XXX VIL
entre elles pour former la province, des provinces dans la nation, des nations dans le continent , des continens dans le globe.
Mais ce qu’il importe de remarquer, pour faire sentir combien sont misérables les controverses qui nous agitent, et pour confondre tous nos docteurs politiques qui restent éternellement accrochés et pendus aux questions d’ordre gouvernemental ou administratif, c’est que la question sociale pivote tout entière sur l’organisation de la Commune, et que les questions administratives ne peuvent être sainement mises à l’ordre du jour qu’après celle-ci;
Car il n’est pas plus possible d’avoir l’ordre , la richesse, l’harmonie dans l’Etat, quand le désordre, la pauvreté et les hostilités sont au sein de la Commune, que d’avoir une armée manœuvrant bien , et se battant bien , quand toutes les compagnies de cette armée manœuvrent mal et se battent mal.
Ainsi, la question d’ordre ou de désordre.
d’harmonie ou de discordance , de paix ou de guerre , de richesse ou de misère , de liberté ou d’oppression, d 'attraction ou de contrainte, se résout d’abord et passe tout entière dans celle de l’organisation de la Commune.
C’est là qu’il faut substituer l’accord des passions à leur discordance , la convergence des forces à leur divergence, c’est là qu’il faut harmoniser les intérêts, les passions , les caractères.
Il faut savoir, à la Commune insociétaire et morcelée , substituer la Commune sociétaire et combinée. C’est ce que Fourier a fait, et cela d’une manière aussi certaine , aussi positive , aussi rigoureuse que problème mathématique du monde.
Or , la connaissance de l’organisation d’une Commune sociétaire , d’une Phalange industrielle, élément alvéolaire delà société harmonique, se compose de la connaissance du mode de travail , du mode de répartition des produits, du mode d’éducation, particuliers à cette orga-
nisation, et avant tout du mode de construction de la demeure où l’homme sera logé : car il faut que d’abord le gérant soit logé dans son domaine.
C’est cette dernière branche que je traite particulièrement ici, — et comme elle est en corrélation parfaite avec les convenances et les conditions générales du régime sociétaire , c’est un côté par où il peut être bon d’en commencer l’étude.
Toutefois, — et cela va sans dire, — je ne prétends pas que chacun puisse aller tout d’un bond d’ici à tout le reste. — Aussi, n’adressé-je cette brochure qu’aux hommes d’intelligence qui saisissent une conception d’un coup-d’œil, à ceux qui sont individuellement doués de ce tact qu’on appelle Y instinct du vrai , aux artistes surtout. — Puis, je rappelle, en terminant cet avantpropos, que le principe de certitude, le critérium du vrai et du faux, consiste à se faire cette question et h y répondre : « Cela convient-il à » l’homme, cela est-il en rapport avec ses Attrac-
» lions natives, cela est-il corrélatif et conforme » à Tordre?
Il importe de remarquer que la question de la Destinée n’a e'te' envisagée dans la notice précédente , que sous le rapport seulement de la carrière et de la fonction terrestres de l’humanité. La théorie générale des Destinées est une question bien autrement large et qui comporte la conception de la Loi transcendante qui régit la vie universelle. La connaissance de cette Loi, la conquête de cette science suprême, doivent donner à l’homme non-seulement l’intelligence du présent , mais encore celle de l’avenir et du passé, la théorie rationnelle de l’immortalité de l’âme , et des migrations antérieures et postérieures.
Nous n’avons donc envisagé qu’un cas particulier du problème général ; nous n’avons déterminé qu’une application spéciale de la Loi ; nous ne nous sommes pas occupé de la vie universelle , de l’ensemble des Etres, mais uniquement du règne hominal , et encore du règne hominal en développement terrestre , en vie inférieure.
Toutefois , on peut saisir facilement le lien qui existe entre la Destinée spéciale que nous avons déterminée et la Destinée universelle. En effet , sans entrer à cet égard dans des développemens détaillés, qui trouveront leur place ailleurs, n’est-il pas clair que l’homme ne peut accomplir la haute gérance dont il est chargé, et recevoir l’investiture de sa Destinée active qu’a la condition des conquêtes intellectuelles les plus transcendantes ,
puisqu’il ne peut e'tablir l’ordre et l’harmonie sur son domaine terrestre que par suite de la connaissance de la Loi d’ordre et d’harmonie qui re'git l’univers , et en se conformant à cette Loi , en l’appliquant aux choses sur lesquelles il a reçu puissance d’agir.
Il faut donc se garder de croire que la conception de Fourier matérialisé l’ide'e de Destinée, parce qu’elle précise l’idée et enseigne qu’elle doit spécialement porter sur l’action que l’homme est appelé à exercer. N’en déplaise à ceux qui donnent le nom de matériel à tout ce qui n’est pas vague et mystérieux, la Destinée d’un Être, c’est bien, comme nous l’avons énoncé, la fonction qu’il est appelé à remplir dans l'ordre universel. Mais quand la fonction est une fonction ordonnatrice , quand l’Être est un Être intelligent , quand il s’agit de l’homme, et que nous disons l’homme appelé a agir , à faire , a ordonner et régir, nous entendons qu’il ne peut agir suivant sa Destinée, et régir, qu’à la condition de connaître et de savoir.
Cette conception , que des esprits mal faits ou plutôt faussés, se plaisent à dire matérialisante , contient , comprend et embrasse une conception à laquelle ils ne font pas ce reproche , parce quelle a l’avantage d’être vague pour eux ; c’est celle que nous avons tous lue , enfans , dans la première page de notre catéchisme.
" D. Pourquoi Dieu nous a-t-il créé et mis au monde ? »
“ R. Pour le connaître, l’aimer, le servir, et par ce moyen » acquérir la vie éternelle. »
Cette conception est belle et vraie , mais a la condition d’être féconde'e et précisée , à la condition qu’on ne la laissera pas dans une région vague , et que l’on commentera ainsi la réponse :
L’homme est appelé à connaître Dieu ; mais il ne peut connaître Dieu qu’en acquérant la connaissance de la Loi d’ordre et d’harmonie qui régit l’univers ; car cette Loi est la révélation de la pensée de Dieu ;
L’homme ne peut servir Dieu qu’en appliquant cette Lo d’ordre et d’harmonie au monde sur lequel il a reçu puissance et domination , car c’est pour accomplir cette tâche que Dieu lui a donné force et intelligence ;
L’homme ne peut aimer Dieu qu’en s’élevant a la connaissance de sa Loi, et réalisant cette Loi, car elle seule peut donner le bonheur à tous les Etres, et établir universellement le concert affectueux du Créateur avec la créature ;
L’homme, enfin, ne peut acquérir la vie éternelle , qu’en entrant dans les voies de cette Loi suprême d’ordre et d’harmonie ; car tant qu’il reste hors de ces voies , il reste hors de l’ordre et de l’harmonie, hors de la vie universelle et éternelle.
Les Considérations sur V Architectonique exposées ici, sont extraites d’un ouvrage ayant nom Destinée Sociale. Cette brochure est un ‘prospectus-spécimen pour l’ouvrage entier, qui a pour but de développer la science sociale découverte par Fourier, de la mettre à la portée des bonnes intelligences , et de la faire entrer partout ou il est intellectuellement possible qu’elle entre. Afin de donner une idée générale de cet ouvrage, je vais rapporter ici la table des chapitres contenus dans le premier volume qui a paru déjà , mais qui ne se donne maintenant qu’aux personnes qui prennent une souscription , l’ouvrage ne devant être livré au commerce qu’après la publication du dernier volume. — Voici celte table.