Hymne, La êainie Parole (Vâk
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la fugitive objection qui ne semble faite que pour glorifier davantage la foi spontanée aura vaincu les efforts du cœur affamé de croyance : après avoir commencé par tout croire on finira par tout nier.
La dialectique est un terrible scalpel, elle dissèque les oeuvres vivantes de l’âme, elle fouille en leurs dernières fibres les poèmes religieux étendus sous notre regard; mais elle n’attend pas qu’ils soient morts, c’est une dissection sur le vif qu’elle accomplit. On voit grandir la dialectique dans l’évolution religieuse des Indous à mesure que la tendance polythéiste, qui est celle du peuple en tout pays, fait place à l’idée de l’unité universelle et soulève au-dessus des dieux multiples et familiers, voisins de l’homme, intimes avec lui, la grande abstraction qui doit les dévorer sous le nom de Brahma. Agni, le feu céleste qui rayonne du soleil dans les espaces, ouvre la voie à Brahma. Il existe en tout; lumière, foudre, chaleur, vie, tout procède de lui, c’est déjà une sorte d’âme universelle. Chaque divinité des Védas tend de la sorte à s'universaliser, à se panthéiser, si l'on me passe le mot. D’Agni à Brahma, du védisme au brahmanisme, il n’y a réellement que la distance qui sépare de l’unité universelle vaguement pressentie la claire notion de son existence devenue un objet de spéculation. Mais cette distance franchie, et la religion naïve du sentiment transformée en théologie métaphysique, c’en est fait de la communauté qui existait
au début : le peuple et les penseurs se séparent à leur mutuel détriment, la masse s’enfonçant dans la superstition et le cérémonial qui n’exigent d’elfe aucun effort d'esprit, tandis que les étoles sacerdotales et les écoles philosophiques, dans une rivalité de raisonnement effréné,
L’ORIENT
s’efforcent de saisir l’insaisissable, jusqu’au jour où de la plus haute cime l’esprit atteint de vertige tombe dans le vide et jette avec Bouddha le plus formidable cri de désespoir qui ait retenti dans le monde avant celui du Psalmiste : tout est vanité, il n’existe que l’illusion, il n’y a que le néant !
Oh ! qu’il est doux, lorsqu’on a parcouru ces routes poudreuses de la dialectique, de désaltérer un instant son âme aux sources fraîches, et de sentir passer sur son front courbé sous le poids de la pensée la libre inspiration des émotions premières ! Nous avons exilé les dieux loin de nous à force d’y penser, mais en quelle charmante familiarité nous vivions encore avec eux dans ces lieux d’où notre race a pris l’essor :
« Viens, amène la troupe céleste, fais-îes asseoir sur le gazon et consomme le sacrifice. »
« Agni, à côté des parents qui t’ont produit, dieu vigilant et irrépréhensible parmi les dieux, toi qui t’es donné une forme sensible, sois-nous propice : accueille le sacrifice du père de famille. Toi qui possèdes la fortune, tu
peux bien conférer la richesse.
« Agni, tu es pour nous un défenseur prudent et un père : à toi nous devons la vie, nous sommes ta famille. En toi sont des biens par centaines, par milliers; insensible, tu es la force des héros et le gardien des sacrifices.
« Agni, alors que tu pris une forme humaine pour le bien de l’humanité, les dévas te donnèrent comme général à Nahusâ. Quand le fils de notre Père naquit, c’est eux aussi qui choisirent Ilâ pour commander aux enfants de Manu.
« Agni, déva, par tes secours protège nos biens et nos
personnes. Tu mérites nos louanges. Tu^conserves les vaches du fils de ton fils, toujours attentif à perpétuer ton culte.
« Agni, tu étends ta protection sur le serviteur, inconstant dans ses hommages. Tes quatre yeux brillent et s’allument. Tu chéris la prière du prêtre qui te présente l’holocauste. Car tu es bon et miséricordieux1. »
Les dieux et les hommes ne cesseut de communiquer ensemble dans les Védas, ainsi que dans l’Iliade et dans la Bible. L’on est encore près du début où la familiarité s’unit au sublime. Et dans le culte des Aryens de cette époque, quelle douceur d’invocation, quelle tendresse voilée, à la fois intime et respectueuse ! Nulle terreur ne s’y fait sentir, il n’y a que de l’amour et de la confiance : on dirait une idylle religieuse. Le pardon est près de la faute, la méditation du péché n’a pas encore creusé dans l’homme les demeures sombres du remords :
« Que notre faute soit effacée, ô Agnil purifie notre fortune. Que notre faute soit effacée !
« Nous demandons, en t’offrant le sacrifice de beaux champs, de la prospérité, des richesses. Que notre faute soit effacée I
« Si le premier des chantres divins ici présents, si nos chefs de famille s'avancent pour t’honorer, que nos fautes soient effacées 1
« O Agnil si ces chefs de famille, si nous-mêmes nous nous avançons avec respect, puissions-nous obtenir la victoire ! Que notre faute soit effacée !