I. Le peuple athénien
poursuit les gens de mérite de sa calomnie et de sa haine, mais c’est parce qu’il est convaincu que tout supérieur doit être haï de son inférieur ; que, si on laisse les riches et les puissants se fortifier dans la république, avant peu la souveraineté populaire aura vécu à Athènes. C’est en vertu de ces principes que le peuple dégrade les hommes de talent, confisque leurs biens, les condamne à la mort ou à l'exil et élève des hommes de rien. Par contre les gens recommandables d’Athènes soutiennent les gens recommandables des villes alliées, dans la penséequ’il est de leur intérêt de défendre les premiers citoyens d'une république. On dira peut-être que ce serait une force pour les Athéniens d’avoir des alliés en état de leur fournir des subsides. Mais les démocrates regardent comme un plus grand bien que chaque Athénien mette personnellement la main sur la fortune des alliés, afin que ceux-ci, réduits à ce qu’il faut pour vivre et pour travailler, soient hors d’état de nuire. Le peuple athénien paraît encore avoir pris une mauvaise mesure, en contraignant les alliés à venir par mer à Athènes pour leurs procès. Mais il calcule de son côté tous les avantages qui peuvent en résulter pour le peuple d’Athènes. Et d'abord il tire profit toute l’année des sommes consignées par les parties; ensuite, sans sortir de chez lui, sans mettre voiles dehors, il gouverne les villes alliées, soutient les états démocratiques et écrase ses ennemis dans les tribunaux. Si au contraire les alliés avaient chez eux droit de justice, leur haine des Athéniens leur ferait conjurer la perte de tous ceux des leurs qui tiendraient pour le peuple d’Athènes. Ce n’est pas tout. Le peuple athénien gagne encore ceci à traduire les alliés devant les tribunaux d’Athènes.
LA GRÈCE
D’abord la république s’enrichit de la perception du centième au Pirée ; ensuite si l’on a une maison à louer on en tire un meilleur profit ; et de môme si l’on a un attelage ou un esclave à mettre en location; enfin les crieurs publics ne sé trouvent pas niai de ce voyage des alliés. De plus, si les alliés ne venaient pas vider leurs procès à Athènes ils n’auraient de considération que pour ceux des Athéniens qui naviguent chez eux, stratèges, triérarques députés; maintenant, chacun des alliés est contraint de faire la cour à tout le peuple, sachant bien qu’une fois à Athènes il ne pourra perdre ni gagner que par devant le peuple qui est la loi d’Athènes. Là encore, on est forcé de s’humilier dans les tribunaux et de prendre la main de chaque arrivant. Aussi les alliés sont-ils réellement les esclaves du peuple. »
C'est tout ce que j’ai vu dans Rome à mon abord.
N’a-t-on point de présents à faire,
Point de pourpre à donner, c'est en vain qu’on espère Quelque refuge aux lois : encor leur ministère A-t-il mille longueurs *.
Sparte, devenue maîtresse d’Athènes dans cette guerre acharnée, lui fit payer cher sa gloire et son ascendant dominateur; mais la vitalité d’Athènes n’est pas éteinte, les trente tyrans installés chez elle, ses murs rasés, sa flotte détruite ne l’ont pas épuisée. Le traité d’Antalcidas lui laisse le temps de respirer, elle se redresse et prospère de nouveau ; son heure n’est pas venue.
Elle ne sonnera que lorsque la mort germera dans son propre sein, et que la décadence née d’elle-même rongera