INTRODUCTION
La prodigieuse extension de l’industrie sidérurgique et, d'autre part, l’effroyable proportion des blessures oculaires pendant la période de la guerre de tranchées, au cours du dernier conflit européen, ont donné une importance de plus en plus grande au problème de l'extraction des corps étrangers de l’œil, qui, s’ils ne provoquent pas directement l’apparition de lésions graves pour la vitalité de l’organisme lui-même, n’en sont pas moins redoutables par le fait qu’ils peuvent entraver complètement le fonctionnement d’un organe indispensable à la vie de relation.
Grâce aux électro-aimants,. l’on peut aujourd’hui extraire facilement des éclats qui jadis, lorsqu'ils étaient laissés dans les tissus oculaires, faisaient survenir à coup sûr des complications très dangereuses, panophtalmie, ophtalmie sympathique et autres, qui indiquaient formellement l’énucléation.
Dans une série de thèses élaborées à la Clinique ophtalmologique de Lyon, les indications de l’emploi des électro-aimants et surtout de l’électro-aimant géant de M. le Professeur Rollet, pour l’extraction de ces éclats, ont été nettement établies, et la technique
opératoire très complètement exposée. Dans un article récent, M. le Docteur Morax, ophtalmologiste de Lariboisière, étudiait les résultats fonctionnels de 48 extractions d’éclats intraoculaires qu’il avait pratiquées, en tenant compte de leurs poids, mais en néoeligeant les corps étrangers infimes, dont il ne présentait aucune observation.
Il était donc intéressant de reprendre cette étude des éclats intraoculaires et des résultats opératoires du traitement des blessures qu’ils avaient provoquées, en nous basant sur des évaluations très exactes de leurs poids, en insistant sur leurs formes et leurs dimensions dont les mesures donnent des enseignements de haute valeur au point de vue pronostic et thérapeutique.
Nous avons pu recueillir et examiner 255 éclats qui
ont été conservés à la clinique ophtalmologique de M. le Professeur Rollet parmi les 305 qui y ont été extraits à l’aide de son électro-aimant géant, les 50 autres ayant été égarés au cours des examens dont ils ont déjà fait l’objet.
Dans un premier chapitre, nous donnerons un apercu d'ensemble de la forme, des dimensions et des poids de ces éclats que nous répartirons en deux catégories: éclats de guerre, et éclats industriels, afin de : pouvoir plus facilement les comparer et analyser leurs caractères distinctifs.
Dans un second chapitre, nous verrons que les caractères physiques sont des facteurs très importants de leur tolérance par les milieux de l’œil, mais qu’ils ne sont pas les seuls et qu'il convient d’y ajouter l’a-
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sepsie et la localisation. Nous montrerons que ces facteurs sont rarement réunis et que la tolérance vraie des éclats intraoculaires n’est pas d'observation courante, comme le démontre le petit nombre de cas que nous en avons pu recueillir. |
Dans un troisième chapitre, nous nous occuperons du pronostic et des résultats fonctionnels des blessures de l’œil par ces éclats, très différents dans les 2 catégories.
Enfin, dans un dernier chapitre, nous exposerons les résultats individuels de nos mensurations et de nos pesées.
Mais, auparavant, nous voulons remercier M. le Professeur Rollet de nous avoir guidé dans le choix de notre sujet, et lui apporter le témoignage de notre reconnaissance pour les précieux conseils dont il a bien voulu nous aider, avec sa bienveillance coutumière, au cours de la rédaction de notre thèse; nous le remercions aussi d’avoir mis si aimablement à notre disposition sa très complète bibliothèque d’ouvrages d'ocultistique et les nombreuses observations recueillies dans son service, où nous avons puisé les principaux éléments de ce travail.
Nous exprimerons aussi notre gratitude à M. le Professeur agrégé Chevallier, dont les conseils et les lecons nous ont permis de compléter les notions que nous possédions déjà sur l’électro-magnétisme et ses applications à la chirurgie de læil.