‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 88 sur 133 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Diégo-Suarez et Tamatave. — Disons tout de suite, pour n’y plus revenir, quels événements se produisirent sur les points de la côte autres quç Majunga, qui furent le théâtre d’opérations secondaires entreprises tant pour la protection de nos nationaux que pour entretenir, dit le rapport, quelque incertitude dans l’esprit de 1 ennemi sur le terrain exact de notre future action militaire, si toutefois les Hovas pouvaient avoir encore quelque doute. x

Les actes de la défense de Diégo-Suarez n’offrent qu'un intérêt secondaire pour l’hygiène militaire, car ils furent accomplis par la garnison de cet établissement pour repousser les incursions des Hovas sur le territoire français, et enlever les postes qu'ils avaient établis. Les troupes qui composaient cette garnison, fortes de quatre compagnies d infanterie de marine ou de tirailleurs malgaches, d’une compagnie de. disciplinaires et d un détachement d’artillerie, eurent à exécuter des reconnaissances offensives. Plus tard, au mois d avril 1895, le bataillon de volontaires de là Réunion, formé depuis

deux mois à peine, venu à Diégo pour y remplacer une partie de la garnison dirigée sur Majunga, enleva avec le concours d un détachement d’infanterie de marine les retranchements élevés par l’ennemi au point VI, brillant fait d'armes qui fit tomber dans nos mains la forte position d’Ambohimarina. De cette action il faut retenir le détail intéressant d un bataillon de recrues créoles exécutant, après 45 jours de formation, une marche forcée et un combat de nuit sans laisser un traînard. Il y a là une indication précieuse pour l’application du recrutement aux créoles qui ont donné cette preuve d’endurance.

Au mois de février Ambodimadiro avait été occupé par un détachement des troupes françaises, sur la demande de chefs sakalaves de la côte nord-ouest, et sur leur promesse de fournir des milliers de coolies. La promesse des Sakalaves ne fut pas tenue, et son exécution ne fut ni exigée ni imposée. Tranquillisés de notre côté par notre faiblesse et nos scrupules, la crainte des Ilovas dicta leur conduite.

La petite troupe chargée de la garde du poste d^Ambodimadiro présenta de nombreux cas de fièvre et de cachexie palustres.

Le 12 décembre, un détachement formé avec les troupes de marine en garnison à la Réunion (Trois com- .pagnies d infanterie; 13 officiers et 475 hommes; un groupe d’artillerie : 4 officiers et 62 hommes) débarqua à Tamatave et occupa la ville sans coup férir. Les troupes hovas s’étaient retirées derrière les lignes de Farafate. La mobilisation de ces troupes avait été préparée depuis le milieu du mois de novembre. Bien que l’occupation de Tamatave fût résolue depuis longtemps, et fit partie du plan général de la Guerre, ces troupes étaient dépourvues de matériel d’administration et de matériel sanitaire. L’outillage du service des subsistances, de l’infîr-

merie régimentaire et d’une ambulance de 50 lits, tut improvisé ou emprunté aux magasins et aux hôpitaux militaires de la colonie. Grâce aux ressources locales, ces troupes purent emporter un matériel qu on ne leur envoya pas de France.

Débarquées à Tamatave, les troupes de la Réunion eurent à construire une longue ligne de défense appuyée sur des blockhaus, avec tranchées et palissades. Il fallut abattre des arbres et des cases, débroussailler les approches. C’était au commencement de la mauvaise saison, et, faute de main-d’œuvre indigène rassemblée en temps opportun, les soldats européens accomplirent ces besognes funestes. Il y avait en ville des Malgaches en assez grand nombre, des Indiens et des Chinois.

Les travaux de terrassement, le cantonnement dans des cases malpropres, les fatigues des gardes répétées (une nuit sur trois) et des reconnaissances fréquentes faites sous des pluies torrentielles, la chaleur excessive, la mauvaise qualité de l’eau potable, occasionnèrent rapidement des maladies graves et nombreuses dans ce bataillon cependant composé en majorité de vieux soldats. Partis avec l'espoir de faire une campagne active et de partager la gloire des troupes venues d Europe, ces hommes d’élite étaient énervés' par la longue faction qu’ils montèrent, stoïquement immobiles, devant les retranchements hovas, pendant une année.

La fièvre paludéenne sévissait sous ses formes les plus graves à Tamatave, une des régions les plus malsaines des terres bases de Madagascar. A défaut d'eau pure, que trois petits filtres Chamberland donnaient en quantité insuffisante, on buvait l’eau des puits légèrement saumâtre. L’alimentation se composait à peu près exclusivement des vivres de distribution, sans que les hommes pussent bénéficier des légumes et des fruits frais que la

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Réunion, à trente heures de là, produit en abondance, et que les particuliers trouvaient le moyen de faire venir pour leurs besoins personnels et même pour les vendre. Les malades dureûl à la sollicitude et à la générosité des différentes sociétés de secours formées à la Réunion de recevoir des vivres frais, des œufs, des vins fins, des douceurs de toute nature.

Un mois après le débarquement plus de cent hommes de 1 ellectif étaient malades. Un seul médecin assura au début le service de la troupe en même temps que celui de 1 ambulance installée dans quelques cases étroites au centre de la ville avec le matériel et les médicaments fournis par la Réunion.

Plus tard des médecins et du matériel furent envoyés de France; les dons des sociétés affluèrent, et l’ambulance, décorée du nom d hôpital maritime, put fonctionner sur un plus grand pied. Grâce à la literie emportée de la Réunion les cantonnements des troupes furent peu à peu améliorés, et avec la bonne saison l’état sanitaire devint un peu moins mauvais. 1

La garnison, renforcée déjà de 200 hommes au mois de janvier 1893, reçut encore une compagnie le 27 février, ce qui portait son effectif à 800 hommes d’infanterie et 73 artilleurs. - .

Au mois d août !89o, 40 décès, dont 32 par paludisme et 3 par dysenterie, avaient été enregistrés sur place. De 3 décès en janvier, la mortalité s’était élevée jusqu’à 10 décès en mai, pour diminuer ensuite progressivement.

Le nombre des entrées à l’hôpital s’était élevé jusqu'à I ÔO par mois. Le nombre des indisponibles à la chambre ou à l’infirmerie était en moyenne de 120 à 130 par jour. Au commencement du mois d'août, 51 hommes avaient déjà été évacués sur la France, et 336 sur la Réunion.

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Parmi ces derniers, un certain nombre vint reprendre du

service à Tamatave.

Le corps d’occupation de Tamatave, composé en général de vieux soldats déjà rompus aux campagnes coloniales, avait eu à remplir un rôle bien pénible et bien ingrat qu’il fallait réserver à des troupes indigènes. Isés par les travaux et les gardes, énervés par cette immobilité qui les exaspérait et lés humiliait, terrassés par la fièvre et la chaleur humide si accablante pendant la mauvaise saison à Tamatave, ces hommes, qui montèrent la garde devant les retranchements hovçs pendant toute la durée de la mauvaise saison, fournirent en moins de 7 mois (du 12 décembre 1894 au 1er août 1894), 45 pour 1-000 de décès et 50 pour 100 d’évacuations sur la France et la Réunion. Si la mortalité fut moins élevée que celle des troupes de la côte ouest, il faut l’attribuer à la facilité que donnait le voisinage de la Réunion pour évacuer les malades dans un pays salubre en temps opportun.

Occupation de Majunga. — Majunga avait été bombardé le 14 janvier 1895 par'la division navale, et occupé le 15, sans coup férir, par les compagnies de débarquement. Le détachement d’infanterie de marine pris à Diégo-Suarez, vint occuper .la place le 16 janvier, et exécuta, soit.par terre, soit par eau, de nombreuses reconnaissances, de manière à recueillir tous les renseignements propres à faciliter l’installation du corps expéditionnaire. 11 n’est pas sans intérêt de remarquer que cette petite troupe non seulement ne fut jamais inquiétée à Majunga, mais encore qu'elle put rayonner jusqu’à 22 kilomètres loin de la ville, sans avoir à liv rcr un combat.

Débarquées le 16 janvier à 3 heures du soir, les' troupes de Diégo-Suarez, composées de deux compagnies d infanterie de marine et d’un détachement d artillerie. furent

cantonnées sur les hauteurs qui dominent la ville (40 mètre^ d altitude). Des cases indigènes servirent d’abris dès les premiers jours. « Les journées des 17, 18, 19 janvier sont particulièrement pénibles, dit le Dr Quennec, car, faute de coolies indigènes . les Européens doivent faire à bras le déchargement et le transport du matériel du corps, vivres et munilions. Pendant ces journées, la pluie vient ajouter à la fatigue. A chaque voyage les hommes n ont pas moins d’un kilomètre à parcourir du point de débarquement à leur cantonnement '. » Les soldats européens, arrivant cependant d’une colonie française très voisine où il était possible de recruter des coolies, font encore des besognes de manœuvres sous la pluie et le soleil pendant la saison chaude. C’est toujours la même pratique condamnée par l’hygiène.

A ce premier détachement de 400 hommes vient se joindre le 1er février une compagnie de tirailleurs sakalaves de ISO hommes. Le D1' Quennec assurait à lui seul le service médical de cette garnison. A peine débarqué, il installa une infirmerie de 60 lits dans une maison hindoue dont les annexes et les maisons antiques reçurent les services accessoires de l’infirmerie. Deux soldats ■d’infanterie et deux coolies anjouanais constituent le personnel de cette formation sanitaire improvisée comme Pavait été le matériel que la métropole n’avait pas envoyé. Les troupes delà Marine, stationnées aux colonies, n’ayant pas de matériel sanitaire de mobilisation toujours disponible, chaque opération nouvelle demande une improvisation nouvelle. 11 en était ainsi pour les troupes de Diégo-Suarez et de la Réunion qui furent dans la nécessité de trouver dans les ressources locales de quoi sup-

?; D' Quennec, médecin de 1» classe des colonies. Topographie nédicale de Majunga, in Archives de médecine navale et coloniale.

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pléer à l’absence d’un matériel qui n'avait pas été compris dans les prévisions

Dès le 20 janvier, les malades commencent à se présenter, et l’ambulance fonctionna jusqu’au 11 mars, date à laquelle elle remit ses malades à l'hôpital de campagne n° 1 qui venait d’arriver et qui était établi sous (dites. Les premières troupes de la Guerre étaient débar quées. Le Dr Quennec, médecin des Colonies, fut renvoyé à Diego-Suarez. A leur grand regret, les médecins des Colonies n’étaient pas appelés à faire partie de celte expédition coloniale dans laquelle ils auraient tenu à honneur de figurer à côté de leurs collègues de la Manne et de la Guerre.

Du 16 janvier au 1er mars, 280 malades avaient ete traités à l'ambulance. Le pourcentage des maladie:? a été : *

Janvier : hospitalisés, 17 pour 100 ; exempt de service au corps, 23 pour 100.

1. Un détail relatif à la mobilisation de ces deux garnisons mérite d’être retenu, car il est l’effet de l’absence de méthode constatée dans la direction de nos expéditions coloniales. La garnison de Diégo- Suarez avait été renforcée d’une compagnie d’infanterie, au milieu de l’année 1894. Mais les logements étant insuffisants à Diégo, cette compagnie fut dirigée sur la Réunion et logée dans les baraquements du sanatorium de Saint-François (700 mètres d'altitude . Lite y ro?ta

deux mois environ. Puis subitement elle reçut l’ordre de se rendre

à Sainte-Marie-de-Madagascar , île réputée pour son insalubrité. Dans quel but 9 Était-ce pour la rapprocher davantage du théâtre probable des opérations? Pourquoi alors la mettre à Sainte-Marie, également loin de Tamalave et de Diégo, sans moyens de communication, dans une ile malsaine? Fâcheuse préparation à une campagne dans un pays torride ! Celle infortunée compagnie, qui avait conservé ses effectifs intacts dans les hauteurs de la Réunion, fut décimée par la fièvre paludéenne aussitôt après son arrivée à Sainte-Marie. Llle y était encore â la fin du mois d’octobre, et fut transportée de là à Diego , puis à Majunga. Anivée à destination, celte compagnie ne comptait à peu près plus que des invalides.

Février, première quinzaine : hospitalisés, 23 pour 100; exempts de service au corps, 53 pour 100.

Février, deuxième quinzaine : exempts de service au coms 60 pour 100. ’

L augmentation est rapide. Il n’y a eu que 3 décès dans cette période ; pas de décès par fièvre paludéenne grave ; 1 seul décès par fièvre typho-malarienne.

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