Taverna, loc. cil
230 mulets par régiment d’infanterie hindoue, au lieu de 270 chiffre normal.
Ces réductions opérées, il restait encore au train de chaque corps :
1 tente-marquise pour 3 officiers européens,
1 tente ordinaire pour 5 sous-officiers ou 12 soldats,
1 mulet pour les bagages de chaque officier ou de 3 sergents ou de \ soldats européens.
1 mulet pour les vivres de 3 officiers,
5 mulets pour les ustensiles de cuisine du régiment,
20 cuisiniers par régiment de 6U0 hommes.
Enlin l'infirmerie de chaque corps possède, indépendamment de 13 mulets chargés du matériel :
1 hamac à 4 porteurs pour 30 hommes d’effectif,
1 litière à G porteurs pour 20 hommes par régiment. Les officiers ont, en plus de leurs domestiques personnels :
1 domestique par 3 officiers pour le mess,
1 palefrenier et 1 coupeur d’herbe par cheval.
C’est encore un luxe de domestiques extraordinaire; il faut remarquer, en passant, que, malgré les réductions nécessaires qui ont été faites, on réserve toujours un grand nombre d’animaux de bât pour porter les bagages, des cuisiniers pour le service du régiment.
La colonne étant ainsi allégée, on put s'avancer jusqu'à Adigrat.
Au mois de février, on était assez engagé dans les hauteurs ; le général en chef jugea utile de diviser le service du train en deux sections; l’une devait opérer dans les plaines, sur la route de Zoula à Sénafé,qui atteindrait bientôt Adigrat ; c’était le « Lowland train » partagé en dix divisions dont une emploierait les voitures, et les neuf autres des animaux de bât.
La seconde section constituait le train de montagne,
« Highland train », elle devait comprendre 4 divisions de 2. OÛÛ mulets chacune, chaque division était partagée en compagnies de 150 mulets ; le personnel était de :
4 officiers européens par division,
4 sous-officiers européens (inspecteurs),
100 brigadiers indiens,
G67 fnuletiers (1 par 3 mulets),
46 forgerons, maréchaux ferrants, selliers, vétérinaires indigènes, etc.
Le service devait se faire par relais ; dans chaque poste se trouvait en permanence une équipe qui assurait le chargement et le déchargement et préparait l'eau pour l’abreuvoir. L’arrivée du convoi était annoncée à l'avance par un émissaire.
Ces décisions n’étaient pas d’une application facile : les animaux manquaient au service du train, et le ravitaille ment des troupes de l’avant et de leurs suivants présentait encore des difficultés qui entravaient la marche.
Il fallait amener chaque jour 10.000 rations aux troupes d’Adigrat, et 10.000 rations de réserve. — Àdigrat devait servir de nouvelle base pour faire encore un bond en avant. Or, àladate du 14 février, les effectifs des animaux du Lowland train et du Highlander train comptent au total 12.650 animaux, dont plus de 2.500 hors de service, et 371 voitures.
On éprouve de grandes difficultés pour remplacer les animaux usés.
Le général en chef apporte alors de nouvelles réductions dans le personnel non combattant, et les animaux fini suivent le corps de troupes. Il décide que tous les suivants seront supprimés, à l'exception des porteurs de malades , des cuisiniers et porteurs d'eau.
Les officiers n auront plus de domestique, et seront servis par les soldats; leurs bagages seront réduits à
7o livres par officier, el ceux des soldats à 25 livres. Enfin la ration est réduite aux proportions suivantes:
Farine 16 onces 1.4 onces (397 g#) 12 onces.
Viande 24 — 10 — 16 —
Sel 2/3 — 2/3 —
Ghee (beurre
du pays) . . 2 —
Légumes.... 2 —
Thé 1/2 once
Sucre 1/2 —
Ces réductions opérées, il reste encore au bataillon européen. 183 mulets dont il estresponsable, et 90 suivants (L'excédent est donné au service général du train). Il a en outre une réserve de 5 mulets marchant avec l'arrièregarde pour remplacer les animaux devenus indisponibles. Les 185 mulets régimentaires sont répartis ainsi qu’il
suit :
Tentes d’officiers 7 mulets.
Bagages d’officiers 15 —
Tente d’ambulance 1 —
Personnel de santé 1 —
Magasin et garde de police 1 —
Sous-ofticiers et hommes 21 —
Bagages de 000 hommes 100 —
Approvisionnement du magasin 1 —
Ustensiles de cuisine 5 —
Outillage de l’armurier 1 —
Outils de pionniers 8 —
Matériel de santé 12 —
Malades 12 —
Total : 185
non compris la réserve des munitions.
Les 9(> suivants sont répartis ainsi qu’il suit :
Porteurs d'eau w
Cuisiniers .,0
Porteurs c^e malades
Total : * !»0
Il faut remarquer qu’en faisant ces réductions successives le général en chef a toujours eu le soin de conserver dans le train régimentaire un grand nombre d'animaux de bât destinés à porter une partie de la charge des hommes : bagages, sacs, outils de pionnier, ustensiles de cuisine (134 animaux).
Il a maintenu également les 40 porteurs d’eau et 20 cuisiniers, de telle sorte que même après ces réductions nécessaires, les soldats européens n’avaient pas une lourde charge à porter et étaient affranchis du soin ,1e faire la cuisine à l’arrivée aux étapes.
• De même, le service de santé est largement doté en personnel e( animaux de bât : il a 36 porteurs de malades et 2(3 mulets pour le matériel et les malades
A la fin de février, on put reprendre le mouvement en avant, — grâceà une convention conclue avec un chef du Tigré, des indigènes vinrent former des convois intermémediaires entre le Lowland train et le Highland train qui n avaient pas encore asssez. d’animaux pour assurer le service de tous les échelons.
Cependant le poids des objets à porter pour chaque bataillon avait été réduit de 240.000 livres à 28.030 Depuis Senafé on ne distribuait plus de pain. Dans le mouvement, de retraite, on en retrouva à partir d'Antala ondes boulangeries de campagne avaient été installées ainsi qu’à Adigrat.
be 8 mars, les effectifs du train comptent 20.241 animaux, au nombre desquels sont : 4.682 chameaux- O 703 mulets ; 4.808 bœufs.
A partir de ce moment, la marche sur Magdala put s'effectuer plus rapidement. Une«voie> ferrée allant de Zoula à Kumagli avait été construite, sur un parcours de lti kilomètres. Ce travail, commencé en décembre 18(57, achevé seulement en mai 18(58, fut, en grande partie exécuté par les soldats. 11 avait coûté 150.000 fr. par kilomètre, y compris la valeur du matériel.
On arriva à Antalo le 12 mars. Le 20 mars seulement, l’avant-garde atteignit le Lat où l’armée se concentra. Le service des approvisionnements, toujours défectueux, entravait encore la marche du corps expéditionnaire. Le général en chef, résolu d’en finir avant le commencement de la saison des pluies qui était proche, procéda à une nouvelle réduction des impedimenta. Tous les suivants sont supprimés, à l’exception des porteurs de malades (3 palanquins a 4 hommes pour les combattants). Tous les papiers, toutes les caisses à bagages sont laissés en arrière; chacun n’aura que ce qu’il porte sur lui ou sur son cheval. Les soldats portent une charge de 25 kilog., y compris les munitions. Il est vrai qu’on est sur les hauteurs froides. On laissa 1 mulet pour les provisions et la cuisine de 12 officiers. On autorise 50 livres de bagages par compagnie de soldats. Les vivres sont réduits. On délivrait d’abord 455 gr:, puis 227 gr. de farine par jour. Les tentes sont diminuées de nombre :
I pour 20 hommes,
1 pour 12 officiers.
Seules, les tentes d’infirmerie seront données en supplément, suivant les demandes du médecin en chef.
A partir de Lat, la marche rapide commence réellement, et cependant, grâce aux retards de l'arrivée des vivres, pour parcourir les 120 kilomètres qui la séparait de Magdala, l'armée mit 21 jours.
Le I!) avril, l'assaut est donné. Après la prise de la
ville de Magdala, les troupes opérèrent un mouvement de retraite, el se réembarquèrenl en juin, au moment où commençaient les pluies de l’hivernage.
Critiques. — L’expédition avait duré un peu moins de huit mois, à partir du jour de l’arrivée de la brigade d’avant-garde.
Les longs retards que l’armée avait dû 'Subir, au début, et qui l’avaient immobilisée sur le littoral, étaient entièrement imputables à la mauvaise organisation primitive du train. L’inexpérience des conducteurs, le défaut de muletiers gradés et experts pour les encadrer, entraînèrent des pertes considérables d'animaux, et une production médiocre de travail utile. Des retards apportés à l'envoi des vêtements chauds pour les hommes, demandés cependant en temps opportun, et à l’envoi de bâts pour les animaux, contribuèrent à retenir l’armée sur le littoral. Celte immobilisation sur la côte aurait pu être funeste pour les troupes, si l’on n’avait pas pris d'excellentes mesures d’hygiène. Les charges trop lourdes furent épargnées aux hommes, ainsi que nous l’avons vu. même au moment où le général en chef prit les mesures les plus sévères pour réduire le chiffre des suivants et des animaux de bât attachés a chaque corps de troupes. En première ligne, il faut citer le soin de faire distribuer une bonne eau pour la boisson des hommes. A quelque prix que ce fût, on leur donna de l’ean distillée.
Trois ambulances divisionnaires, sans compter les infirmeries régimentaires, ont fonctionné pendant la campagne. Les malades étaient concentrés à Sénafé, qui jouit d’un climat tempéré, à 2.200 mètres d’altitude et à 80 kilomètrés de la côte. De là, ils étaient évacués, suivant les besoins, sur les navires-hôpitaux, où ils trouvaient un grand confortable.
Les hôpitaux avaient reçu des approvisionnements
PRINCll’ALÉS EXPÉDITIONS COLONIALES ANGLAISES 35
d’après une moyenne probable de 7 malades pour 100 de l’effectif du corps expéditionnaire.
Grâce à ces mesures, grâce au soin qu’on avait pris de composer les corps d'expédition d’un tiers seulement d’Européens, malgré les fatigues des travaux de terrassement, les maladies furent peu nombreuses, et occasionnées surtout par la dysenterie et des rechutes de fièvre palustre contractée dans l’Inde.
Les- troupes anglaises et natives de l’Inde ont en temps normal une proportion excessive de suivants et d’animaux de bàt. Dans une campagne où il faut, à grande distance, approvisionner une colonne, de vivres et de matériel de toute sorte, ce chiffre trop considérable d "nnpedimrnta entraîne de graves difficultés. Cette campagne est fort instructive à ce sujet. Quoi qu’il en soit, dans les circonstances les plus difficiles, les soldats ont été dispensés de porter une trop lourde charge, et le service de santé a toujours été largement doté en matériel de transport et porteurs lui appartenant en propre.
Malgré les vices d’organisation qui, au début, entravèrent l’exécution du plan adopté, l’expédition fut conduite à bonne tin. en temps voulu, et avec une perle d’hommes très minime, grâce à l’impulsion donnée par l’arrivée (malheureusement un peu tardive) du général en chef, et aussi grâce à la passivité de l’ennemi.