mulets (de trait ou de bât
A ces chiffres il faut joindre 3.229 hommes de renfort reçus par divers paquebots ou navires affrétés du mois de juillet .au mois de septembre, ce qui porte à 18.340 hommes le nombre des combattants des divers corps passés dans le corps expéditionnaire, sans compter les troupes de Diégo-Suarez et de Tamatave désignées dans le rapport officiel sous la dénomination de garnisons permanentes de ces deux places ; cette dénomination est tout à fait erronée en ce qui concerne le corps d’occupation de Tamatave, venu de la Réunion.
La lecture de ce tableau inspire une première réflexion : Ruelle nécessité y a-t-il d’adopter la formation en régiment alors que le bataillon est la véritable unité de combat ? La dispersion des effectifs sur de grandes étendues exige des unités moins considérables, autonomes, indépendantes tant pour la conduite que pour l’administration.
Mais l'observation la plus importante est la constatation de l'infime proportion des troupes indigènes. Sur 13 bataillons d’infanterie il y a seulement :
2 bataillons de tirailleurs algériens,
1 bataillon de tirailleurs malgaches,
1 bataillon de tirailleurs haoussas.
Soit 4 bataillons (environ 3.200 hommes) pour huit bataillons de troupes européennes et un bataillon mixte de créoles de la Réunion.
L’étude des précédentes expéditions coloniales faites
246 l’expédition de Madagascar
par l’Angleterre a fait voir que les corps expéditionnaires anglais se composent ordinairement d'un tiers de Iroup-'S blanches pour deux tiers de troupes indigènes .
En Abyssinie : 3.655 soldats européens, 9.833 iQC,ien 3:
lra expédition Ashantis: 2.284 soldais européens, 2.3k indigènes .
2» expédition Ashptis : 1.050 soldats européens, 2.050 indigènes:
En Afghanistan: 12.750 soldats européens, 21.990 indigènes.
Le corps expéditionnaire français du Dahomey s est rapproché de ces proportions. Il comptait :
1,423 Européens ; 2.158 indigènes.
Pour l’expédition de Madagascar ces salutaires prin cipes sont abandonnés, et la proportion recommandée par l’expérience, est renversée ; l'infanterie du corps expéditionnaire comprendra, en effet, un tiers d indigènes et deux tiers d’Européens, il ne s'agit encore que de l’infanterie. Or les troupes d’artillerie, du génie, de santé, d’administration, du train, etc., sont toutes composées d'Européens, à l’exception d’une compagnie sénégalaise du train (500 hommes sur 4.400 environ, soit 1/9').
Au total le corps expéditionnaire, à l'effectif de 14.- -3 hommes, comprenait environ 11.000 soldats européens pour 3.800 soldats indigènes, soit à peine un quart d indigènes. Cependant le souvenir des guerres précédentes devait être encore assez vivace dans les esprits pour
imposer l’emploi dans de plus larges proportions de 1 clément indigène. Les organisateurs ne devaient pas pas oublier qu’au Dahomey les Européens avaient fourni une mortalité par maladies de 122 pour nulle , tandis que les indigènes n’avaient que 24 pour mille.
Parmi les troupes stationnées au Tonkin en 1889 et 1890, les proportions de décès sont les suivantes :
Européens
Indigènes.
1890 iCholOra
CONSTITUTION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE 247
Ces proportions sont les mêmes pour la morbidité.
Les hygiénistes militaires ont admis comme principe que « le bataillon européen ne doit être qu’un instrument perfectionné et supérieur de combat ». Le colonel Galliéni écrivait : « Tenant compte de l’insalubrité du climat et des conditions particulièrement pénibles de nos expéditions soudaniennes, je n'avais pas voulu m'embarrasser d'un grand nombre de soldats européens. Je m’étais contenté d’une forte compagnie d’infanterie de marine. Pendant le combat elle devait servir de réserve aux troupes indigènes.
« Les tirailleurs sénégalais sont les vrais soldats
du Soudan1. »
Lorsque le général Wolseley quitta l’Angleterre pour aller prendre le commandement de l’expédition des Ashantis il reçut, comme instruction du War office, ce principe essentiel : « Si l'emploi de soldats européens devenait nécessaire , tout devait être préparé d’avance, et aucune troupe ne devait débarquer avant l’action décisive ».
Ces principes salutaires sont perdus de vue pour Madagascar ; à quelle cause faut-il attribuer la décision qui faisait entrer une aussi forte proportion d’Européens ? Les troupes coloniales indigènes dont dispose la France ne sont-elles pas assez nombreuses? Etait-il impossible de former un régiment entier de tirailleurs algériens, un régiment de Sénégalais et de Haoussas ; un ou deux bataillons malgaches et comoriens ? Etait-il impossible de tirer de l’Indo-Chine deux ou trois bataillons de tirailleurs annamites choisis parmi des volontaires ? Il n’y a pas de doute qu'il eût été facile d'avoir des Algériens, des Sénégalais et des Dahoméens en quantités suffisantes. La difficulté était plus grande pour les Annamites
1 Colonel Galliéni, Deux Campagnes au Soudan français, 1886-
qui s’expatrient difficilement et perdent de leur valeur lorsqu’on les éloigne de leurs foyers. Mais sans procéder à une levée d’office, il n’est pas douteux qu'on eût trouvé parmi les miliciens et les tirailleurs des soldats de profession en quantité suffisante pour servir à Madagascar, surtout si les survivants avaient la certitude de retourner dans leur pays .aussitôt après la guerre. Les Sakalaves et les Comoriens constituaient encore une ressource où il était possible de puiser en s’y prenant à temps.
Enfin il eût suffi d’appliquer la loi militaire en temps opportun à la Réunion pour y trouver une réserve d'hommes très importante *. En tous cas, il fallait procéder de meilleure heure aux engagements volontaires pour le bataillon qui était en formation. C’est vers le milieu du mois de janvier seulement que les instructions furent envoyées au gouvernement de cette colonie pour recevoir des engagements volontaires pour la durée de la guerre.
Mais on n’accordait qu’une médiocre confiance aux qualités militaires des troupes du régiment colonial : ce beau régiment a ensuite prouvé qu’il valait autant que les meilleures troupes.
De ces ressources variées on n'a pas tiré le parti qui pouvait être favorable aux intérêts bien compris de l’armée. Le ministre de la Guerre avait résolu de faire une place dans le corps expéditionnaire aux éléments tirés de l’armée métropolitaine, et il fit part à la Chambre des raisons qui lui dictaient cette décision. Si honorable que fût le désir des soldats de l’armée métropolitaine de par-
1. L'application de la loi militaire il la Réunion faite d'après la loi du 1« août 1895 a donné pour les trois classes 1893. 1894 et 1895 qui viennent d'être appelées, un effectif total de 3.000 hommes environ. Dans certains cantons des régions montagneuses de l'ile il y a une proportion de 82 à 85 p. 100 de bons pour le service ( Politique coloniale, 13 octobre 1896).
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ticiper à cette guerre, il y avait une raison capitale qui s opposait à cette participation : c’est qu’ils n’étaient pas capables d'en supporter les fatigues.
Cependant, des précautions furent prises « pour éloigner des unités appelées à faire partie du corps expéditionnaire les hommes n’ayant pas au moins un an de service ou ne présentant pas toutes les garanties physiques nécessaires, et, selon le vœu plusieurs fois exprimé parle Parlement, tous leshommes de complément de ces unités furent pris seulement (à de très rares exceptions près pour les services techniques) parmi les volontaires, qui s’étaient du reste présentés en très grand nombre ».
Ces précautions étaient-elles suffisantes ?
Il était malheureusement facile de prévoir ce qu'il adviendrait de ces soldats tout jeunes, n’ayant jamais fait campagne, n’ayant jamais subi l’épreuve de l’action d’un climat chaud, et qui étaient envoyés dans un pays chaud et insalubre. Avant de compter autant de rengagés qu’elle en a maintenant, l’infanterie de marine fournissait par an environ KM) décès p. 1.000 hommes d’effectif en temps ordinaire, et jusqu’à 230 et 450 p . 1.000 en expédition. Les troupes blanches d’occupation du Tonkin ont une mortalité de 00 p. 1 .000.
La compagnie d’infanterie de marine envoyée an Dahomey, composée de jeunes soldats, n’existait plus au mois d’octobre 1892 : sur 241 hommes, 35 hommes étaient morts, les autres étaient rapatriés ou dans les hôpitaux : ces faits, les exemples.de la Cochinchine, du Mexique de la Tunisie n’ont pas empêché la décision prise d’envoyer des troupes métropolitaines.
S'il était impossible (ce qui reste encore à démontrer), de former la majorité du corps expéditionnaire avec des troupes indigènes, s'il était nécessaire d’avoir autant de troupes blanches, pourquoi ne faisait-on pas à la légion
étrangère une plus large part, et ne se servait-on pas des « bataillons d’Afrique ? » La légion avait donné des preuves d’endurance assez remarquables au Dahomey et auparavant au Tonkin.
Enfin puisqu’il étaiL arrêté dans l’esprit des organisateurs de l’expédition de prendre des éléments de l'armée métropolitaine, il était indiqué de faire appel, pour remplir ces unités, aux soldats libérés du service actif qui auraient fourni une troupe plus solide faite d'hommes âgés de 23 ans.
Au lieu de cela onze mille Européens sont envoyés à Madagascar ; sur ce chiffre il n'y a que 800 hommes de la légion et 2. iOO hommes d’infanterie de marine, comprenant en grande partie des rengagés. Les autres, 200e régiment, 40e chasseurs, génie, train, etc., au total près de huit mille hommes , sont des jeunes soldats, âgés de moins de 23 ans.
Les services techniques n’avaient pas un nombre de volontaires suffisants. Des désignations d’office furent faites. En ce qui concerne les infirmiers militaires dont le nombre, en temps ordinaire, est très restreint, ces désignations eurent pour effet de vider les sections d'infirmiers. Elles eurent deux autres effets : celui d'envoyer à Madagascar des hommes dont le moral pouvait être affecté, et, en second lieu celui d’avoir dans les hôpitaux des hommes que rien ne préparait au service écrasant des infirmiers dans une guerre coloniale. Exercés aux manœuvres d’ambulance, en France, avec un matériel très complet, près des grandes voies de communication sur des voies ferrées, ils allaient être surpris à Madagascar par la fréquence des maladies nouvelles pour eux, demandant dos soins fréquents et minutieux, par des procédés de transports inusités; enfin, ils seraient comme les autres et plus que les autres frappés par
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la maladie, le service des hôpitaux serait entravé.
l 'ne section complète d’infirmiers était envoyée à Madagascar. C’est peut-être suffisant en France, en temps de guerre, pour un corps de 14.000 hommes, bien qu’on puisse en douter; mais c’est très peu aux colonies où il faut compter sur un déchet énorme causé par la morbidité, sur la fatigue due audimat seul, sur un surcroît de travail occasionné par les difficultés d’approvisionnement, de transports, et l’éloignement, de tout centre habité. D’ailleurs, le corps expéditionnaire comptait en plus de 14.000 combattants, 6.000 à 8.000 conducteurs ou porteurs. Ceux-là aussi seraient malades, et il faudrait les soigner.
Dans le service médical du Soudan et du Dahomey, des indigènes figurent au nombre des infirmiers faisant partie des formations sanitaires.
Dans les formations sanitaires dulonkin les indigènes forment la presque totalité du corps des infirmiers ; ils sont encadrés avec quelques infirmiers européens, tous rengagés, tous vétérans des colonies. Ces Annamites sont des infirmiers remarquables. Dans toutes les colonies les indigènes forment le corps des infirmiers des hôpitaux, et les Européens forment les cadres. Il eût été désirable qu’une organisation semblable pût être appliquée à la section d’infirmiers destinée à Madagascar.
Malheureusement, pour constituer seulement les cadres européens de ces sections, on n’eût trouvé dans les hôpitaux militaires que des éléments trop jeunes. Là, comme dans le reste de l’année métropolitaine, on manque de vieux soldats achevés, connaissant bien la manipulation des malades, ayant déjà subi une certaine sélection à l’égard des maladies.
La marine possède des infirmiers éprouvés encadrés de vieux sous-officiers. Dans l’armée de terre une dé-
cision postérieure à la loi du Ier juillet donnant 1 autonomie au service de santé, a créé des emplois d adjudant. Mais il manque encore des sergents, des caporaux, des soldats vieillis dans le service, des infirmiers commissionnés. Le ministère de la Guerre n'avait pas ce personnel ; il envoya donc de jeunes infirmiers.
La même observation s’applique aux ouvriers d'administration (boulangers, etc.), qui auront à faire un métier pénible dans un pays torride.
Le tableau qui donne la composition du corps expéditionnaire n’indique pas que des auxiliaires indigènes seront adjoints aux sections d’ouvriers, non plus qu aux sections d’infirmiers, pour remplir les fonctions pénibles qui s’accomplissent au soleil ou devant les feux, les grosses besognes de nettoyage ou de transport qu un Européen ne peut pas accomplir dans les pays chauds. Aucune disposition n’indique l'allocation de ce complément d’auxiliaires indigènes b En tous cas, aucun préparatif n’est fait pour réunir à l’avance des auxiliaires dressés. Et cependant depuis les mois de décembre et janvier, des troupes françaises occupent Majunga et Tama- Lave, et il y a dans la mer des Indes plusieurs colonies françaises anciennes où ces auxiliaires pourraient être recrutés si les dispositions nécessaires avaient été prises2.
' i. L’infirmerie du bataillon avait 2 infirmiers par compagnie, et i caporal-infirmier; pas d’infirmiers noirs. Dans certains corps les commandants attribuèrent l’infirmerie huit Kabyles qui portaient les sacs des malades trop épuisés.
Dans les ambulances il y avait une trentaine d'infirmiers européens, et, théoriquement , 60 coolies.
2. Ceci n’est pas une simple supposition, car. lorsque l'administration de la Guerre a cédé les services de l'intendance et de santé à l’administration des Colonies (avril 1806), celle-ci a pu recruter très rapidement un personnel subalterne indigène dans les possessions françaises voisines.