Traduction d’André Leîôvrc
Allonge ton grand corps éclatant et brumeux,
Tel qu'un pied de Vichnou qui couvre tout un monde. Plus loin, le Kailasa 1 2 montre sa tête ronde Que, sans la renverser, un géant souleva;
Et, plus blanc qu’un lotus, un rire de Çiva Réside sur ces pics, dents de neige éternelle!
Souvent ces purs glaciers où se peint ion corps noir A la belle Dourgà servirent de miroir.
Va donc, et pose-toi, pour lui rendre la joie,
Comme un jeune éléphant qu’lndra lui-méme envoie, Sur la colonne d’or où s’arrêtent les paons.
Modérant tes éclairs, par grâce, ne répands A travers les treillis que la lumière douce Des vers luisants joueurs enfouis dans la mousse ! Regarde! œil de gazelle et dents de blanc jasmin. Lèvres où la vimbâ 1 distilla son carmin,
Nombril profond, flanc large, ondoyant, taille fine Pliant sous les trésors d’une riche poitrine, Épanouissement de la jeunesse en fleur,
Pur chef-d’œuvre d’amour sorti du créateur.
C’est elle la moitié démon cœur solitaire.
Le chagrin la dévore, et sa beauté s’altère Comme l’éclat d’un lis que le givre a brûlé.
Elle est silencieuse et songe à l’exilé :
Telle d'un cygne absent la compagne est muette.
Sous le fardeau des jours elle penche la tête.
Les soupirs de sa lèvre ont flétri les couleurs,
Et couvrant à demi ses yeux gonflés de pleurs,
Ses cheveux dénoués tombent sur son visage Plus pâle que la lune au milieu d’un nuage.
Elle trace parfois mon profil amaigri,
Tel que l’a fait l’absence; et mon geai favori Semble me reconnaître et gémit dans sa cage.
Mais la nuit, la nuit pèse à cette solitaire Fidèle et sans sommeil, elle est couchée à terre. Sur sa fenêtre assis, prêt à la consoler,
Tu l’admires, cruel! avant de lui parler.