Eugène Flandin, Voyage en Pei'se
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c’étaient les Français de l’Orient... Ils sont spirituels, aimables, polis, bienveillants, hospitaliers, braves, alertes, leur imagination brillante aime la poésie, la peinture , les arts de toute espèce, et se passionne pour la gloire militaire.
« Ils sont extrêmement exaltés pour tout ce qui tou-
che à la foi dissidente qu’ils ont embrassée avec ferveur; pourtant il faut reconnaître que leur fanatisme a quelque .chose de plus intelligent, de moins brutal que celui des Turcs. Ainsi, les Sunnites ne souffrent pas qu’on mette . en discussion un seul des dogmes de leur religion ;.les Persans, au contraire, se plaisent dans la controverse; • loin de l’éviter iis la recherchent avec cette assurance que donne une foi vive et un esprit délié.
« C’est vraiment une chose remarquable que de voir avec quelle merveilleuse facilité un pauvre mirza1 adopte les allures d’un grand seigneur, avecquel naturel il prend les airs et les belles manières de l'aristocratie, avec quelle aisance il change ses habits de cotonnade grossière contre des vêtements de cachemire et de soie, sans que l’on y remarque rien de choquant ou qui fasse contraste. Le Persan ne trahit jamais son origine. Cela tient évidemment à la noblesse de maintien, de langage et de manières qui caractérisent les nations asiatiques. L’Arabe, le Persan ou l’Indien a naturellement dans son attitude quel- . que chose de digne, d’élevé, de noble, qui empêche de distinguer le simple bédouin du chef de tribu, le raïa du Khan ou l’Indou prolétaire du nabdb autrement que parle costume. Mahomet n’était-il pas un pauvre chamelier?,
i. Artisan, marchand, laboureur*
« Intelligence naturelle qui reçoit aisément toutes les impressions et se moule sur toutes les formes, on pourrait presque dire qu'il n'y a pas un Persan inintelligent, comme il n’y en a pas de complètement illettré. »
L’imagination chez le Persan prime la volonté, l'intelligence primesautière , facile et qui se contente facilement, l’emporte sur la réflexion assidue rigoureuse envers elle-même. Artiste, il a les dons brillants des peuples artistes, mais aussi leur mobilité, conséquence d’une vivacité d'impression qui sans cesse déplace l’âme et nuit à sa consistance en augmentant son élan. Toute qualité se paie d’un défaut, toute lumière projette son ombre, excepté dans le ciel d’Ormuzd habité par des êtres parfaits. Ce qui est individuel est limité, ce qui est limité est incomplet ; les individualités collectives ou nationales, soumises à la loi du fini de même que les individualités personnelles , ne subsistent et ne se complètent que par l’échange de leurs qualités. Aucun individu, aucun peuple ne se suffît à lui-même ; l’humanité ne résulte que de leur concours, elle souffre de leur isolement, elle expire dans leurs haines, et quand ils se combattent c'est dans son sein qu’ils plongent leurs épées. Les peuples doués de solidité etde volonté persévérante sont plus favorisésdu côté du caractère que de l’esprit : tels furent les Égyptiens, les Juifs, les Phéniciens et les Romains parmi les anciens, tels sont les Anglais, les Américains, les Germains parmi nous. Les. peuples doués de facilité, à imagination bril-
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lante, à compréhension rapide, sont plus apparents étant plus extérieurs; ils ont beaucoup à l’étalage : les Persans, les Arabes, les Indous à quelques égards, les Athéniens,
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les Français, les Espagnols, les Italiens sont du nombre. Les premiers excellent dans les choses qui demandent avant tout l’énergie et l’application soutenue; leur politique à long terme, plus réformatrice que révolutionnaire, chemine en des transformations lentes qui pénètrent davantage et renouvellent mieux les esprits que les théories générales et les trop brusques changements; les travaux scientifiques de longue haleine et l’érudition, où ' la patience et le temps ont autant de part que l’intelligence, leur conviennent spécialement. Les seconds exercent leur supériorité dans les lettres et dans les arts; ils sont plus théoriciens que pratiques, et font en politique comme en religion plus de révolutions sans réformes que de réformes sans révolutions, parce que leurs idées sont plus vives que leur volonté n’est durable et qu’ils ont plus de passion que de caractère, plus d’éclat et de fécondité que de suite. Ce sont des peuples à grandes idées et d’un génie universaliste. Leurs dons naturels malheureusement, cause de faiblesse, les dispensent des grand se fforts et font qu’ils prennent moins- de peine. Iis . fleurissent plûs vite, mais se flétrissent de même. Ils récoltent les fruits de leur propre génie presque sans travail, semblables à ces terres fertiles que le moindre labourage trouve .reconnaissantes, alors que d’autres, rebelles, ou sévères à l’homme, exigent pour se rendre qu’on les approfondisse et cherche leurs trésors enfouis à l’aide d’un travail qui * ne se lasse point. Le Midi est favorisé, mais son privi* lége qui devance le Nord lui devient aisômentun piège ; la rude école septentrionale fait des hommeB de plus de Téflexion, de nerf et de discipline, qui finissent en accumulant l’effort par l’emporter sur ceux qui les distan-
cèreat d'abord : histoire du lièvre et de la tortue, du pot de fer et du pot de terre. Ne voit-on pas le fait se vérifier même dans les frontières d'une même nation, et ne semblerait-il pas que chacune a son pôle nord et son pôle sud? On trouve chez les peuples artistes l’élégance, la politesse, le tact fin, la vive intuition , la grâce, le goût, l’aisance des mœurs et des manières , tous les charmes enfin de la sociabilité et du plaisir ; la vie sera toujours plus agréable au milieu d’eux, à moins quelle ne dégénère en tourmente et ne se déchaîne en quelqu’une de ces crises sociales , religieuses ou politiques, qui prennent chez eux un caractère
de fureur exceptionnelle à raison de leur passion de rénovation générale et de l'élément expansif dans lequel ils vivent et respirent comme au sein d’une âme commune.
Deux choses ont préservé les Perses d’une décadence trop prompte, leur qualité de peuple agricole et leur amour de la vérité. Si l'industrie et le commerce sont la force, la terre est la santé des nations. Les Persans revêtaient les travaux des champs d'un caractère religieux : « Créateur des mondes doués de corps, ô pur, qu’est-ce qui en second lieu t’est le plus agréable? » ' demande Zoroastre à Ormuzd, qui répond : « C’est un saint homme qui s’y est construit une habitation dans laquelle il entretient le feu, du bétail, sa femme, ses enfants et de bons troupeaux, une habitation dans laquelle il y a abondance de bétail, abondance de probité, abondance de fourrages , de chiens , de femmes, de jeunes gens, de feu, de tout ce qui appartient à une bonne vie. »
— Abondance de biens et d'enfants, c’est le mot de la
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vie patriarcale : croissez et multipliez! — « Créateur des mondes doués de corps, poursuit Zoroastre, ô pur, qu'est-ce qui en troisième lieu t’est le plus agréable sur la terre? — C’est, ô saint Zarathoustra, l’endroit » où la culture fait produire du blé, des pâturages et des arbres portant des fruits bons à manger *, où l’on arrose un terrain aride ou bien où l’on dessèche une contrée humide. » L’Avesta représente comme mécontente la terre que néglige la main de l’homme, et qui comble de ses biens, comme un ami chéri, quiconque la travaille avec ardeur. La terre n’est-elle pas l’épouse de l’homme ? « A celui, ô saint Zarathoustra , qui cultive la terre de gauch© à droite et de droite à gauche, à celui-là la terre dit : Homme, qui m’as cultivée de gauche à droite et de droite à gauche, je veux toujours être fertile. Je veux toujours te fournir une abondante nourriture avec le fruit des champs. A celui, ô saint Zarathoustra, qui ne cultive pas la terre de gauche à droite et de droite à gauche, à celui-là la terre dit : Homme, qui ne m’as pas cultivée de gauche à droite et de droite à gauche, tu iras toujours d’une porte à l’autre, mendiant ta nourriture. »
Ces paroiesdu Vendidad valent bien, ce me semble, un cours d’économie politique fait en Sorbonne.
. Dans cette simplicité des premiers temps s’insinuèrent bientôt les germes morbides dont les capitales sont les grands foyers d’émanation. Le Perse épris de lumière l’était aussi d’éclat, et les monarques de l’Iran ont rayonné d’un luxe fabuleux même en Asie. Suze, Sardes. Ecba-