‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 122 sur 157 · II. Notion de la dé traction · texte numérisé non relu

II. Notion de la dé traction

La délraction considérée dans sa généralité est une injuste diffamation du prochain, un tort fait h sa réputation en son absence. L'attaque portée à son honneur, en sa présence , est un autre péché : on l'appelle outrage , injure , affront, selon sa grièveté. On nuit à la réputation du prochain , ou en révélant ce qui est secret, et c'est la médisance, oa en énonçant ce qui est faux, et c'est la calomnie. Ce n'est pas seulement par des discours que l'on se rend coupable, soit de médisance, soit de calomnie : on peut les commettre par des signes. Un geste d'impatience , ou. de mécontentement donné à des éloges , un silence d'approbation , ou un sourire malicieux , accordé à des inculpations , deviennent de véritables détractions. Il en est de ce péché comme des autres : c'est principalement l'intention avec laquelle on le commet qui en fait l'énormité. Celui qui blesse la réputation de son frère par légèreté , ou par une trop grande démangeaison de parler, est beaucoup moins coupable que celui qui l'attaque dç propos délibéré , et avec la volonté de nuire. Mais toute détraction faite dans cette intention est un péché du genre le plus grave. Qu'elle ait , ou n'ait pas son effet , qu'elle réussisse à persuader, ou qu'elle ne convainque

SUR LA DÉTR ACTION. 3o3

personne , elle est toujours souverainement criminelle. Elle ne sera pas funeste dans ses suites : en est-elle moins vicieuse dans son principe? Le coup n'a pas atteint : mais il a été porté. Et quel est le tribunal où un crime tenté seroit justifié, parce que reflet a été manqué? 11 n'est pas non plus nécessaire , pour former une délraction mortellement coupable, qu'elle soit une accusation directe : ils sont également vicieux, et souvent plus dangereux, ceux qui indirectement altèrent la réputation du prochain; en niant ses actions vertueuses; en jetant du doute sur ses bonnes qualités; en diminuant son mérite par d'artificieuses restrictions ; ou même en atténuant par des louanges froides et légères l'estime qu'il avoit inspirée.

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