. Mais les mois d’hiver s’écoulaient, et la mauvaise saison approchait.
Pendant ce temps les troupes installaient le camp de Chu, se livraient à des exercices d’entraînement. Elles construisirent trois ouvrages de défense à Traï-Dam et à Chu ; le nombre des coolies étant insuftisant, des Européens furent employés à ces travaux. Les conséquences de cette mesure ne tardèrent pas à se manifester car, en dehors du surcroît de fatigue que les terrassements oceasiojinaient aux hommes , ils étaient le plus souvent exécutés dans des terrains vierges dégageant des émanations paludéennes.
Après les fatigues supportées pendant le. mois d'octobre , les hommes, obligés de, bivouaquer sous la petite lente d’Afrique ou sous des abris improvisés, faits de bambous et de touffes d'herbes, avaient à fournir un service d'avant-postes et de reconnaissance toujours pénibles pendant l’hiver. En outre, il fallait, à défaut de moyens de transport, les faire concourir avec les coolies à toutes les corvées entre les campements et le port de ravitaillement de Traï-Dam , service qui à lui seul pourrait absorber leurs forces. A ussi vit-on bientôt les effectifs s'éclaircir ' .
Des fièvres palustres graves se déclarèrent parmi les hommes, beaucoup parmi les plus jeunes (de 18 à 22 ans) succombèrent. La fièvre s’accompagnait de
1. Souvenirs de la campagne du Tonlcin, par Carteron ( Journal des sciences militaires).
troubles de l’estomac qui rendaient impossible, pour un grand nombre, l’absorption de la quinine. L emploi d’injections sous-cutanées de quinine lut pour ceux-là salutaire. Les hommes étaient dévorés par des moustiques, et on n'avait pas de moustiquaires à leur donner. Ma suite des grattages que provoquaient ces piqûres il v eut de nombreuses plaies ulcéreuses, dites plaies annamites. On ordonne alors la distribution d'alun pour purifier l’eau. L’extrait de quinquina fait défaut, on en demande d’urgence à Haï-Phong.
L’alimentation n’était constituée que par les vivres de l’administration. Elle était insuffisante pour réparer les fatigues excessives que subissaient les hommes : « pendant plus d’un mois et demi les valions ne comprirent que du biscuit, dit riz et de la viande de conserve 1 ».
En décembre des jonques chargées de victuailles, légumes, comestibles de toutes sortes, purent arriver a Trai-Dam, amenées par des industriels européens et chinois, à leurs risques et périls. L état sanitaire des troupes s’améliora à partir de ce moment.
Si l’on peut admettre, dans certaines limites , que les difficultés de transport à la suite des colonnes en marche, obligent à réduire l’alimentation des hommes, il ne saurait exister d’excuse suffisante pour justifier ces réductions quand les troupes sont campées, comme à Chu, sur les bords d’une rivière navigable, à quelques heures d’Haï-Phong, le port principal d’approvisionnement. Comment peut-on expliquer que l’administration fût impuissante à donner aux soldats, non seulement des légumes de conserve (julienne ou pommes de terre), du lait condensé, des condiments (que des industriels par\onaient à leur apporter jusque-là et à leur vendre), mais