XVIII. Moyens Je se corriger de l'avarice
0 vous qui sentez germer dans votre cœur l'amour de la richesse, qui peut-être déjà y avez placé trop d'affections; vous surtout que la passion, devenue ardente, a pu conduire à des actions que réprouve la conscience, que prétendez-vous faire? O chrétiens, qui est-ce qui peut balancer? Qui peut, s'il a conservé le moindre reste de foi , mettre en comparaison sa fortune et son âme? Qui peut délibérer entre deux intérêts d'une nature et d'une importance si différentes? Jésus-Christ l'a prononcé textuellement : il n'y a qu'une chose nécessaire (i). El
(i) U nu in est ncccssirium. Luc. x. {2.
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de quelle utilité est à l'homme l'acquisition du monde entier» s'il vient à perdre son âme? Que peut-il donner en échange de son âme (1)? La conversion de l'avare est difficile : mais aucune conversion n'est impossible. L'intérêt étant une racine profonde, qui se cache, et ne se produit que par ses fruits, il faut, pour la connoîlre, pour la trouver, la rechercher avec grande attention dans son cœur, et approfondir tous les replis de sa conscience. L'intérêt étant une racine forte, qui produit tous les vices, il faut pour l'extirper de très grands efforts. L'intérêt étant une racine étendue, qui se propage au loin, et se reproduit aisément, il faut en arracher jusqu'aux derniers rameaux qui pulluleroient de nouveau. Tout cela est difficile sans doute, seroit même impossible à l'homme seul. Mais que ne peut pas celui que la grâce fortifie (2)? Implorez donc celte grâce toute-puissante : mais en même temps secondez-la. Vos prières l'attireront : vos travaux la rendront efficace. Aidé de ce secours, commencez par réprimer dans vous toutes les passions que l'intérêt favorise, et qui réciproquement l'alimentent. Soyez pauvres en esprit dans la richesse; humbles dans la grandeur, tempérés dans l'abondance, modérés dans le
(i)Quid prodesthomini si mundum univfcrstim lucretur; îmimae vei6 su* dctriiuentum patiatur? Aut quam dabit homo rommutationcm pro animâ suâ? Matih* xti. a6.
(a) Omnia possum in co <jm me confortât. Philip, iv. i3.
sur l'avarice. 293 pouvoir, modifiés dans les aises de la vie, péni^ tens parmi les plaisirs du monde, confians dans la Providence au milieu des travaux qu'elle vous impose; réglant votre dépense, non sur le luxe d'autrui, mais sur votre fortune et votre condition, d'après les vues de la prudence chrétienne. Placez en un mot, selon la maxime de l'Ecclésiastique, votre trésor 'dans les préceptes dtt Seigneur : et il vous rapportera bien plus que tout l'or que vous auriez pu amasser (1). Appliquez-vous la leçon que donnoit à son fils le saint homme Tobie : Ne soyez point inquiet, mon enfant ; nous menons une vie pauvre ; mais nous posséderons une grande richesse, sî nous craignons Dieu, et si, nous éloignant de tout péché, nousfaisonsconslammentlebien(2).
Et convainquez-vous de cette maxime du prophète roi : Peu de fortune est plus utile au juste, que les plus grandes richesses au pécheur (3) « Deux autres considérations seront aussi très puissantes pour prévenir, ou pour réprimer en vous l'amour des richesses. La première est qu'elles sont généralement un obstacle au salut»
(1) Ponc tbesaurum tuuxn in pneceplis Àltissimi, cl proderit tibi maçisquam au ru m. Eccli. xxix.
(s) Noli tinicre fiii mi. Paupcrem qu'idem \itam çerimus : srd multa bona habebimus, si timerimus Dcuni; et recesserimus ab orani peccato ; et fecerimus bona. Tob. iv. q3.
(3) Melius est modicuin justo super divitias peccatorum multas. Ps. xxxvi. 6.
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par toutes les facilîlés qu'elles donnent de pécher. Seriez-vous assez insensé pour aimer ce qui a tant de connexion avec la damnation, pour travailler avec ardeur à vous rendre plus voisin de l'enfer? O combien ont été prudens ceux qui , pour s'abstenir plus sûrement de ce qui est défendu , ont renoncé même h ce qui est permis; et qui, non contens d'observer le précepte de l'esprit de pauvreté, ont pratiqué le conseil de la pauvreté volontaire 1 Tels des navigateurs , au fort de la tempête jettent à la mer jusqu'à leurs effets les plus précieux , pour sauver leurs personnes : tels ces hommes religieux, animés du désir de leur salut, ont rejeté dans la mer du monde , bien plus orageuse encore , les richesses qui les exposoient à un fatal naufrage.
Une seconde considération bien puissante encore pour guérir cette malheureuse passion , est celle du moment inévitable , et peut-être très prochain , où, selon l'expression de l'Ecriture, il vous faudra vomir ces richesses dont vous vous serez engorgé (1). Nu vous entrâtes sur la terre : nu vous y retournerez (2). Vous n'y apportâtes rien : vous n'en emporterez quoi
(1) Divjtias quas devoravit evometj extrahet cas Dcus. Job. xx. i5.
(1) Nudus egressus snm de utero matris mea*, et nudus revertar illîic. Ibidi. 21.
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que ce soit (1). Au milieu de voire Opulence , vous arriverez comme les autres au tombeau (2) : mais vous y arriverez sans elle. Peut-être quelque reste de votre magnificence passée entourera le dehors de voire sépulcre : mais votre richesse n'y descendra pas avec vous (5). Et lorsqu'au réveil du sommeil de la vie vos yeux s'ouvriront, ils ne retrouveront plus rien de ce qui jusque-là les avoit frappés (4). Mais ce qui vous aura suivi , ce que vous trouverez dans la vie nouvelle que vous aurez commencée , ce qui durera avec vous éternellement , ce sera l'amour plus ou moins grand que vous aurez eu pour la richesse : ce sera l'emploi religieux ou criminel que vous en aurez fait. Quand arrivera-t-il ce terrible , ce fatal, ce décisif moment? La sagesse divine le tient caché dans ses impénétrables profondeurs , pour que vous J'ayez toujours présent à votre esprit. Peut-être vous menace-t-il très prochainement : et le divin Sauveur vous en avertit. Vous contemplez avec satisfaction votre fortune : vous savourez le plaisir d'en jouir pendant de longues années.
(1) Nihil inlulimus in hune mundum : haud dnbium quia nec auferre quid po&simus. i. Timoth. vi. 3.
(2) Ingredicris in abundantiâ sepulcrum, sicut infeitur acervus tritici in tempore suo. Job. y. 16.
(3) Cùm interierit non suraetr orania :*ne<jue descendet cum eo gloria'ejus. Psalm. xltiii. 18.
(4) Dives, cum dormierit, nihil secum auferet : aperiet oculos suos > et nihil inveniet. Job. xxvii. 19.
vcjS suit l'avarice.
Insensé , celte nuit même on viendra vous redemander voire âme : et tout ce que vous avez amassé, que deviendra-t-il (i)? Notre vie sur cette terre n'est qu'un voyage vers cette autre terre qui nous est promise, et où doivent tendre tous nos vœux, toutes nos démarches. Quel inutile embarras dans cette route déjà si pénible , de se charger du poids d'une monnoie qui ne sera de nulle valeur dans le pays où nous portons nos pas! Quelle vaine puérilité de nous attacher à des biens que , comme des meubles d'auberge , nous quitterons , après nous en être servis en passant! Quelle extravagante prévoyance, de faire des provisions de plusieurs années, pour un voyage de quelques jours,
(i) Dicam anima» me» : Anima, babes multa bona posita in annos plurimos ; requiesce, comede, bibe, epularc. Dixit autem illi Deus : Stultc , bâc nocte animam tuam répètent à le 5 qux autem parâsti, cujus erunl? Luc. xu. 19, ao.
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