Tôlo ovale
2. Légende de Samgha. — Type de lu beauté aryenne, très-Jiflereni du nègre ou du mongol.
Bouddha répandait autour de soi cet amour de la dialectique qui est le caractère intellectuel de sa prédication. Une femme portée vers ses idées convainc sou frère, un brahmane, d’une faute de raisonnement ; le brahmane aussitôt de se retirer dans la solitude et de se mettre à étudier, il devient bouddhiste. Voici un échantillon de la manière de Bouddha où se trouve eu même temps résumée sa doctrine :
« Ce corps naturel et grossier, ô Agni vaiçyùvana, est formé des cinq grands éléments. Un auditeur respectable doit s’arrêter dans la considération que le corps est perpétuellement soumis à la naissance et à la mort. 11 doit s’arrêter dans la considération de l’absence d’attachement, dans celle de l’anéantissement, dans celle de l’abandon. Quand un auditeur respectable s’arrête dans la considération que le corps est perpétuellement soumis à la naissance et à la mort, alors ce qu’il éprouve en son corps d’amour, d’attachement, d’affection, de complaisance, de passion pour ce corps même, tout cela, vaincu par son esprit, ne subsiste pas.
« Il y a, ô Agni vaiçvâyana, trois espèces de sensations; et quelles sont ces trois espèces? Ce sont la sensation agréable, la sensation désagréable et la sensation qui n’est ni agréable ni désagréable. Dans le moment où un auditeur respectable et qui a beaucoup étudié perçoit une sensation agréable, les deux autres sensations, à savoir la sensation désagréable et la sensation indifférente, n’existent pas pour lui; l’auditeur respectable 11e perçoit eu ce moment que la sensation agréable; mais cette sensation elle-même est passagère et soumise à l’anéantissement. Dans le moment où un auditeur respectable perçoit
une sensation désagréable, les deux autres sensations, à savoir la sensation agréable èt la sensation indifférente, n’existent pas pour lui : l’auditeur respectable ne perçoit en ce moment que la sensation désagréable, mais cette sensation elle-même est passagère et sujette à l’anéantissement. Dans le moment où un auditeur respectable perçoit une sensation indifférente, les autres sensations, à savoir la sensation agréable et la sensation désagréable, n’existent pas pour lui, l’auditeur respectable ne perçoit en ce moment que la sensation indifférente; mais cette sensation elle-même est passagère et sujette à l’anéantissement.
« Alors il fait cotte réflexion : quelle est la cause, quelle est l’origine, quelle est la naissance, quelle est la production de ces sensations ? C’est le contact qui est la cause, l’origine, la naissance, la production de ces sensations. Quand a lieu la production de tel et tel contact, telles et telles sensations sont produites; quand a lieu la cessation de tel et tel contact, telles et telles sensations cessent egalement, sont calmées, sont refroidies et disparaissent. Quelle que soit la sensation qu’il perçoive, qu’elle soit agréable, désagréable ou indifférente, il en connaît dans leur réalité l’origine, l’anéantissement, la diminution, l’apparition et la production. Connaissant ainsi dans leur réalité, l’origine, l’anéantissement, etc., de ces sensations, quand ces sensations viennent h se produire, il s’arrête dans la considération qu’elles sont passagères, dans la considération de l’anéantissement, dans celle de l’absence d’attachement, dans celle de la cessation, dans celle de l’abandon. Éprouvant une sensation qui dure autant que dure son corps, il connaît telle qu’elle est cette vérité : je
perçois une sensation qui dure autant que mon corps. Eprouvant une sensation qui dure autant que sa vie, il connaît telle qu’elle est cette vérité : j’aperçois une sensation qui dure autant que dure ma vie. Et après la dissolution de son corps, comme aussi quand sa vie n’atteint qu’à la moitié de sa durée, toutes les sensations perçues par lui eu ce monde même, cessent sans qu’il en reste rien, disparaissent, sont détruites, sont anéanties sans qu’il eu reste rien. 11 fait donc la réflexion suivante : Même pendant que je percevrai une sensation agréable, la dissolution de mon corps aura lieu; c’est là qu’est le terme du plaisir. Meme pendant que je percevrai une sensation désagréable, ou une sensation indifférente, la dissolution de mon corps aura lieu : c’est là qu’est le terme de la douleur. Même quand il perçoit une sensation agréable, il la perçoit détaché et non attaché. Même quand il perçoit une sensation désagréable ou indifférente, il la perçoit détaché et non attaché. Et de quoi est-il détaché? Il l’est de l’attachement, de l’aversion, de l’erreur; il l’est de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, du chagrin, des lamentations, de la douleur, des inquiétudes, du désespoir, des misères. Voilà, 6 Agui vaiçyàyuna, ce que je dis. »
Suivant une légende populaire, ces paroles se font entendre dans le ciel, quand y pénètrent les rayons lumineux produits par le sourire de Çakya :
« Gela est passager, cela est misère, cela est vide, cela est privé de substance. »
Ce fils de roi qui a descendu les marches du trône pour s’en aller, le sac du mendiant sur les épaules, prêcher la délivrance aux malheureux vivants, ne redoute rien :
comment craindrait-il la mort qu’il a vaincue en détruisant le germe des renaissances ! Mais ses disciples auront-ils la môme fermeté et leur courage ne faiblira-t-il pas devant les obstacles? C’est en ces termes qu’il met à l’épreuve un néophyte impatient d’aller répandre la bonne nouvelle :
« Par cette exposition, ô Pûrna, je viens de t’instruire d’une manière abrégée. Où veux-tu maintenant habiter? où veux-tu fixer ton séjour? — Par cette exposition, seigneur, répondit Pûrna, Bhagavat vient de m’instruire d’une
manière abrégée; je désire habiter, je désire fixer mou sé-
jourdansle pays desÇrôuûparàntakas. — Ils sontviolents, 6 Pûrna, les hommes du ÇrônAparûnta ; ils sont emportés, cruels, colères, furieux, insolents. Lorsque les hommes du Crônàparànta, ô Pûrna, t’adresseront en face des paroles méchantes, grossières et insolentes, quand ils se mettront eu colère contre toi et qu’ils t’injurieront, que penseras-tu de cela? — Si les hommes du Çrônapanlnta, û seigneur, m’adressent en face des paroles méchantes, grossières et insolentes, s’ils se mettent en colère contre moi et qu’ils m’injurient, voici ce que je penserai de cela : ce sont certainement des hommes bons que les Çrônàparùntakas, ce sont des hommes doux, ceux qui m’adressent en face des paroles méchantes, grossières et insolentes, ceux qui se mettent en colère contre moi et qui m’injurient, mais qui 11e me frappent ni de la main ni à coups de pierres. — Ils sont insolents, û Pûrna, les hommes du Çrûndpardnta (etc. comme ci-dessus). Si les hommes du Çrôndparûuta te frappent de la main ou à coups de pierres, que penseras-tu de cela? — Si les hommes du Çrônâpan\nta,ô seigneur, me frappent de la main ou à coups
un néophyte qui n’avait reçu l’investi turc que depuis un demi-mois se tenait derrière lui, avant à la main un chasse-mouche avec lequel il éventait son maître. Cette réflexion lui vint alors à l’esprit : « Bhagavat célèbre le détachement, la cessation, le renoncement. Pourquoi ne m’arrêterais- je pas dans la considération de l'abandon, dans la considération du détachement, dans celle île la cessation, dans celle du renoncement? En conséquence le respectable Càriputra s’étant arrêté dans la considération que les conditions étaient passagères, qu’elles étaient sujettes à périr; s’étant arrêté dans la considération du détachement, de la cessation, du renoncement, débarrassa, en n’en admettant aucune, son esprit de toutes ses imperfections. »
Écoutez, vous qui êtes travaillés et chargés; le Nirvana est l’asile, le Nirvana est lerefuge, le Nirvana est le port: « Beaucoup d’hommes, chassés par la crainte, cherchent un asile dans les montagnes et dans les bois, dans les ermitages et auprès des arbres consacrés.
« Mais ce n’est pas le meilleur des asiles; ce n’est pas là le meilleur refuge, et ce n’est pas dans cet asile qu’on est délivré de toutes les douleurs.
<c Celui, au contraire, qui cherche un refuge auprès de Bouddha, de la loi et do l’assemblée, quand il voit avec la sagesse les quatre vérités sublimes,
« Qui sont la douleur, la production de la douleur, l'anéantissement de la douleur et la marche qui y conduit... voie sublime, salutaire qui mène au Nirvûna,
« Celui-là connaît le meilleur des asiles, le meilleur refuge; dès qu’il y est parvenu, il est délivré de toutes les douleurs. »
Le formalisme s’évanouit devant Bouddha et ses apôtres, le formalisme aussi n’est que vanité :
« En conséquence le respectable Samgha Rakchita se mit à instruire cette réunion de brahmanes 1 : ce n'est ni la coutume de marcher nu, leur dit-il. ni les cheveux nattés, ni l’usage de l’argile, ni le choix des diverses espèces d'aliments, ni l'habitude de coucher sur la terre nue, ni la poussière, ni la malpropreté, ni l'attention à fuir l’abri d’un toit, qui sont capables de dissiper le trouble dans lequel nous jettent les désirs non satisfaits ; mais qu’un homme maître de ses sens, calme, recueilli, chaste, évitant de faire du mal à aucune créature, accomplisse la loi, et il sera, quoique paré d’ornements, un brahmane, un çramana, un religieux. »
Xe croit-on pas entendre Jésus parlant aux pharisiens?
« Les brahmanes l’entendirent et firent cette réflexion : Ce langage est conforme aux sentiments d’un brahmane ; et par suite, il vint auprès de lui un brahmane d’abord, puis deux, puis trois, jusqu'à ce qu'enfin ils vinrent tous auprès de lui.
« Bhagavat leur donna ensuite l’enseignement ; et après de longs elTorls, après des études et une application profondes, ils obtinrent par l’anéantissement de toutes les conceptions du mal de voir face à face l'état d'arliat. Devenus arkats, affranchis de tout attachement pour les trois mondes, envisageant du môme regard l’or et une motte de terre, considérant comme égaux l’espace et la paume de leur main, ayant les mêmes sentiments pour
t. Légende de Samgha.
le bois cîe santal et pour la hache (qui le coupe), ayant brisé au moyen de la sagesse la coquille de l’œuf, ayant acquis la science, les connaissances surnaturelles et la sagesse accomplie, tournant le dos à l’existence, au gain, aux plaisirs et aux honneurs, ils devinrent de ceux que tous les dévas, accompagnés d’Indra et d’Upêndra, adorent, honorent et saluent.»
Bouddha , non moins compatissant que Jésus mais plus dialecticien, trahit des origines plus philosophiques. Vers l’époque où Çakya-JMouni surgit, le brahmanisme arrivé à son plus haut degré de tension voyait s’élever à côté de lui trois écoles philosophiques partagées entre trois systèmes principaux, le vedantâ, le mimansa, le sankhya ; de môme qu’à l’époque où Jésus se mit à méditer dans la solitude la régénération morale du peuple juif, les esséniens, les sadducéens, les pharisiens, sans négliger les sectes venues de Grèce et d’Alexandrie, se disputaient le terrain. Le système du vedantâ, issu des Védas, était un essai de traduction philosophique des plus anciens livres sacrés de l’Inde, auxquels s’efforcait toujours de se rattacher l’orthodoxie des brahmes par des interprétations où la souplesse de l’imagination le disputait à la subtilité de l’esprit. Le système du mimansa, devançant Kant de plus de deux mille ans, proclamait l’illusion du monde objectif ou phénoménal, et l’absorption de ce monde dans l’unique substance de Brahma. Le système sankhya, qui a pour auteur Kapila, proclame au contraire et cherche à prouver que la pluralité seule est substantielle, qu’il n’y arien que des êtres et des individus, que la nature une est sans intelligence, que les Ames multiples seules en sont douées ;
que la nature sans pensée et les âmes dont la pensée est l’essence n’ont entre elles aucun rapport possible. Ne serait-ce pas en souvenir de cette doctrine qu’un religieux adresse à Bouddha cette magnifique parole : a La nature de la pensée est celle de la lumière. » La doctrine du mimansa et celle du sankhya, si différentes qu’elles soient, visent ensemble à délivrer les esprits de leurs chaînes en les [délivrant de l’illusion de la matière. De môme qu’il y a des affinités visibles entre la doctrine de Jésus et celle des esséniens, il y en a d’évidentes entre celle de Bouddha et de Kapila. La doctrine sankhya admet , dit Bornouf, « la multiplicité et l’éternité des âmes humaines, en physique l’existence d’une nature éternelle, douée de qualités, se transformant d’elle-même, et possédant les éléments des formes que revêt l’âme humaine dans le cours de son voyage à travers le monde. » Dieu manque. Imbue d’athéisme et de métempsycose, que lui manque* t-il pour devenir le bouddhisme? Il lui manque le cœur de Bouddha s’ouvrant aux lamentations humaines et son esprit imaginant le nirvâna pour en sortir.
M. Hodgson a découvert au Népal quatre grandes écoles nées du bouddhisme, parmi lesquelles une école naturaliste, la plus ancienne et la plus rapprochée, ce semble, de la source , car les influences et solutions brahmaniques prévalent dans les autres qui cherchent à établir la personnalité divine, l’effort créateur et l’action. Quand on demandait aux partisans de cette école : D’où, viennent les êtres? ils répondaient : Svabhâvàt, « de leur nature propre. » — Et où vont-ils après cette vie ? — Dans d’autres formes produites par l’influence irré-
L’ORIENT
sistible de cette même nature. — Et pour échapper à cette inévitable nécessité de la renaissance, où faut-il qu’ils aillent ? — Dans le vide. » Ce vide, ajoute Burnouf, est ce que les bouddhistes appellent Çunyatâ, « la vacuité ; »» état qui selon les Svâbhavikas les plus rigides est un bien quoiqu’il ne soit rien ; car hors de là l’homme est condamné à passer éternellement à travers toutes les formes de la nature, condition à laquelle le néant même est préférable.
L’Allemagne a créé les mots de moi et de non-moi, de subjectif et d’objectif pour désigner l’homme et la nature extérieure ; soiLévolution métaphysique a tourné autour de ces termes. Kant et Fichte sont du côté du subjectif, la philosophie sceptique doute même du moi, le panthéisme de Hegel et de Schelling atürme l’identité du subjectif et de l’objectif, du moi et du non-moi. Les discussions philosophiques de l'Inde roulent déjà dans le même cercle de controverses. Doctrine de l’émanation, le brahmanisme tire toutes les âmes de l’unité pour les y ramener toutes ; il n’admet pas de multiplicité psychique essentielle. Le bouddhisme qui supprime Tune des données du problème, l’unité, en supprimant Dieu, part au contraire de la multiplicité essentielle des âmes qu’il suppose régies, chacune, par la loi générale mais individuellement inhérente de la métempsycose, et conclut à la suppression de l’âme afin de supprimer ses renaissances, sans s’inquiéter de savoir si l’âme individuellement substantielle peut être supprimée en substance. Le brahmanisme est plus conséquent dans sa conclusion avec son point de départ ; il va de Brahma, à travers l’existence ou les existences, à Brahma. Mais il ne nous apprend pas
davantage comment les âmes diverses issues de la substance unique s’en dégagent sans la disséminer, ni comment elles s’en distinguent sans avoir une existence réellement personnelle.
L’auteur du sankhya enferme Dieu dans ce dilemme : S’il y avait un Dieu, ou bien il serait indépendant du monde, ou bien il serait lié au monde. Il ne peut en être indépendant, car s’il l’était, rien ne le déterminerait à créer, et s’il était enchaîné au monde, dépendant du monde, il serait limité par celui-ci, il ne pourrait être omniscient4. Quanta Bouddha, il esttellement athée qu’il ne discute pas même la question de l’existence de Dieu : la discuter c’est la poser, la poser c’est supposer que Dieu peut exister. Dans son vaste et radical désenchantement où se réfléchissait le monde, il ne lui restait que deux voies ouvertes — ne pas admettre Dieu, ou le supposer méchant. La supposition intermédiaire qui l’admettrait comme bon mais non comme tout-puissant se trouve exclue dès que l’on est persuadé que rien absolument n’est bon de ce qui est, que toute vie n’est que misère, déception, souffrance sans espoir. Il n’est pas besoin de forcer outre mesure la note bouddhiste, pour en arriver à considérer la nature non comme une mère bienveillante — aima mater — mais comme une puissance mystificatrice dont les créatures seraient les jouets et les dupes. Elle les environne d’un voile magique et trompeur, elle les amorce à l’aide d’appâts illusoires qu’elle promène devant des affamés qui les suivent étourdiment. Que leur appétit les happe, il ne reste bientôt de