‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 112 sur 157 · IX. L'ararice est insatiable · texte numérisé non relu

IX. L'ararice est insatiable

La passion de l'intérêt pourvoit aux besoins de toutes les autres. Mais les besoins des passions ne sont autre chose que leurs désirs , lesquels sont illimités , et par leur nature , et par celle de l'imagination qui les enfante. Il résulte de 1k nécessairement que l'intérêt ne connoît point de bornes qui l'arrêtent (1). Tout autre vice a des temps et des occasions particulières pour s'exercer : hors de là il laisse à l'homme quelque repos , quelque liberté. Le détracteur ne médit pas toujours. Le menteur ne dit pas sans cesse des faussetés. L'oisif a des momens d'occupation ; le colérique des jours de tran-

(i) Avarus non implettir pecuniâ. Eccl, r. 9. InsatiabiK* •rulus cnpidi. Eccli. xjt. 9*

suit i/at Aider. 270 quiilité. Mais l'intérêt est le vice de tous les tuomens. 11 n'accorde aucun relâche à celui qu'il possède; et le seul délassement que connoisse j'avarc d'un gain acquis , est de courir aussitôt . après un autre. Les autres passions s'éteignent, ou au moins s'attiédissent pour un temps par la jouissance. La haine se calme par la vengeance, l'amour par la distance, la gourmandise par la nourriture, l'ambition par les dignités , la vanité par les hommages , le libertinage par les plaisirs. Mais l'amour de l'argent augmente à mesure qu'on en obtient. Loin que les acquisitions de l'avare éteignent sa soif d'acquérir , elles l'augmentent encore. L'or qu'il boit à longs traits et qu'il savoure, gonfle sans cesse son hydropisie. Le Sage le compare à l'enfer qui, plus il se remplit, plus il s'efforce de se remplir (1). Les autres passions ont des objets sujets au changement. Une maladie réprime le libertinage : une honte imprimée souille la vaine gloire : une disgrâce dégoûte de l'ambition : un dérangement de santé guérit de la gourmandise. Mais l'or reste toujours le même : il ne vieillit pas non plus que l'ardeur qu'il inspire.

(1) Infernus et perditio nunqaam implentar : similiter et oeuli boininum insatiabile». Pw. xxtii. 20.

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