SECONDE PARTIE
Étude sue la colique de plomb;,emploi de la glace à l’extérieur comme moyeu de traitement dans les cas non fébriles où les symptômes douloureux et la constipation sont les phénomènes dominants.
Le second point traité dans cette thèse est un nouveau mode de traitement de la colique de plomb : ce moyen se compose d’une vessie pleine de glace qu’on applique sur le ventre pendant une période d’une ou deux heures, une, deux ou même trois fois dans la journée. Ce n’est pas une nouveauté que l’application de la glace sur l’abdomen; c’est même chose fréquente après l’opération de la hernie étranglée, et l’on sait que ce moyen est facilement supporté. La glace a de plus servi de cette façon comme moyen de provoquer la diarrhée; je l’ai vue moi-même réussir plusieurs fois, entre les mains de M. Bouîey, contre des constipations rebelles.
Depuis un demi-siècle, on a employé toute espèce de médicaments pour lutter contre la colique de plomb; deux séries de moyens ont été proposés pour faire cesser au plus vite deux symptômes les plus pénibles de cette affection. On a employé contre la constipation les purgatifs drastiques, et contre la douleur, l’opium ; c’est là la base de traitement de la Charité : purgatifs le jour, narcotiques le soir. Mais, comme l’opium amène facilement l’embarras gastrique et la constipation, on a proposé la belladone pour le remplacer. Ce traitement de la Charité était donc incomplet, puisque le médicament du soir faisait réapparaître un des inconvénients contre lesquels on avait à lutter; d’un autre côté, les purgatifs drastiques énergiques ont un inconvénient aussi : c’est qu’ils amènent d’eux-mêmes la constipation pour les jours suivants, et on se hâtait d’augmenter
îa dose du purgatif, et on répétait le même manège pendant tout le temps de la colique.
En présentant ce nouveau moyen de faire cesser la colique de plomb, je ne prétends pas qu’il doive faire rejeter tous les autres, et s’appliquer exclusivement et toujours à la colique de plomb. J ai assez vu de malades atteints de cette affection pour savoir que malgré l’ideutilé apparente de la cause de la maladie, elle se présente sous un certain nombre de formes, suivant que la fièvre, la douleur. la constipation, la contracture des muscles, l’état gastrique, deviennent prédominants ; un seul de ces symptômes exagéré par son intensité ou plusieurs groupés et dominants donnent lieu à des indications différentes à remplir, sans compter que l’état de la constitution et le degré de cachexie saturnine, en un mot, l’état de santé habituel du malade, font varier la thérapeutique.
Plus tard l’indication constante est l’élimination du poison, et le traitement redevient uniforme comme le poison lui-même.
Je présente ici le résumé de quelques cas de traitement de colique de plomb par la glace. Sur 8 fois que ce traitement a été employé, je l’ai appliqué moi-même 5 fois, et 3 fois il la été par M. Hérard, qui a bien voulu en faire, sur ma demande, l’essai dans » ses salles; son interne, M. Danjoy, en a recueilli les observations, et a veillé avec soin à l’exécution de la prescription.
OBSERVATION P e .
Colique de plomb traitée par le traitement ordinaire; constipation persistante ; application de glace. Guérison rapide.
H.(Achille), âgé de 54 ans, a été soldat pendant vingt et un ans; il n’a eu
que des blessures légères et qu’un peu d’indisposition dans la province de Constaqtine; il est d’un tempérament sanguin et d’une constitution forte.
Il est entré bien portant à la fabrique de eéruse de Clichy, le 11 octobre 1860.
Dans les quinze premiers jours, il fut chargé de porter du blanc sec dans des pots, et ne se trouva pas indisposé; on avait le soin, toutes les semaines, d examiner l’état de ses gencives et de ses conjonctives, et de lui donner un bain sul- 186!. — Paul. 6
fureux. Au bout de ce temps, ou le fit changer de besogne; il Fut.mis à 1 embarillage du rouge; il était obligé de piler cette matière poudreuse et sèche pour la faire tasser dans les barils; il était au milieu d’une atmosphère de.poussière. Il ne tarda pas à être indisposé; et, dès le 5 septembre, il commença à perdre I» appétit, 1 et à avoir envie de vomir quand il entrait dans la fabrique. Le 7, à dix heures du matin, il fut,pris de douleurs de bas-ventre intenses et fut obligé de quitter l’atelier.
I entra à l’hôpital Lariboisière le 8 septembre.
A son entrée, on trouve le ventre rétracté; la douleur a son siège ordinaire avec assez d’intensité , plus une douleur en cercle au-dessous de la ceinture. On lui donne une potion chloroformée et une goutte d’huile de croton ; la constipation ne ce$se pas.
Le 9, on lui donne 30 grammes d’huile de= ricin ,■ et de 10, un lavement purgatif , toujours sans succès.
Le 11, on lui donna une douche ascendante., et,;par ce moyen, on.luifit rendre quelques matières ovillées,, et il eut un vomissement bilieux; enfin les coliques n’ont cédé qu’au bout de cinq jours et cinq nuits.
A mon arrivée de vacances,le 1 er octobre, je le trouvai avec des douleurs sourdes, et le 5, la constipation durait déjà depuis huit jours,et avait résisté aux lavements purgatifs. Élatgénéral assez bon ,-pas de fièvre, mais l’appétit presque nul..
Le 5. Je lui fis appliquer sur la région ombilicale ,une vessie de porc.pleine .de glace pendant deux heures; il eut presque immédiatement un soulagement de sa douleur de ventre, et alla à la selle abondamment le lendemain matin sans purgatif. Il est allé à la selle Chaque jour depuis, sans avoir pris d’autre médication; les douleurs ont disparu complètement avec la constipation.
II part le 15 pour Yincennes.
A ce moment, les gencives sont restées noires ^ïes sclérotiques encore un peu jaunes, mais leur coloration a diminué; les ongles sont très-noirs, surtout depuis qu’il a pris des bains sulfureux.