‹ Considérations su l'histoireChapitre 112 sur 136 · Thucydide · texte numérisé non relu

Thucydide

La guerre en se prolongeant va produire ses effets ordinaires, éclipser dans l’homme la partie humaine, la raison et la justice, au profit de la partie bestiale, la fureur de la vengeance et des sanglantes représailles.

Les habitants d’Égine sont chassés avec leurs femmes et leurs enfants par les Athéniens qui les accusent d’être

une des principales causes de la guerre ; c’est qu’il ne

déplaisait pas aux Athéniens de peupler Egine à leur profit et de la posséder. « Ils croyaient, dit Thucydide qu’ils posséderaient avec plus de sûreté Égine, qui touche au Péloponôse, en y envoyant une colonie tirée de leur sein, et y firent passer des colons peu de temps après. Les Lacédémoniens par inimitié pour les Athéniens, .et reconnaissants du bienfait que, dans le temps du tremblement de terre et de l’insurrection des Ilotes, les Ëginètes leur avaient rendu, donnèrent à ces exilés Thyréa pour l’habiter, et ses campagnes pour en jouir. Le territoire de Thyréa confine à l’Argie et à la Laconie, en descendant jusqu’à la mer. Une partie des Éginètes s’y établit, et les autres se dispersèrent dans le reste de la Grèce.

« A la suite d’un combat naval qui donna la victoire aux Corcyréens sur les Corinthiens dont ils détruisirent quinze vaisseaux, les vainqueurs réduisirent encore le même jour par capitulation ceux qui assiégeaient Épidamne; d’après cette capitulation, ils vendirent les étrangers, et retinrent les Corinthiens dans les fers, jusqu’à ce qu’il en fût décidé autrement.

« Après le combat naval, les Corcyréens dressèrent un trophée à Leucimne, promontoire de Corcyre,et égorgèrent tous leurs prisonniers, excepté les Corinthiens, qu’ils retinrent dans les fers. Ensuite les Corinthiens et leurs

LA GRECE

alliés, battus sur mer, s’étant retirés chez eux, les Corcyréens restèrent maîtres de tous ces parages ; puis ayant fait voile pour Leucade, colonie des Corinthiens, ils en ravagèrent la campagne et brûlèrent Cyllène, chantier

des Éléens, parce que ceux-ci avaient fourni aux Corin-

thiens des vaisseaux et de l’argent. Durant la plus grande partie de l’année, après le combat naval, ils eurent l’empire de la mer, et, débarquant chez les alliés des Corinthiens, y portèrent le ravage. »

L’exemple était donné par les Athéniens. A chaque propos, ils dévastent les domaines des Lacédémoniens et de leurs alliés, qui le leur rendent à chaque occasion.

« De là, s’étant embarqués, ils allèrent à Prasiæ, ville maritime de la Laconie, ravagèrent une partie de la campagne, prirent la place et la saccagèrent. »

Des ambassadeurs de Sparte sont mis à mort par les Athéniens qui les égorgent : « Sans les juger, raconte Thucydide, et pendant qu’ils voulaient parler. Ils les jetèrent ensuite dans des fondrières. Ils se crurent en droit d’user de représailles contre les Lacédémoniens, qui tuèrent et jetèrent dans les fondrières les commerçants d’Athènes et des alliés qu’ils avaient pris naviguant autour du Péloponèse sur des vaisseaux marchands ; car au commencement de la guerre les Lacédémoniens traitaient en ennemis et mettaient à mort tous ceux qu’ils arrêtaient sur mer, soit alliés des Athéniens, soit neutres. »

Faut-il en croire Xénophon lorsqu’il décrit ainsi les procédés des Athéniens envers leurs alliés, même dans la paix : « A l’égard des alliés, quand il* aborde chez eux, il y

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