‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 113 sur 157 · X. L'avarice s'accroît avec l'Age · texte numérisé non relu

X. L'avarice s'accroît avec l'Age

C'est une réflexion de saint Jérôme que confirme l'expérience constante , et dont ii n'est aucun de nous qui n'ait pu voir des exemples : tandis que tous les autres vieillissent et s'affoiblissent avec l'homme, l'amour de l'argent semble alors se rajeunir, et prend de nouvelles forces. Il croît avec les années. Je vois un lierre qui a embrassé fortement un arbre , s'élever, croître, se fortifier avec lui. L'arbre se dépouille de ses feuilles : le temps le dessèche : ii va périr : le lierre sur ce tronc aride continue toujours de devenir plus vert et plus vigoureux. Il en est de même de l'intérêt. Plus celui qui en est tourmenlé approche du moment fatal , où cet amas sordide doit disparoître, plus il s'y attache. Quelle vaine, quelle ridicule sollicitude pour une vie qui touche au tombeau ! II me semble voir un insensé travaillant à orner une maison qui tombe en ruines.

Jusqu'ici nous n'avons considéré cette passion qu'en elle-même et dans son opposition à la loi de Dieu. Pour en sentir tout le danger» suivons-la dans ses effets , et voyons que de maux affreux elle produit , soit dans la société , soit dans l'ordre de la religion.

Mm l'avaricb. 2 7 S

v XI. Maux que l'avarice cause dans la société'.

Quand nous parlons des désastres que cause dans le monde l'esprit d'intérêt , nous n'entendons pas qu'il les produise sur toutes les personnes , dans toutes les circonstances. Il en est de celte passion comme de toutes les autres : elle a ses degrés , et ses suites sont plus ou moins funestes, selon qu'elle est plus ou moins ardente , et qu'elle entre dans des cœurs plus ou moins disposés aux excès. L'apôlrc nous dit que l'intérêt est la racine de tous les maux, et que cette malheureuse cupidité a été quelquefois portée jusqu'à faire errer sur la foi (i). Il n'entend point pâr-là que dans tous ceux qu'attaque l'intérêt , il produise actuellement tous les maux. Quel est l'arbre chargé de tous les fruits qu'il pourroit porter? Mais il le considère comme la racine de tous les maux, parce que, comme une racine féconde, il les produit; comme une racine forte, il les porte; comme une racine substantielle, il les nourrit , les entretient , les fait parvenir à leur funeste maturité; et ce qui achève de le rendre souverainement dangereux , c'est que , comme une racine qui pousse ses rameaux sous terre, il ne laisse pas apercevoir ses progrès , et on ne peut

(i) Radix omnium malorum est cupidîtas, quam quidamappetentes erxaverunt àfide. i. Timoth. vi. 10.

Digitiz

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prévoir jusqu'où il pourra les étendre. Il y a sur ce point deux vérités, dont , avec la plus légère réflexion , et le plus petit usage du monde , il est impossible de douter. La première est que l'esprit d'intérêt tendant toujours à s'accroître, et n'ayant pas de bornes qui le limitent , porte^ par sa nature aux excès; que , trouvant pour se satisfaire une infinité de moyens iniques reproduits presque à chaque moment , il présente de continuelles et de violentes tentations , expose le cœur, qui aspire au gain, à prendre toutes les voies pour se le procurer, et lui inspire unedisposition à commettre les péchés qui seront profitables. La seconde vérité, qui est une conséquence de la première , qui la confirme , qui en prouve la certitude, c'est que dans le fait 1» plupart des crimes qui infestent le monde doivent leur origine à cette malheureuse passion^ 11 n'y a pas d'excès auquel ne puisse parvenir l'amour de l'argent : il n'y a pas de forfait qu'if ne se permette , quand on Ta laissé monter à l'excès. Interrogez les misérables victimes de leurs crimes, que la juste sévérité des lois a fait monter sur les échafauds : sur cent, vous n'en trouverez peut-être pas une qui n'y ait été conduite par cette détestable passion. Et si la crainte des tribunaux ne retenait, dans quelle affreuse combustion elle mettroit le monde !

SUR l'aVAMCE

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