‹ Considérations sur certaine maladies saturninesChapitre 31 sur 38 · XX VL · texte numérisé non relu

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Total.

En tout 29 grossesses.

Je trouve donc ici que sur 29 grossesses, 8 fausses couches,

1 accouchement prématuré,

12 enfants morts,

8 vivants.

il y a eu :

On peut voir qu’ici, où l’influence du plomb a ete moindre, le résultat est moins désavantageux, ce qui confirme la loi que j ai posée au commencement.

Ces observations ne sont pas suffisamment nombreuses pour faire de la statistique et déterminer dans quelles proportions cette influence du plomb se fait sentir sur les ouvriers qui le manient.

Je voulais démontrer seulement que cette influence existe, et j’espère qu’après avoir vu ces observations, on me 1 accordera.

Je donne plus loin des chiffres que je ne regarde pas comme des moyennes, mais qui serviront à en établir quand ils seront plus nombreux.

Je vais appeler maintenant f attention sur quelques corollaires qui me semblent, résulter de ce que j ai avancé.

1° Nous ne connaissions jusqu’ici de transmissibles par l’hérédité que des vices de conformation et des maladies constitutionnelles ou diathésiques. Je crois qu’on peut admettre maintenant une nouvelle classe d’accidents transmissibles, qui comprendra les maladies produites par un corps inorganique.

2° Le plomb ne dérange pas la menstruation.

3° Le plomb n’empêche pas la fécondation. Sur 89 individus, hommes ou femmes, que j’ai interrogés à ce sujet, 31 ont vu survenir, pendant leurs travaux, des grossesses dont le total s’élève à 141, c’est-à-dire plus de 4 par individu, ce qui n’est certainement pas au-dessous de la moyenne.

4° Si le plomb n’agit pas sur la fécondation, il agit, comme je l’ai dit, sur l’enfant.

Sur les 141 grossesses recueillies, il y a :

82 avortements ;

4 accouchements prématurés : 1 au 7 e mois, 3 au 8 e ;

5 mort-nés;

20 enfants morts dans la l re année ;

1 seul plus tard;

14 enfants vivants, dont 10 seulement au-dessus de 3 ans.

Plus 15 métrorrhagies tenant sans doute à des avortements.

L’examen de ce tableau fait voir dans les naissances à terme un chiffre bien triste.

Sur 141 grossesses confirmées, 91 enfants sont morts [avant l’accouchement !

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

Je n’ai pu me procurer une moyenne de ce qui se passe habituellement; elle n’existe pas et serait bien difficile à établir, puisque la

déclaration de naissauce ne part et ne doit partir que de l'époque de la viabilité.

Il n’en est pas de même des enfants venus vivants ; j y joindrai ce tableau des mort-nés, que j’ai pu me procurer.

En 1856, il est venu au monde dans la ville de Paris :

37,697 enfants vivants et 2,796 enfants mort-nés (1).

Total.... 40,493

Ici, sur 141 grossesses, il y a :

50 enfants venus au monde vivants ,

Et 5 — venus morts.

Si J’avais introduit la même erreur qui existe dans le relevé de la ville de Paris, ce chiffre serait non pas 5, mais 9, puisque dans une observation, il y a 4 enfants qui sont morts avant le troisième

jour. . . ,

En suivant la proportion donnée par le bureau de statistique de la préfecture de la Seine, je devrais avoir, pour 50 enfants venus vivants, 3 , 7 , chiffre représentant la proportion des mort-nes; ici il est 5 , et serait 9 sans la restriction que j’v ai apportée (car on sait que la déclaration peut n’avoir lieu que le troisième jour).

Dans cette même année 1856, sur les 37,697 enfants venus vivants :

5,596 sont morts dans la l re année,

2,042 — dans la 2 e —

1,008 — dans la 3 e —

„) Ce chiffre de, mort-nés comprend non-seulement les enfants mort-nes, mais les individus morts avant la déclaration; il est donc plus tort qu .1 ne devrait être. Dans le chiffre que je donne des mort-nés, j'a. év.te cette cause

reur.

Ce qui, sur un chiffre de 50 naissances , donnerait :

l re année, 7,42; tandis qu’il y a 20 ici.

Comment meurent les enfants ? Sont-ils atteints d’intoxication saturnine ou meurent-ils parce que la modification qu’ont subie leurs parents les met dans une impossibilité de développement ? Je ne puis encore résoudre cette question.

J’en dirai autant de l’influence de l’âge., du sexe , du tempérament, etc. (1).

Si nous transportons ces faits dans le domaine de la pathologie commune, nous voyons plusieurs points qui en reçoivent une lumière nouvelle.

1° Un corps inorganique peut donc transmettre son influence jusqu’aux enfants ; c’est la première fois qu’un fait de cette nature est démontré, et on peut affirmer a priori que le plomb n’est pas Je seul.

J’en rapproche les faits suivants.

Pour le phosphore :

M. Gaultier de Claubry dit qu il est avéré que les ouvrières qui travaillent à la fabrication des allumettes chimiques sont sujettes à l’avortement (2).

Pour l’alcool :

M. Demeaux a cité .(Comptes rendus de /’Académie des sciences , 8 octobre 1860) des cas d’épilepsie qu’il croit pouvoir rattacher à 1 état d’ivresse du père au moment de la conception.

(4) Je n ai noté dans aucun cas la syphilis constitutionnelle ; si je ne l’ai pas notée a chaque observation, c’est que je me réservais de le faire ici d’une manière générale.

(2) Annales d hygiène et de médecine légale. octobre 1859.

M. Dehaut {idem, 29 octobre) en a cité également deux cas.

2° Au point de vue de l’étiologie de la mort du foetus, nous avons ainsi une cause de mort inconnue jusqu’ici.

3° Au point de vue du diagnostic, nous voyons que ce peut être un nouveau moyen de reconnaître l’intoxication saturnine ; c’est ce qui est arrivé pour le malade qui fait le sujet de L’observation 2, où mon attention a été éveillée par la persistance des fausses couches, et où j’ai pu reconnaître ensuite l’intoxication saturnine.

4° Au point de vue de l’hygiène publique, c’est un fait à prendre en ^sérieuse considération.

Les moyens de remédier à cette fâcheuse influence du plomb feront l’objet d’un mémoire ultérieur.

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