SUD LES DESTINÉES HUMAINES
Lcr Destinées sont les résultats présens, passé* et aux lois mathématiques.
St. -Martin, qui a eu souvent de belles et impides inspirations, a dit ceci :
u Lorsque dans le champ des sciences exactes et naturellesnousrecueillonsquelques axiomes, nous ne nous demandons pas pourquoi ils sont vrais ; nous sentons qu’ils portent la réponse avec eux-mêmes.
» Comment le sentons-nous? Ce n’est que par le rapport et la convenance qui se trouvent entre la justesse de ces axiomes, et Tétincelle de vérité qui brille dans notre conception. Ce sont comme deux rayons d’un même flambeau, qui semblaient être éloignés l’un de l’autre, qui se réunissent par leur analogie, et qui, en se pénétrant mutuellement, se rendent réciproquement plus sensibles, et leur chaleur et leur clarté.
» Lorsque l’âme humaine , soit par l’essor qu’elle peut se donner, soit gratuitement, est élevée jusqu’au sentiment intime de l’être universel qui embrasse tout, qui produit tout, enfin, jusqu’au sentiment de cet être inconnu que nous appelons Dieu , elle ne cherche pas plus que dans la découverte des axiomes partiels, à se rendre compte de cette vérité totale qui la subjugue, ni de la vive jouissance qu’elle lui procure ; elle sent que ce grand être ou ce grand axiome est par lui-même, et qu’il y a
» impossibilité qu’il ne soit pas. Elle sent égale- » ment en elle, dans ce contact divin, la réalité » de sa propre vie pensante et immortelle. » Elle n’a plus besoin de se questionner sur » Dieu ni sur elle-même; et dans la sainte et » profonde affection qu’elle éprouve, elle se dit » avec autant de ravissement que de sécurité : » Dieu et l’homme sont des êtres vrais qui peu- » vent se connaître dans la même lumière, et » s’aimer dans le même amour.
« Comment a-t-elle le sentiment certain de » ces immuables vérités? Par la même loi qui « a manifesté à sa conception la certitude des » axiomes partiels : c’est-à-dire qu’elle sent » l’existence inattaquable du principe de son être » et la sienne propre, par la convenance et les » rapports qui se trouvent entre eux. Car, sans » cela , la conviction de l’existence de ces deux » êtres, ne pourrait ni nous frapper, ni se fixer » en nous ; et si ce feu divin ne rencontrait en » notre âme une puissante analogie, il nous tra- » verserait sans nous laisser de lui aucune trace, a ni aucun sentiment. »
Pour peu que l’on réfléchisse sur ces lumineuses paroles, on saisira bien facilement le principe de la certitude des choses, sur lequel la philosophie scolastique a entassé tant de sophismes pédantesques , et la philosophie spiritualiste contemporaine tant d’obscurités et de subtilités vaines, tant de puérilités prétentieuses et ridicules; on admettra avec St. -Martin
Que le principe de la certitude transcendante réside dans le sentiment de la corrélation et de la convenance des choses ~
Ceci d’ailleurs s’énonce, se sent et ne se démontre pas. Avec ceux qui n’admettent pas ceci, il n’y a rien à démontrer. Mais lorsque l’on a compris et admis cet axiome primordial , on peut se rendre facilement compte de sa raison d’être.
L’homme, en effet, placé au milieu de la création, destiné à agir sur les Êtres, et à être réactionné par eux , à fonctionner au sein de l’harmonie universelle , l’homme a dû recevoir
du Créateur la mesure de cette harmonie. Cette mesure a été nécessairement déposée dans son organisme. Sans cela, ne serait-il pas, lui, l’homme, un hors-d’œuvre, une pièce fausse dans la création? Sans cela, y aurait-il ordre, harmonie, unité dans l’univers? Sans cela, enfin, la création serait-elle autre chose qu’un caprice absurde , et l’intelligence organisatrice un vain mot?
De cette donnée essentiellement et souverainement religieuse, il résulte en toute évidence QUE L’HOMME EST NECESSAIREMENT EN RAPPORT, EN CORRÉLATION INTIME, PAR PRÉDISPOSITION ORGANIQUE, avec l’ordre universel des choses.
Et comme l’homme est un être composé, à-la-fois intelligent, affectif et sensitif, le rapport de l’homme avec l’ordre universel doit s’établir dans les trois sphères, intellectuelle, affective et sensitive , de sa nature.
Ainsi, toute idée dont l’homme a la perception claire, — est vraie si elle est concentrique
à sa sphère intellectuelle: — elle est fausse si elle est excentrique à cette sphère. Il suffit donc pour reconnaître la vérité ou la fausseté d’une idée, de l’appliquer sur le type intellectuel qui est en nous , et de juger par la conscience si la superposition produit un contact concentrique et parfait : dans ce cas , il y a perception d’un rapport vrai, naturel, harmonique, concordant avec l’ordre général; il y a évidence. L’intelligence est satisfaite. "Voilà la norme de la certitude.
De même tout sentiment, s’il est concentrique avec la sphère affective de l’homme , est harmonique ; s’il est excentrique à cette sphère, il est subversif. Il suffit donc pour reconnaître si un fait est dans l’ordre du bien ou du mal moral , de l’appliquer sur le type affectif qui est en l’homme , et de sentir s’il est concentrique avec les affections natives de l’homme ; dans ce cas, il y a sentiment d’un rapport sympathique , naturel, harmonique, coïncident avec l’ordre général : il y a jouissance affective , et l’âme est satisfaite. — Dans le cas contraire, il y a senti-
ment d’un rapport antipathique prochain ou éloigné, il y a ou il y aura douleur, et l’âme souffre ou souffrira. — Voilà la norme du bien et du mal moral.
De même encore toute sensation, suivant qu’elle sera concentrique ou non avec la sphère sensitive de l’homme , sera harmonique ou subversive, et produira chez lui une jouissance ou une douleur physiques.
Ainsi, la norme du faux et du vrai, du bien et du mal, est donnée par les attractions et les répulsions natives de l’homme. — Et notez bien que je dis Attractions et Répulsions natives.
Ceci étant posé , admis et compris , nous pouvons nous dispenser de passer, pour porter un jugement sur les choses, par les deux ou trois cent mille volumes que les pédans, les sophistes et toutes les espèces philosophiques ont entassés les uns sur les autres. Ces observations des fausses sciences ont assez long-temps égaré la raison humaine dans des labyrinthes
d’erreurs et de subtilités inextricables. Il est à propos d’aborder aujourd’hui le point par où l’on aurait dû commencer. Il est à propos d’écouter l’homme et les Attractions de sanature. C’est un livre qui en vaut bien un autre , car c’est Dieu qui l’a écrit: les Attractions données à l’homme par Dieu , les passions natives qui résultent de notre constitution même, sont une révélation impérissable de l’harmonie universelle des Destinées générales, de la Loi des choses, de la raison d’être de la création.
Et maintenant, en partant de ces principes naturels, en écoutant cette voix des Attractions, si claire, si facile à l’intelligence, que les enfans mêmes l’entendent et la comprennent, nous pouvons obtenir de suite des résultats réels , féconds , et de la plus haute importance pour nous, tandis que les principes arbitraires et pédantesques des fausses sciences morales et philosophiques, n’ont servi qu’à entasser par monceaux de honteuses , de stériles et sanglantes erreurs. Examinons:
La connaissance des Destinées générales, de la Loi d’unité universelle, se divise pour l’homme en trois branches :
Unité de l’homme avec lui-même ;
Unité de l’ homme avec Dieu;
Unité de l’homme avec l’ Univers.
Bien que ces trois branches soient liées intimement entre elles, la première, celle de l’unité de l’homme avec lui-même , est celle surtout dont la connaissance importe à notre bonheur.
Or , celte unité de l’homme avec lui-même ne peut résulter que de l’harmonie des trois sphères intellectuelle , animique et sensitive de notre
nature, c’est-à-dire, de l’accord de l’intelligence et des passions.
Cette harmonie, cet accord, doivent être précisément et nécessairement le caractère suprême de la Destinée vraie de l’homme: sans cela, Dieu, Créateur et Ordonnateur, serait absurde, ou méchant d’une méchanceté infernale.
Jugez déjà le passé avec cette donnée indéniable. Jugez les hommes, les meneurs d’hommes j’entends, car je ne parle pas de ce vaste troupeau humain appelé dans toutes les nations le peuple, et qui a vécu jusqu’ici misérablement courbé sur une terre trempée de sang humain et de larmes humaines. Les meneurs des hommes , philosophes, législateurs et prêtres, ont-ils pris pour but de leurs efforts l’établissement de l’accord des passions natives de l’homme et de son intelligence , ont-ils cherché les moyens de réaliser cet accord? — Non. Ils ont posé en principe et en dogmê, que l’homme était mal fait par Dieu , ils ont anathématisé les passions , ils n’ont eu d’autre but que de lutter contre elles
et de violenter la nature. De là leurs lois et leurs échafauds, de là leurs religions et leurs enfers. Vous voyez bien que tout a été faux, et qu’aujourd’hui encore tout est faux. Brisez donc avec le passé, et cherchez la Destinée non plus dans la lutte , mais dans l’accord , non plus dans la contrainte , mais dans l’Attraction : cherchez-la dans l’accord et l’Attraction , si vous n’aimez mieux vous tourmenter encore dans les aberrations et les douleurs.
Cherchons.
D’abord , qu’est-ce que la Destinée d’un Être ?
La Destinée d’un Être, c’est la fonction qu’il est appelé à remplir dans l’ordre universel , c’est sa tâche , son rôle dans la création.
Dieu aurait-il créé les Etres, les aurait-il doués de forces physiques , intellectuelles , et des instincts , des passions , des Attractions qui suscitent l’activité de ces forces , s’ils n’avaient
pas des fonctions à remplir, s’il ne leur avait pas assigné des Destinées?
Il y a donc une Destinée pour tout Etre créé , et tout Etre créé a reçu une conformation corrélative à sa destinée, et des Attractions proportionnelles à sa Destinée.
Donc encore
Tout Etre qui accomplit sa Destinée jouit; tout Etre hors de Destinée souffre.
Voyez autour de vous, voyez la création, voyez les choses, puis appliquez cette idée sur votre sens intellectuel , et vous sentirez quelle est souverainement et parfaitement vraie. Continuons.
L’homme, quand il s’agit du problème général de sa Destinée , ne doit pas être considéré seulement comme individu, mais encore, mais d’abord, comme espèce : car l’homme, étant appelé à vivre en société, la Destinée particulière de l’individu ne doit , ne peut être autre chose
que l’accomplissement de ses fonctions individuelles, nécessairement coordonnées à la fonction générale de l’espèce.
Et puisque l’individu ne peut agir que dans l’espèce, puisqu’il y a entre lui et ses semblables un perpétuel échange d’actions et de réactions, puisqu’il vit dans une sphère sociale, en un mot, il est sensible qu’il ne peut accomplir sa Destinée qu’à la condition d’être placé dans un milieu social correspondant à la Destinée de l’espèce , et quand le mode des relations humaines est établi conformément aux Attractions humaines.
Ainsi, la Destinée individuelle est comprise dans la Destinée sociale , ainsi il y a pour l’espèce, comme pour l’individu, un état vrai,
C’est celui où l’espèce accomplit la fonction générale à laquelle elle est destinée , et où l’individu accomplit ses fonctions particulières dans l’œuvre de l’espèce :
Et il y a pour l’espèce comme pour l’individu, milleaétats faux ,
Ce sont ceux dans lesquels l’espèce n’accomplissant pas sa tâche providentielle, aucun individu ne peut remplir ses fonctions particulières.
Dans la forme sociale vraie, harmonique avec la nature de l’homme , calculée pour sa conformation et ses Attractions, il y a harmonie entre les trois sphères de la nature de l’homme ; elles tournent autour d’un point unique qui est leur centre commun , il y a accord entre les passions et la raison , c’est-à-dire que les passions, ressorts primordiaux de toute activité physique et intellectuelle, sont utilisées; elles ont dans l’œuvre sociale un emploi avoué par l’intelligence; elles se développent librement en essors justes. L’ordre règne , les individus sont heureux. L’homme jouit.
Dans les formes sociales fausses , discordantes avec la nature de l’homme , contrariant ses
Attractions, les trois sphères sont excentriques et leurs mouvemens divergens. Les passions et les Attractions ne sont pas utilisées, elles sont hors d’emploi ; et comme il n’y a pas unité d’action sociale , elles sont en lutte dans mille actions sociales fausses et discordantes. Il y a lutte des passions dans l’individu, guerre des individus, guerre des nations. C’est le chaos. L’homme souffre. — Et les philosophes, et les législateurs, et les prêtres, moralisent, lient, compriment, effraient, et moralisent encore, et compriment encore , et lient encore , et effraient encore, et damnent la nature de l’homme, et damnent ses passions, et damnent ses attractions; ils disent que c’est Satan qui les a faites. Comme si Satan était le Créateur de l’homme.
Ainsi, le bonheur lié pour l’individu au développement libre et harmonique des facultés de ses trois sphères, au jeu naturel de ses Attractions, ne peut exister qu’à la seule condition que l’espèce accomplisse sa Destinée : ainsi , le mal ne vient pas des Attractions, mais de la forme sociale qui n’emploie pas les Attrac-
lions, et des philosophes, des législateurs, des prêtres, des meneurs des nations, qui, au lieu de rechercher la loi de l’emploi des passions, passent leur vie à combattre contre la nature de l’homme, à imposer leurs lois, les leurs, à l’homme, et à blasphémer Dieu en insultant à la nature de l’homme , faite par Dieu , au lieu de rechercher quelle est la LOI que Dieu a préétablie pour l’homme, et hors de laquelle il n’y a pour lui qu’erreurs, prisons, échafauds, morales, enfers, et douleurs de toutes espèces.
O! que de honteuses et misérables folies ont été engendrées par cette intelligence humaine faussée , et révoltée contre les Attractions que Dieu a mises en nous! Que de honteuses et misérables folies ont été et sont encore proposées à l’adoration des hommes, revêtues des noms les plus sacrés! Que de maux, que de larmes, que de sang pour être entré dans cette voie funeste, pour avoir posé en dogme absolu la répression des passions, pour avoir si aveuglement persisté dans celte orgueilleuse révolte contre Dieu!
C’est là le sens de l’enfer et de la déchéance des anges rebelles. L’enfer est sur votre terre, cessez de l’aller chercher ailleurs: et il y sera tant que vous courberez vos fronts sous ces dogmes insensés qui vous viennent des hommes , et c’est aujourd’hui qu’il faut vous dire : brisez ce que vous avez adoré 3 et adorez ce que vous avez brisé.
Ils disent que Dieu, Créateur et Ordonnateur, est souverainement intelligent, souverainement bon, et ils disent que l’homme est mauvais, que ses passions natives sont mauvaises ! Quel est donc le sens de vos paroles, insensés? Et vous qui parlez ainsi, vous qui voulez changer l’homme et qui condamnez Dieu, qui donc êtes-vous, sinon des hommes? Tous admirez le corps et son mécanisme , et vous réprouvez lame et ses passions! Tous comprenez les merveilles de l’organisation des muscles , des nerfs , des tendons, des fluides qui composent ce corps, et vous dites que l’organisme animique et passionnel dont l’autre n’est que l’instrument et le valet, est faux et discordant !!! Voilà pourtant où l’humanité en reste, voilà le cercle d’absur-
dites dans lequel elle tourne , voilà le tourbillon d’inepties au sein duquel elle gravite, et elle est si profondément plongée dans ces ténèbres extérieures, qu 'aujourd’hui , quand une voix puissante vient lui crier : « Voici la lumière! # elle ne comprend pas, elle ne voit pas!.... Et ceux qui la secouent, elle les regarde comme des visionnaires et des fous. Continue donc, humanité ! continue à écouter stupidement tes prêcheurs de morale et de vertu, tes Senèque , tes Rousseau et tes Croyant; continue à grouiller dans ta morale , dans ta vertu , dans ta résignation, dans ton dévouement.... et dans tes crimes, et dans tes infamies, et dans tes abjections, dans toutes tes misères, dans ton sang, dans ton sang.... qui, si la terre ne le buvait pas depuis que tu le répands , couvrirait la surface de ton globe comme un déluge, et t’aurait déjà noyée!
Mais il y en a qui comprendront : et heureusement, pour sortir de ce cloaque de fange et de sang qu’on appelle la Civilisation, il n’est pas nécessaire que tous comprennent.
Ainsi, la question de bonheur ou de malheur pour tous les humains est dépendante de la solution du problème de la Destinée de l’espèce. Nous venons de le démontrer irrécusablement, et de renverser en quelques pages, par l’énoncé d’une vérité d’ordre naturel ou divin, toutes les idées dans lesquelles l’esprit humain tourne et retourne depuis le commencement des choses ; car tous les dogmes chrétiens et païens , orientaux et occidentaux, toutes les théories philosophiques, morales , théistes, déistes ou athées , légitimistes, libérales ou révolutionnaires, toutes les théories, tous les dogmes n’ont été jusqu’ici que des variétés d’un seul dogme , le dogme de la répression des Attractions, le dogme de la contrainte , et tous ces dogmes de six mille ans,
tout ce passé de l’esprit humain vient se briser contre le front de FOURIER , qui apporte aujourd’hui, lui, le dogme de I’Attraction, et les moyens providentiels de faire passer la loi en acte.
Que ceux qui ne peuvent pas ou n’osent pas suivre , s’arrêtent.
Nous voici amenés à poser, non dans un but de vaines et stériles spéculations, mais dans un but pratique et souverainement important à chacun de nous, le problème de la Destinée humaine.
Il faut répondre à cette question :
Pourquoi l’homme a-t-il été créé et mis au monde? Quelle action l’espèce humaine est-elle appelée à exercer sur cette terre?
A cette question voici la réponse :
La fonction que l’espèce humaine est appelée à exercer sur le globe qui lui a été confié, c’est
la gestion de ce globe. Telle est sa Destinée sur la terre.
Mettez-vous en face de cette idée , suscitez en vous la pensée de l’ordre universel , de l’harmonie des choses, montez en haut et demandezvous , si vous n’avez pas la perception d’un rapport vrai, naturel, d’une convenance haute et souveraine , d’une coïncidence concentrique avec votre sphère intellectuelle, lorsque vous recevez cette conception ,
Que l’homme, Etre intelligent, puissant, complet, central parmi tous les Etres créés sur son globe, est appelé à les gouverner et à régir son globe.
C’est là une vérité qui nous saisit.
Moïse nous a légué par tradition, dans sa cosmogonie, cette haute pensée de la création, que nous retrouvons écrite en nous : voici le verset qui vient après la création d’Adam , l’homme universel, l’espèce:
« Et Dieu les bénit et leur dit : Croissez et
» multipliez-vous; peuplez la terre , assujétissez- » la, et commandez aux poissons de la mer et » aux oiseaux du ciel, et à tous les animaux qui » se meuvent sur la terre. »
Et c’est en ce sens de la Destinée de l’homme qu’il a été dit que l’homme a été créé à l’image de Dieu, le souverain Ordonnateur : c’est en ce sens que l’homme est appelé à être Dieu sur la terre.
Or, si la Destinée de l’espèce humaine est la gestion de son globe , les facultés des individus et les instincts, les passions, les Attractions qui suscitent et mettent en jeu les facultés, ont dû être exactement calculées pour l’ordre de choses dans lequel /’ humanité accomplirait sa haute gestion, sa Destinée. Ainsi, c’est dans cet ordre seulement que peut et doit s’établir l’accord entre la passion et la raison. Hors de cet ordre, elles discordent nécessairement, et en tout point.
Et maintenant, pour descendre dams la sphère des applications , demandez-vous si l’espèce ac-
complit sa mission, sa tâche, son œuvre, sa Destinée , quand elle se meut dans l’une des formes sociales jusqu’ici parcourues, et qui peuvent se ramener toutes à Tune des formes typiques désignées par les mots de Sauvagerie, Patriarcat, Barbarie et Civilisation qui est la période à laquelle sont parvenues les nations les plus avancées aujourd’hui en mouvement social ?
Non, bien évidemment non; car dans toutes ces formes , dans toutes ces périodes , dans toutes ces sociétés , le globe , au lieu d’être unitairement cultivé, administré, régi par l’homme, est plus ou moins dévasté par l’homme : non; car les forces humaines, au lieu d’être réunies en faisceau convergent, et appliquées à l’exploitation du globe , sont plus ou moins gaspillées, plus ou moins tournées les unes contre les autres : non ; puisque l’activité humanitaire , au lieu de l’immense effet utile dans lequel elle est appelée à se résoudre, en opérant régulièrement sur les choses de la création, ne produit au contraire que des mouvemens faux, des pertes de force vive, des frottemens et des chocs.
Or, si l’espèce n’est pas dans sa Destinée, les passions , les Attractions natives de l’individu , qui sont faites pour cette Destinée , et qui ne sont pas appliquées à leur œuvre propre, sont nécessairement en action fausse, en divergence, en lutte , en révolte. De là les perturbations , les conflits , les guerres, le mal. Et l’humanité reste hors de Destinée , et le mal se perpétue , et les hommes se tourmentent, et la terre est ensanglantée tant que les philosophes, les législateurs, les prêtres, les conducteurs des peuples, s’obstinent à agir sur l’homme pour le plier à la forme sociale, au lieu d’agir sur la forme sociale pour la plier à l’homme ; tant qu’ils amoncèlent leurs morales absurdes et arbitraires en principe, leurs lois absurdes et arbitraires en principe , leurs religions absurdes , arbitraires et impies en principe. Et c’est la sphère des erreurs, des mensonges et de toutes les souffrances, dans laquelle l’humanité tourne , retourne et s’agite vainement et misérablement sans cesse.
O génies étroits ! génies de terre-à-terre ! intelligences faussées et hors de route ! laissez-
donc là vos débats si petits, si vains, si funestes, et si vous avez la volonté d’agir sur les choses , envisagez d’abord le but, et apprenez ce qu’il faut vouloir. — Où allez-vous? — A tous ces gens qui taillent et tranchent au travers de la politique, de la morale et de tout ce que vous voudrez, faites cette question en face. Ils n’en savent rien et ils n’auront rien à répondre.
Que si les considérations auxquelles je viens de me livrer paraissent étranges et ambitieuses en tête d’une petite brochure qui traite d’architectonique , je ferai observer qu’il ne s’agit point dans cette brochure de discussions architecturales sur les architraves , les corniches et les frises, sur les ordres, les moulures et les profils. Il s’agit de l’architecture considérée dans ses rapports avec les formes diverses de la société , avec la vie humaine , et pivotalement avec la Destinée humaine. Et comme je n’ai pas pour but d’écrire quelques phrases vaines et stériles sur les monumens du passé , et de me donner un canevas à broder ma littérature; comme au contraire ma pensée est de développer au lecteur les principes généraux de l’architecture
de l’avenir, je dois lui développer d’abord les principes généraux des sociétés de l’avenir, dont les premiers ne sont qu’une déduction. On se convaincra facilement, au reste, de l’intimité de ces choses. — Et puis , bien que les idées sociales soient nécessaires à l’intelligence de l’idée architectonique, je n’écris pas les choses sociales pour faire comprendre les choses de l’architecture, mais les choses de l’architecture pour faire comprendre les choses sociales. C’est là mon but.
En tête d’un court développement de l’architectonique sociétaire , découverte par Fourier, il convenait donc de placer un court développement des principes du régime sociétaire, découvert par Fourier. Avec cela , les intelligences fortes ou faciles iront à toutes les conséquences. Elles seront pilotées dans le nouveau-monde. — Quelques mots encore pour en jalonner la route.
J’ai signalé tout-à-l’heure les principes généraux, positifs, vrais, absolus, sur lesquels Fou-
rier, carrément assis , nie le passé en conceptions sociales, comme Colomb a nié le passé en conceptions géographiques , comme Copernik et Galilée l’ont nié en conceptions astronomiques . Voyons maintenant quelle est l’affirmation , la conception , la théorie qui fait face à sa négation.
La Destinée terrestre de i homme est la gestion de la terre.
Les Attractions sont proportionnelles aux Des * tinées.
Donc, pour découvrir la forme, la loi sociale suivant laquelle l’homme doit accomplir sa Destinée, il faut étudier les Attractions de l’homme, ses passions, reconnaître leurs tendances, leurs exigences, leurs vœux, et déduire de ces données naturelles, un mécanisme social applicable à la gestion du globe. — Ici, il n’y a plus rien d’arbitraire, tout est scientifique.
Fourieradonc analysé l’homme sous le rapport des passions constitutives de la nature hnmaine. De l’analyse passionnelle il a facilement passé à
une synthèse sociale qui n’est autre chose que la forme sociale harmonique avec l’organisme de l’homme , et dans laquelle les passions convergent naturellement vers un but -utile, vers l’emploi auquel elles sont destinées, — la haute exploitation du globe.
Fourier a donc découvert la formule de l’application des instincts, goûts, penchans, des passions natives ; en un mot , la formule de l’application des Attractions à un mécanisme industrie humanitaire ; — le mot industrie étant entendu ici dans une acception toute générale , et signifiant l’emploi de l’activité physique et intellectuelle de l’homme à toute opération utile à l’humanité, et concourant à la production du bien-être social : ce mot renferme ainsi l’idée de tous les travaux domestiques, agricoles, manufacturiers, scientifiques, d’art, d’éducation, d’administration , etc. , dont l’ensemble et la coordonnation unitaire sur le globe, composent bien évidemment le système d’action que l’homme doit y exercer, et qui , seul , est en rapport avec sa Destinée et son bonheur.
Vous voyez donc bien qu’il ne s’agit pas de chartes, de constitutions, de monarchie, de république, ni de toutes les sottises politiques, morales et philosophiques dont on s’est si longtemps et si malheureusement occupé , et qui n’ont donné pour résultat que des misères, des guerres, et les douleurs de toute espèce qui rongent à belles dents la pauvre humanité : ce qui sera son lot tant quelle restera hors de Destinée. — Il s’agit :
De produire l’invention, de faire la découverte du mécanisme naturel d’industrie dans lequel l’homme travaillera par plaisir et par passion, — au lieu de travailler par contrainte et de tourner l’activité de ses passions contre ses semblables. — Et c’est là le problème qu’a résolu le haut et puissant génie de Fourier. Tous pouvez en juger.
L’action industrielle de l’humanité sur son globe devant s’exercer par les individus , e$t un individu ne pouvant pas agir sur tout le globe, il en résulte que l’action générale ne peut
s’exercer qu a la condition que les individus se grouperont en agglomérations particulières , en centres d’action de difîerens ordres coordonnés et hiérarchisés entre eux.
La première agglomération, le premier centre d’action , le premier atelier de travail humanitaire , c’est la Commune. C’est dans la Commune que s’opèrent les travaux domestiques, agricoles, manufacturiers, d’art, de science , d’éducation, c’est dans la Commune que l’homme en général vit, agit, travaille; l’exploitation unitaire et régulière du globe, ne peut être exécutée que par l’ensemble des travaux des Communes.
La grande question sociale, la question de Destinée , la question de l’organisation du travail humanitaire , se résout donc d’abord et en principe dans la question de l’organisation industrielle de la Commune. C’est là la pierre angulaire de tout l’édifice social.
Puis, après ceci, vous avez à régulariser les rapports extérieurs des Communes groupées