I. Max Duncker, Histoire de V Antiquité
dO CONSIDÉRATIONS SUR L’HISTOIRE.
pieds, avait une longueur de douze à quinze milles allemands; les murs de Babylone, sur un périmètre de huit à neuf milles, mesuraient cent ou deux cents pieds d’élévation et quatre-vingt-deux pieds de largeur. Cependant Ninive tomba, elle dut sa chute au Tigre comme Ba* byîone dut la sienne à l’Euphrate détourné par l’ennemi. Ces murailles prodigieuses disent assez sous quelle loi a vécu l’Orient. Les arts manuels y ont fleuri, le commerce y a prospéré, le luxe y a pris des proportions qui ont rendu l’Asie proverbiale; mais tout cela n’a vécu, n’a grandi que sous l’égide de la force et toujours exposé à des coups de force. La conquête, d’un mot, a gouverné, et l’Orient n’a eu d’autre appétit que celui des conquêtes. Les grands conquérants sont ses représentants, ceux dont les bas-reliefs nous racontent les exploits , ceux qui brillent dans la tradition et qui font seuls les frais des annales de pierre ou de papyrus. Il n’y a qu’eux ; il ne pouvait y avoir qu’eux. L’Orient, c’est Sémiramis, Ninus, Cyrus, Rhamsès, Nabuchodonosor, — ce sera quelque jour Omar, Gengiskhan, Tamerlan.
Dans les bas-reliefs de Ninive nous ne voyons que prisonniers qui défilent, villes prises d’assaut, maisons incendiées et pillées, archers bandant leurs arcs, guerriers, chefs et rois sur leurs chars, vainqueurs coupant des têtes, greffiers qui les enregistrent avec soin en présence du roi ou du chef, afin d’évaluer au plus juste les portes de l’ennemi. « A peine le bélier avait-il fait brèche, dit M. Layard, et l’assaut avait-il commencé, les femmes apparaissaient sur les remparts et, s’arrachant les cheveux, étendant leurs mains suppliantes, demandaient grâce. 11 n’est pas rare que les hommes soient représen-
L’ORIENT
tés avec elles implorant le pardon du vainqueur. Lorsque les assiégeants s’étaient rendus maîtres de la place, un massacre général parait avoir eu lieu et la ville communément était livrée aux flammes. » Enfants et femmes étaient entraînés comme du bétail, des populations entières transportées comme colons dans une possession éloignée. « Il est très-probable que dans la plupart des cas, comme nous le savons des Israélites sous Salmanassar, le peuple arraché à ses foyers n’était pas transféré dans une contrée unique, mais qu’on le partageait, ce qui réduisait le danger autant que possible. Le livre d’Esra nous apprend comment ces colonies étaient organisées l. »
/ Les bas-reliefs retrouvés dans les fouilles de Ninive sont
un commentaire parlant de ces dramatiques paroles d’Ézéchiel :
« Car ainsi a dit le Seigneur l’Êternel : voici je vais faire venir de l’aquilon Nébucadnezar, roi de Babylone, le roi des rois, contre Tyr, avec des chevaux, et des chariots, et des gens de cheval, et un grand peuple assemblé de toutes parts.
« Il passera au fil de l'épée les villes de ton ressort; il élèvera des forts contre toi, et dressera des terrasses contre toi, et lèvera le bouclier contre toi.
« Et il posera ses machines de guerre contre tes murailles, et démolira tes tours avec ses marteaux.
« La poussière de ses chevaux te couvrira, à cause de leur multitude; tes murailles trembleront du bruit de la cavalerie, des charrettes et des chariots, quand il entrera