‹ Considérations su l'histoireChapitre 83 sur 136 · L'OR 1E MT · texte numérisé non relu

L'OR 1E MT

Tu regardai ion corps, blanc sur u couche bruns.

Aminci par le deuil cotume un croissant de lune

Et tout eu elle est deuil I ........

C’est que ce cher trésor est à moi tout entier. Comme au jour du départ l’absent peut s*y fier.

Ah! qu’ils pèsent ces jours de l’humide saison A l’absent tourmenté par le maître aux cinq flèches) Parfois les bois mouillés, avec leurs senteurs fraîches, Douces comme l’odeur qui flotte sur tes pas, T’évoquent un moment à mes yeux , et mon bras, Comme pour t’enlacer, ma jeune bien -aimée,

S’élance dans le vide et presse une fumée I

Comme moi, cœur fidèle, en ce cruèl divorce,

A la réflexion demande un peu de force ;

Quel être dans ce monde a reçu du destin Le bonheur sans limite ou le malheur sans fin?

11 faut qu’en son retour la roue infatigable Relève incessamment ceux que la chute accable.

Ainsi parla l’époux exilé. Le nuage A la nymphe éplorée apporta le message.

Kouvéra l’entendit et, louché dans son cœur.

Oubliant à la fois la faute et la rigueur,

Réunit les amants, et de joie éternelle Entoura les beaux jours de ce couple fidèle.

La volupté et l’amour, à travers les regrets, respirent dans cet hymne de la nostalgie conjugale. Mais son caractère panthéiste n’est-il point marqué à chaque vers, ne se trouve-t-il pas dans l’inspiration même qui fait du nuage, ce passant des airs, le confident et le messager des époux séparés?

La force de l’union conjugale est dans la famille. L’étymologie déjà nous informe de la place qu’elle tint

i. Les métaphores lunaires sont très en honneur chez les Indous comme chez les Germains panthéistes.

chez les Arvas primitifs. Le père signifie protecteur, d’après les racines qui subsistent dans le sanscrit ; la mère celle qui ordonne et distribue; le frère est le porteur, l’aide ; la sœur celle qu’on soigne ; la fille, la laitière : c’est la vie patriarcale se reflétant dans la langue avec une pittoresque naïveté 4. Ce culte originaire de la famille, le brahmanisme ni le bouddhimse ne l’ont pas effacé du cœur de l’Indou, malgré leur esprit monacal et solitaire : ne voit-on pas l’épouse émigrer avec l’époux dans les retraites de la pénitence? L’Orient mahométan est voilé, il relègue la femme à l’écart dans la maison et sur le seuil met en sentinelle la jalousie. Ni la vierge ni l’épouse ne marchèrent voilées dans l’Inde : « le voile de la femme, dit le Ramayana, c’est la vertu de l’épouse. »

L’enfant est le couronnement de l’union conjugale et le centre de la famille, les époux se joignent, se pénètrent, se continuent en lui.

. L’Indou se montre tendre et compatissant à l’enfant :

« .... Car il n’est point dans la nature de sensation plus délicieuse que le toucher d’un enfant.

« Tous les pères, éloignés quelque temps de leurs fils, se réjouissent à leur vue, ou plutôt ne cessent un instant de les avoir présents à la pensée! toi seul donc demeurerais insensible à cette impulsion universelle?... toi seul entendrais, sans en être ému, ces touchantes paroles que prononce pour le père le brahmane à la naissance d’un enfant?...

« O toi qui provient de toutes les parties de mon être, toi le fruit précieux de mes entrailles, toi qui es mon

1 A Weber, Indiscbe Sludien.

L’ORIENT

Ame même, puisses- ta vivre cent ans ! Sur toi repose le soin de mon existence, de toi dépend la perpétuité de ma race ; vis donc heureux, ô mon fils, l’espace de cent ans *.

« Écoute la voix de nos anciens sages, rappelle- toi ce

que, dans leurs chants immortels, ils ont dit de la femme,

cette compagne modeste de l’homme : c’est elle qui dans

le fils qu’elle lui donne prolonge soi\ existence en le fai-

saut revivre dans cet autre lui-même ; c’est à ce fils qu’il doit la délivrance des âmes de ses ancêtres. La femme est la moitié de l’homme, elle est sou ami le plus tendre : par sa voix caressante, elle sait dissiper les ennuis de sa solitude ; elle est son consolateur dans les peines inséparables des sentiers de la vie ; et à la mort de son époux, avec quel dévouement ne se précipite-t-elle pas sur le bûcher funèbre, résolue à ne point s’en séparer et à partager à jamais son sort, quel qu’il soit ? Plus religieuse que lui, souvent elle rallume dans son cœur une faible, étincelle de vertu qui allait s'éteindre, le sauve ainsi à son insu, et attire sur sa tête les faveurs de Brahmâ.

9 Non, il n’est point de spectacle plus touchant que celui d’un père respectable, entouré de sa femme et de ses nombreux enfants : de quel transport n’est-il pas luimême saisi lorsqu’il reconnaît dans ces innocentes créatures sa vivante image?... Quand un enfant accourt vers son père, et qu’il se précipite dans son sein pour l’embrasser, quoique tout couvert de la poussière qu’il vient de soulever dans ses jeux, quelles délices sont comparables à celles que lui procure ce baiser l »

« ... La petite fourmi protège ses œufs et ne les brise

i. Mahabharata, épisode de Sacoantala.

pasl... et toi, être doué du sentiment de la vertu et de la justice, tu ne protégerais pas, tu ne chérirais pas cet âtre faible à qui tu as donné la vie ? »

La famille fait le mariage plutôt que le mariage la famille : où l’enfant manque il peut y avoir des amants ou des amis conjugaux — il n’y a pas de vrais époux. Le code de Manou permet à l’homme de délaisser la femme stérile : la fin de l’union d’après lui est la naissance de l’enfant, ou pour mieux dire du fils qui doit faire renaître le père du sein de la mère. La plus grande vénération est prescrite aux enfants envers leurs parents : le père peut les châtier et les frapper, mais seulement avec un roseau de bambou.

Les animaux ne vivent en couple qu'en vue de leur progéniture; ils cessent d’être monogames quand cesse pour la progéniture la nécessité de leur aide. Cela se vérifie particulièrement chez les oiseaux, le nid est une prophétie. L’homme est monogame parce que pour lui la famille ne cesse pas d’exister une fois qu’elle a pris naissance. La polygamie existait dans l’Inde, mais atténuée par le génie austère et délicat de la race. Le code de Manou est implacable pour l’adultère, mais il proscrit la vente des femmes et 11e veut pas que celles-ci soient dotées même sous prétexte d’indemnité au mari : une union contractée de cette façon est celle des asouras ou des

mauvais esprits. Afin de ne pas rompre tout à faif avec l’antique coutume patriarcale, le don d’une vache ou d’un taureau est permis toutefois, mais seulement dans un but de consécration religieuse. Cela s’appelle l’union des saints. Le mariage uniquement contracté pour la satisfaction d’un penchant réciproque se nomme l’union

L'ORIENT

des musiciens célestes, celle des gandharvas : le code de Manou ne lui est pas favorable — est-ce parce qu’elle surpasse les simples mortels ou qu’elle ne tient pas assez compte du poids de la terre et des obligations morales du mariage? Si un père remet sa fille aux mains du fiancé avec ces mots : — Remplissez tous les devoirs qui vous incombent — il a consacré l’union du créateur; la donne* t-il richement vêtue, ornée de parures à un homme versé dans les saintes écritures qu’il a invité et reçu avec honneur dans sa maison, c’est l’union selon Brahma. Le don est-il fait à un prêtre en fonction, il marie sa fille d’après le rite des dieux. La pire façon de contracter un mariage est celle par le rapt, c’est l’union des géants; encore pire cependant est le mariage si le séducteur a d’abord enivré la jeune fille à l’aide de boissons capiteuses, ce qui est l’union des sangsues. D’après le livre de Manou, les mariages contractés par vente, pure inclination, ou séduction, portent de mauvais fruits; il n’en peut résulter que des fils cruels, menteurs, ou méprisant les védas. Le code défend de marier la plus jeune sœur avant l’aînée, il n’aime pas qu’on prenne sa femme dans le cercle d’une parenté trop rapprochée, ou dans une famille où régnent des maladies, non plus que dans celles qui négligent les pratiques religieuses. Il convient de choisir autant que possible une jeune fille qui ait le maintien décent du cygne — ou de l’éléphant 1 — qui ait les dents petites et les cheveux fins. Qu’on évite celles qui ont la voix forte, les yeux rouges, la bouche loquace, ou celles dont le corps est poilu.

i. Le plus pudique des animaux : l’Indou du règne animal.

Mais la chose essentielle est le mntuel amour :

« Qu’une fidélité mutuelle se maintienne jusqu’à la mort, tel est, en somme, le principal devoir de la femme et du mari. »

« Celui-là est un homme parfait qui se compose de trois personnes réunies, sa femme, lui-même et son fils; et les Bràhmanes ont déclaré cette maxime : le mari ne fait qu’une même personne avec son épouse. »

« Dans toute famille où le mari se plaît avec sa femme," et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. »

« Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites; mais lorsqu’on noies honore pas, tous les

actes pieux sont stériles1. »

— Honorez les femmes! a dit Schiller.

Capable des plus nobles actes de dévouement et de la dernière perversité, à la fois, comme dit Labruyère, meilleure et pire que l’homme, la femme n’a guère le sens de la justice, chose trop abstraite pourelle, et qui ne parle pas à sa sensibilité et à son imagination : les madame Roland sont rares. L’amour de la justice est une vertu de l’homme, la vertu virile par excellence, car elle donne à l’homme sa valeur et sa dignité. Certes, la femme ne mérite pas toujours le mot de Rousseau qu’elle n’est qu’un grand enfant ; son héroïsme d’amour est souvent admi-

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