‹ Considérations su l'histoireChapitre 111 sur 136 · Plutarque, Vie de Ly sandre · texte numérisé non relu

Plutarque, Vie de Ly sandre

quement à manquer de génie et s’est condamné à la stérilité. On est contraint d'admirer l’énergie du parti pris Spartiate, qui sera tenté de l’imiter? Athènes a vécu, mais elle revit, Sparte n’a que vécu.

Thucydide pense que « le motif véritable et non divulgué » de la guerre entre les deux cités fut que les Athéniens, devenus puissants et inspirant des craintes aux Lacédémoniens, mirent ceux-ci dans la nécessité de prendre les armes.

La nécessité, en pareille occurrence, on la connaît : elle se nomme l’ambition. Quand la guerre latente éclata entre les deux champions, ils s’efforcèrent d’attirer autour d’eux des alliés. 'Ce fut, on le conçoit, leur grande affaire, et cette brigue des alliances grecques ou étrangères ne prit fin qu’avec la Grèce ; on préparait ainsi de loin, mais dès le début, la venue de Philippe de Macédoine et des Romains que l’avenir tenait en réserve derrière la scène pour le dénoûment. « Peu d’années après qu’ils eurent re^ poussé le barbare en réunissant leurs efforts, les Grecs se divisèrent entre les Athéniens et les Lacédémoniens, tant ceux qui s’étaient détachés du roi que ceux qui s’étaient alliés contre lui. Par leur prépondérance ces deux peuples brillèrent du plus grand éclat. Les uns étaient puissants sur terre, et les autres sur mer. La coalition dura peu de temps ; les Lacédémoniens et les Athéniens se brouillèrent ensuite et se firent la guerre avec l’aide des alliés. Les autres Grecs, s’ils venaient à se diviser, se liguaient avec les deux peuples ; de sorte que, depuis la guerre des Perses jusqu’à celle-ci, sans interruption, tantôt en paix, tantôt en guerre entre eux ou avec leurs alliés rebelles, ils furent bien préparés pour combattre et acqui-

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rent plus d'expérience, parce qu’ils s’exercaient au milieu des dangers *. »

Voilà donc la carrière ouverte aux dissensions de ménage entre les peuples de la Grèce que le Perse avait unis.

« Le plus important des faits antérieurs, poursuit Thucydide, est la guerre médique ; mais elle fut bientôt ter- * minée en deux batailles sur mer et autant sur terre. La guerre actuelle s’est prolongée considérablement, et, pendant sa durée, il est arrivé en Grèce des désastres tels qu’il n’y en eut pas de semblable dans un espace de temps égal : car jamais tant de villes ne furent prises et dévastées, les unes par les barbares, les autres par les Grecs eux-mêmes qui se faisaient la guerre (il y en eut même qui, étant tombées au pouvoir de l’ennemi, changèrent d’habitants), ni tant d’exils d’hommes, ni tant de meurtres, soit dans les batailles, soit dans les séditions. Des choses qu’on entendait raconter autrefois, mais qui ne s’effectuaient que rarement, devinrent croyables : des tremblements de terre, par exemple, qui s'étendirent sur une grande partie de la terre avec beaucoup de violence ; des éclipses de soleil, plus fréquentes que celles antérieurement connues de mémoire d’homme ; dans certains pays, de grandes sécheresses, et, par suite, la famine ; enfin, ce qui causa non moins de mal, et détruisit une partie de la Grèce, la peste. Tous ces maux fondirent sur elle à la fois en même temps que la guerre actuelle. Les Athéniens et les Lacédémoniens la commencèrent, en rompant le traité de trente ans, conclu entre eux après la prise de l’Eubée. »

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